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Le dernier numéro

mars-avril 2019

N° 675

Littérature
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Jul, ou l’art de gommer la nostalgie

La famille Dotcom au grand complet !

Trois petites lettres à un nom, mais beaucoup plus de générations. On retrouve Jul dans Charlie Hebdo, en clins d’œil lors de certaines émissions et surtout en librairie. Avec d’étonnants succès depuis sa bande dessinée sur José Bové jusqu’à la série Silex and the City dont le tome 3 vient de paraitre, en passant par ce formidable exploit de popularisation de la philosophie lors de s collaboration avec Charles Pépin.

Qui se souvient de La Linea, une petite séquence qui passait dans l’émission de l’Ile aux enfants ? Ce bonhomme parlant un charabia inaudible en se promenant sur une ligne de craie, amusant les enfants et les grands à la fin des années 70 sur le petit écran. Jul, arrive au même résultat en faisant tout le contraire. Des personnages plus nombreux que les listes d’amis facebook les moins regardantes peuplent Silex and the City. Des références culturelles et populaires à sa génération mais aussi à celles de sa progéniture et de ses pères et mères spirituelles. Et le tout se superpose et s’affronte parfois comme un disque 45 tours et un disque 33 tours partagés sur la manière d’adopter l’évolution. Adoptant l’intégration technologique, la famille Dotcom a décidé de trancher et de nommer sa progéniture Blog, Spam et Web. Mais revenons au début.

« Au commencement, Dieu créa la terre » annonce la Bible. Et avant cela, la famille Dotcom chanta « A yiddishe Mammifère » pour célébrer l’anniversaire de Madame Finkelstein. Vers 36000 avant Adam et Eve. Adapté à la télévision, les planches et références filent sur Arte depuis septembre. Contrairement aux sketchs à télé qui tricotent autour d’un sujet pour plaire en quelques minutes à un public sachant lire les panneaux indiquant le moment de décrisper les zygomatiques, Silex and the City ne nous laisse pas toujours le temps de rire et de nous en rassurer. Autour de Blog Dotcom, ancêtre de Homer Simpson au visage triangulaire mais au même regard en manque de bière, tout se dessine et se destine. Le traitement de l’actualité, des grandes et mesquines phrases de l’Histoire est tellement inattendue qu’il empêche les captateurs d’images et de propos à rapporter de définir la pensée de Jul. Et certains proches et influences de l’auteur acceptent de participer au dessin animé en prêtant leur voix sans être toujours sûrs de l’intention initiale.

Les montagnes russes de Jul bouleversent les thèmes du racisme, de la liberté d’expression, de l’écologie, des crises sociales et économiques… Et un épisode délirant sur le football qui respecte autant la profession qu’une célèbre chronique de Pierre Desproges. Mais qui a le temps ou l’envie de créer une check list sur les thèmes abordés ? Autant essayer de retrouver et d’apprécier les jeux de mots et les petits miroirs cachés. Et chaque génération a son lot. Celle de Jul, qui est également la mienne, appréciera certaines rencontres comme celle Rahan présentant un Casimir ivre à son amie Web Dotcom. Une seule question demeure néanmoins au milieu de cette folie polyhistorique : Quand Jul suivra-t-il l’exemple d’un autre dessinateur surréaliste devenu cinéaste, Fellini ?

Dans le film Sunset Boulevard, déclare à Gloria Swanson : « vous étiez une grande star ! » Elle répond : « Je le suis toujours, ce sont les écrans qui sont devenus petits. » La nostalgie est à la mode, depuis une bonne quarante année, les années 70 des années 50, les années 80 des années 60 avant qu’elles ne deviennent la marotte d’aujourd’hui… Pourtant, cette nostalgie rentre timidement dans ses appartements en ce qui concerne la bande dessinée, qui nous offre la plus belle génération en France depuis celle de Gotlib, Cabu, Wolinsky, Bretecher et les autres. Sfar, Satrapi, Sattouf, Jul… sont désormais des prétextes à retrouvaille dans ces moments d’absence que sont les petits espaces qui séparent les déferlantes d’images qui existent partout dans notre monde contemporain, sauf entre les bulles de ces brillants esprits.

Dans le bonus du DVD de Reservoir Dogs, Quentin Tarantino explique qu’un des textes qui lui inspira le plus une carrière de cinéaste fut la critique de la Nouvelle vague par Pauline Kael. Elle définit ce phénomène comme une bande de passionnés de cinéma qui ont su trouver entre les lignes de romans de gare américains la poésie nécessaire pour créer leurs chefs-d’œuvre. Vies secrètes de jeunes, vies enfouies d’expatriés, vies héroïques, la génération d’auteurs dont Jul fait partie nous accompagne mieux que n’importe quel art lorsque nos gares se débarrassent des romans et que les tickets de quai n’existent plus. Et surtout combien de Tarantino de la bande dessinée naitront grâce à eux…

Le tome 3 de Silex and the City est paru chez Dargaud.

Le dessin animé est actuellement diffusé sur Arte, du lundi au samedi à 20h45.