En vérité, mon art est une confession
que je fais de mon plein gré,
une tentative de tirer au clair,
pour moi-même, mon
rapport avec la vie…
Un an après l’audacieuse exposition ‘Munch ou l’anti-cri’ à la Pinacothèque de Paris, le Centre Pompidou propose une nouvelle approche de l’œuvre du génie norvégien: ‘Edvard munch, l’œil moderne’. Six œuvres symbolistes emplissent la première salle; ‘Kyss’ peint en 1897, représentant un couple dont les deux visages se confondent littéralement en un baiser, inaugure l’exposition. Un tableau qu’il décline par ailleurs à l’écrit en un poème ‘le baiser’:
Le baiser
il pleuvait une pluie chaude – je l’ai prise par la taille – elle me suivait lentement – de grands yeux face aux miens – une joue humide contre la mienne – mes lèvres perdues dans les siennes – les arbres et l’air et la terre entière disparurent et j’eus la vision d’un monde nouveau dont j’avais totalement ignoré l’existence.
Suivent, ‘Vampyr’, ‘Puberté’, ‘L’enfant malade’ -qu’il considère comme le plus important de son œuvre- ‘Les jeunes filles sur le pont’ et ‘Deux êtres humains, les solitaires’ peint en 1905 où un homme et une femme de dos font face au monde.
C’est lorsque l’on entre dans la deuxième salle qu’une sensation étrange nous perturbe. A t-on réellement avancé? Les commissaires de l’exposition nous joueraient t-ils des tours? La folie de Munch nous aurait t-elle déjà submergée? Ce sont les mêmes tableaux, dans le même ordre, accrochés à la même distance. Cependant, d’infimes différences se révèlent au fur et à mesure que le regard s’y attardent. Quelques secondes d’attention supplémentaires suffisent à s’en rendre compte: les distinctions qui semblaient au départ imperceptibles apparaissent maintenant primordiales, substantielles, même. « Je construis un tableau à partir d’un autre », explicite* Munch, qui crée des toiles à la fois analogues et autonomes. D’où la sensation de ce saut spatio-temporel, de pénétrer dans un monde parallèle.
À travers la répétition, ça n’est en aucun cas une reproduction exacte qu’il recherche, sa retranscription parfaite. Il s’en défend* : « On ne peut pas rester assis à contempler chaque objet pour le reproduire tel qu’il est. Il faut le peindre tel qu’on l’a vu au moment où on a été séduit par le motif. Ce n’est pas la chaise qui doit être peinte, mais ce qu’une personne a ressenti en la regardant. »
En reprenant ces motifs (dont il peut peindre une trentaine de versions), il revient sans cesse à certaines scènes piliers, et ce n’est pas un hasard s’il produit les décors d’une des pièces majeures d’Ibsen, ‘Les revenants’. Ces retours à la sensation première sont pour lui une source inépuisable, et semblent le hanter autant qu’il les poursuit. L’ exploration de ces thèmes, leur évaluation constante, il s’en explique*:
Le fait est que l’on voit les choses avec des yeux différents selon le moment. On a des yeux différents le matin et le soir. Notre manière de voir dépend aussi de notre état d’âme. C’est pourquoi le même motif peut être perçu de tant de manières différentes, et c’est là tout l’intérêt de l’art.
*Citations extraites des ‘Écrits’ d’Edvard Munch édités par Jérome Poggi.

