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juillet 2018

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Sur les traces de l’Internationale andalouse…

Dans le cadre de notre dossier sur l’esprit de Cordoue et les successeurs de Maïmonide et Averroès, Michaël Iancu vous présente l’Institut Maïmonide de Montpellier qu’il dirige et qui propose régulièrement des conférences et événements autour du penseur et de son influence.

 

La genèse de l’Institut Maïmonide

La création de l’Institut* participe d’une volonté commune, manifestée en  2000 par le député-maire de Montpellier Georges Frêche et l’ancien Grand Rabbin de France, René – Samuel Sirat, tous deux universitaires. Doter la ville d’une structure scientifique chargée de travailler sur le Montpellier originel, « carrefour des civilisations », en créant un institut d’études juives dans la « Ville du Mont », Ir ha-har, (l’une des appellations hébraïques de Montpellier au Moyen Age).

Montpellier la tolérante, forte de l’ Edit de Guilhem VIII de 1181 

Une ville de tolérance (accueil aux individus) et de progrès dans la connaissance (ouverture aux sciences). Place privilégiée de la cité, proche de l’Espagne, commerçant avec le monde arabe, bénéficiant de la proximité de savants juifs établis à Lunel et Béziers.

Travailler à la source de Montpellier, suite à la redécouverte du mikvé médiéval de Montpellier

Montpellier a cette chance de posséder un vestige de tout premier plan : le mikvé, bain rituel juif du XIIe siècle, retrouvé pour le millénaire de la ville en 1985. L’Espace cultuel hébraïque médiéval où est basé l’Institut, « Monument Historique » depuis 2004, fait actuellement l’objet d’investigations archéologiques pour mettre à jour une synagogue, une maison de l’aumône et une maison d’études, composantes de la Schola Judeorum (sources latines chrétiennes et documents hébraïques).

Les racines hébraïques de la ville : une histoire riche

Le Languedoc a été une terre d’accueil pour les juifs d’Andalousie, fuyant les persécutions des Almohades. Réfugiés à Narbonne, le lignage Kimhi a véhiculé un savoir biblique et talmudique ; à Lunel également avec les Tibbon. Des Juifs ibériques qui se répandront ensuite dans les terres alentour, dont Montpellier particulièrement.

C’est au sein de la famille exceptionnelle des Tibbonides, qu’une vaste entreprise de traduction va s’opérer (de l’arabe en hébreu) : Moïse ibn Tibbon traduira de multiples travaux scientifiques et médicaux, de l’arabe – langue savante de l’Andalousie des « trois cultures »  – en  hébreu: Rhazès, Avicenne, Averroès.

C’est à Montpellier que le benjamin, Jacob ibn Makhir ibn Tibbon (en latin Profacius judeus et en occitan Don Profiat) écrira ses Luhot (« tables astronomiques ») ; c’est dans cette capitale de la médecine, qu’iléchangera des recettes médicinales avec son homologue chrétien, Armengaud Blaise, neveu d’Arnaud de Villeneuve et traduira avec ce dernier son propre travail de l’hébreu au latin, par le biais de la langue vernaculaire, l’occitan.

Montpellier une petite Cordoue ?

Ces Juifs véhiculèrent en Occident la culture andalouse d’expression arabe nourrie aux sciences antiques et grecques. Les Juifs de la Provinzia (Languedoc – Provence) ont été le trait d’union entre l’Ibérie islamique et la Chrétienté féodale ; une « internationale andalouse » pour Moshe Idel de l’Université Hébraïque de Jérusalem, reçu par l’Institut en 2008.

Maïmonide et Montpellier : les raisons du cœur et de l’intelligence

Montpellier est une terre de confluences, où l’étincelle maïmonidienne andalouse s’est greffée, générant une confrontation de pensées.

L’on doit à Samuel Tibbon, la traduction (achevée à Lunel en 1204) du fameux Guide des Perplexes de Maïmonide, autre juif andalou ayant fui lui aussi les Almohades, mais non vers le versant occidental : à Fès, puis en Egypte d’où parvint son opus magnum, véritable brûlot, qui allait susciter justement en Languedoc et à Montpellier en particulier, dans un terrain si réceptif, de véritables passions: les fameuses polémiques autour de la pensée maïmonidienne qui allaient déchirer des communautés vers 1230, (confrontation de deux approches du Judaïsme, chacune sincèrement convaincue d’œuvrer dans l’intérêt de la Religion d’Israël), et se cristalliser ensuite contre la philosophie des « Grecs » autour de 1300. « Athènes et (ou) Jérusalem ? »

Le Languedoc, terre de Kabbale ?

Une effervescence spirituelle et intellectuelle que nous vérifions avec les célèbres académies de Lunel et Posquières (l’actuel Vauvert), renommées pour leurs sciences bibliques, talmudiques et mystiques. Les premiers documents kabbalistiques, émanent du Languedoc au XIIe, signés du RABAD de Posquières, d’Isaac l’Aveugle et de Rabbi Yaakov Hanazir, de Lunel.

 « L’Institut prend ses quartiers… juifs ! »

L’Institut Maïmonide est installé dans l’un des deux quartiers juifs médiévaux (rue Barralerie; l’autre quartier juif rue salle L’Evêque, dans le fief ecclésiastique de l’Evêque de Maguelone). L’on ne peut employer le terme de Ghetto par anachronisme et puis parce que c’étaient des quartiers ouverts à l’habitat judéo-chrétien mêlé (les Juifs ne pouvant toutefois être propriétaires) ; un institut implanté dans un espace où se développèrent, il y a sept cents ans, les passions maïmonidiennes.

Le Mahzor de Montpellier

Dans l’ordre des vestiges juifs médiévaux, un vestige non pas archéologique mais livresque, témoignage de l’histoire liturgique juive, seul manuscrit connu du rite local, dit « Mahzor Montpellier », est venu enrichir les trésors patrimoniaux de la ville en 2008.

Rédigé dès l’expulsion des juifs montpelliérains au début de l’exil dans le Comtat Venaissin (fin XIVe-début XVe s.), ce manuscrit de 253 feuillets, écrit en dialecte séfarade provençal de l’hébreu, rend hommage aux heures glorieuses vécues par ses juifs épris tout à la fois de liturgie et de rationalisme.

Michaël Iancu, docteur en histoire, directeur de l’Institut Maïmonide

 

*Instruire autour de l’histoire et de la civilisation du judaïsme et d’Israël, favoriser le dialogue interreligieux (écho à l’interpénétration culturelle et religieuse judéo-chrétienne médiévale locale), sont les deux piliers de l’Institut Maïmonide. Cela passe par de nombreux cycles d’enseignement.