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Arts

Batsheva, 50 ans, et la beauté de la jeunesse

Batsheva, la prestigieuse compagnie de danse contemporaine israélienne, célèbre cette année ses 50 ans d’existence. Sous la direction d’Ohad Naharin, l’un des chorégraphes parmi les plus réputés de la planète, les trente-quatre danseurs partagent leur art et leur beauté lors de représentations dans le monde entier.

 

C’est la baronne Bethsabée de Rothschild qui crée l’ensemble en 1964, deux ans après son établissement à Tel-Aviv. Elle s’associe alors avec Martha Graham, danseuse new-yorkaise, dont l’influence sur l’art de la danse est généralement comparée à celle de l’œuvre de Picasso dans le domaine des arts visuels. En un demi-siècle, la compagnie n’a rien perdu de son cachet. Les corps des jeunes danseurs s’expriment avec une esthétique propre, dans des mouvements singuliers qui sont devenus leur signature. « Ohad Naharin dit toujours que la chorégraphie l’ennuie, que c’est l’interprétation du mouvement par les danseurs qui l’intéresse », confie un ancien danseur de Batsheva. Face au chorégraphe israélien de 62 ans, à la tête de la compagnie depuis 1990, les jeunes recrues apprennent à bouger leurs membres dans une impulsion provenant de l’intérieur du corps.

Gonflés de chaleur et de générosité, et bien sûr des hormones de la jeunesse, les artistes poursuivent leur élan emprunté d’une fluidité humide, certainement due au climat moite de la cité méditerranéenne. « La générosité des danseurs est essentielle », affirme Ohad Naharin ; « elle permet de se situer par rapport à l’univers, mais surtout de maintenir l’égo à sa place ». Outre leur beauté physique, ainsi que leur groove – ce don naturel qui électrise l’allure – les danseurs semblent également être sélectionnés sur leur aptitude à partager avec le public les sensations traversant leur chair.

Leur individualité s’exprime à travers la chorégraphie, mais ils se ressemblent pourtant tous un peu. Comme happés par l’ensemble, ils se fondent dans la troupe. C’est qu’ils partagent tous quelque chose en commun, emploient un moyen d’expression qui leur est unique : le langage corporel « Gaga ». La méthode d’enseignement novatrice, créée par Ohad Naharin, rencontre déjà un franc succès parmi les danseurs professionnels à travers le monde, notamment en Europe ou aux États-Unis. « Gaga » ouvre le champ au dialogue entre l’être humain et toutes les parties de son corps. Quotidiennement, les danseurs de Batsheva s’échauffent avec cette technique, cherchant à découvrir et à renforcer les différents endroits de leur physionomie. Suivant leurs sensations et leur imagination, ils se déplacent en s’oubliant.

Au cours des représentations de Batsheva, des bramements, ou les bruits de la rencontre énergique d’un pied sur le sol ou d’une main sur le corps couvrent parfois la musique. Ces moments surprenants rappellent la prédominance de la dimension primaire de l’individu sur la sophistication de son interprétation artistique. Pour Naharin, « le bruit, la voix, c’est la communication, c’est l’expression de la vie ». Ohad Naharin, entraînant sa troupe dans un rythme exigeant autant physiquement qu’émotionnellement, s’attèle à puiser jusqu’au fond de la source de leur essence. Il travaille ainsi beaucoup à déceler l’animal qui sommeille chez ses disciples. Et devant les regards des spectateurs, c’est soudain un troupeau, et non plus des danseurs, qui court sur scène. « Mais nous sommes des animaux », affirme l’artiste.