Barbès, Sarcelles : violentes manifestations antisémites  | Appelés au front  | Le prisme de la haine  | A la rencontre d’Aimé Césaire

Votre formule (abonnement annuel)

6 numéros par an

A partir du numéro

J'ai lu et j'accepte les conditions générales d'abonnement.

Quel réalisateur israélien vous a le plus marqué ?

Loading ... Loading ...

Carnage, nouveau film de Roman Polanski

Chaque mercredi, Paul Roland-Levy nous propose sa chronique ciné. Aujourd’hui il nous parle de Carnage, le nouveau film de Roman Polanski.

Assigné à résidence dans son chalet de Gstaad, Roman Polanski n’a p

as perdu le nord et s’est plongé dans l’écriture d’un huis clos : Carnage. Le clin d’œil n’a sûrement pas échappé à l’humour cynique de Yasmina Reza qui signe avec le cinéaste l’adaptation de sa pièce, Le Dieu du Carnage (2008). Explorateurs des tréfonds de l’âme humaine, l’association était prometteuse. Excepté les génériques de début et de fin, le film se déroule entièrement dans l’appartement de Michael et Penelope Longstreet (John C. Reilly et Jodie Foster). Le couple reçoit Alan et Nancy Cowan (Christoph Waltz et Kate Winslet), pour discuter, à l’amiable, de la bagarre qui a opposé leurs enfants respectifs au jardin public. La discussion s’anime et bientôt les masques tombent, les personnages se lâchent et laissent libre cours à leurs névroses.

«Je n’ai fait que mon travail, en utilisant des moyens cinématographiques pour raconter une histoire provenant d’une pièce de théâtre.» La phrase n’est pas de Polanski mais d’Alfred Hitchcock, à propos de son film Le Crime était presque parfait (1955). Là aussi, l’action se déroulait uniquement dans un salon. Mais s’il n’est pas absurde de comparer les deux cinéastes tant Polanski a su démontrer sa maîtrise du thriller et du film policier (Chinatown, Frantic, The Ghost Writer), il faut reconnaître, à regret, que ce Carnage tombe un peu à plat.

En 1951, André Bazin écrivait dans la revue Esprit : « Ou bien le film est la photographie pure et simple de la pièce (donc avec son texte), et c’est précisément le fameux « théâtre filmé », ou bien la pièce est adaptée aux « exigences de l’art cinématographique », mais alors […] il s’agit en fait d’une autre œuvre. » Entre ces deux options, difficile de situer les intentions de Polanski. S’il s’est approprié l’œuvre, il a un peu zappé les « exigences de l’art cinématographique ». On peine à trouver un véritable parti pris, des éléments de mise en scène novateurs. On a également la désagréable sensation d’assister à un produit brut, une pièce de théâtre épurée de toute théâtralité. Le quatuor de comédiens étant irréprochable, il est donc d’autant plus frustrant de rester sur sa faim : un personnage aussi imbuvable qu’Alan Cowan, interprété par un grand Christoph Waltz, mériterait d’être exacerbé par une mise en scène plus précise.

Carnage déçoit d’autant plus que son auteur, infiniment talentueux, nous a habitué à bien mieux. La rencontre entre deux géants du théâtre et du cinéma n’a pas fonctionné cette fois ci, et Yasmina Reza, qui se lance sur les traces de Polanski, travaille désormais à l’adaptation pour le grand écran de l’autobiographie de Maxime Brunerie, l’homme qui avait tenté d’assassiner le président Chirac le 14 Juillet 2002. Ce jour-là, on avait évité le carnage…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <strong> <em> <pre> <code>