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Le dernier numéro

Mai-Juin 2019

N° 676

Israël

Frédéric Encel analyse l’accord USA-Iran et la prochaine libération de Jonathan Pollard

L’Arche :Comment vous analysez l’accord entre Barack Obama et l’Iran sur le nucléaire ? Comment analysez vous ces conséquences ? 

Frédéric Encel : Pardon de vous reprendre ; il ne s’agit pas d’un accord Etats-Unis/Iran, mais bien de l’ensemble des grandes puissances avec I’Iran ! Ce point est très essentiel car cela signifie qu’outre les Occidentaux, Russes et Chinois ont exigé aussi et depuis une décennie entière un coup d’arrêt de la course iranienne à la bombe. La première conséquence très bénéfique que trop d’observateurs négligent, c’est le sauvetage du Traité de Non Prolifération de 1968, véritable pilier de l’architecture mondiale en matière de nucléaire jamais ébranlé à ce jour. De fait, l’Iran rejoindra dans quelques années le club assez fermé des Etats du seuil (de l’obtention), mais sans pouvoir le franchir. La seconde conséquence de l’accord, plus locale, concerne le Moyen-Orient ; Téhéran va sans doute à moyen terme devenir en contrepartie de l’abandon de la bombe la première puissance musulmane de la région. Que l’Arabie saoudite s’en effraie, je le conçois mais n’en ressens aucune peine…


Est-ce que pour vous la signature de cet accord va modifier la donne au Proche-Orient ? 

Pas fondamentalement, parce que l’accord interdit à l’Iran ce qu’il ne possédait pas. Sauf, justement, que ce pays va pouvoir rénover ses structures d’exploitation d’hydrocarbures et donc en exporter bien davantage, qu’il va acquérir et peut-être fabriquer d’efficaces armements conventionnels, qu’il va doter ses alliés chiites en Irak, au Yémen, en Syrie et ailleurs de fonds plus importants. Intelligemment, le régime iranien s’ampute de ce qui n’aurait peut-être de toute façon jamais obtenu en échange d’avantages très tangibles. Quant aux Etats sunnites de la région, les pétromonarchies du Golfe d’une part, la Turquie d’autre part, elles se verront pour des raisons différentes reléguées à un rang de puissance subalterne. A ceux qui s’en inquiètent, je répondrai que Téhéran n’a pas exporté des décennies durant une version fanatique de l’islam – le wahhabisme, père de presque tous les groupes islamistes barbares contemporains, pratiqué au plus haut niveau du pouvoir à Riyad et à Doha – ni envahi un pays voisin comme l’Irak de Saddam le fit en 1980… Cela dit, les 5+1 devront rester extrêmement vigilants et intraitables par rapport au respect de l’accord de juillet, vu que Téhéran a déjà menti dans les années 2000, et on rappellera par ailleurs que le régime des ayatollah demeure à ce jour répressif et très rétrograde.

Est-ce que vous pensez que c’est un échec pour la diplomatie israélienne qui n’est pas arrivée à contrecarrer cet accord ?
Je ne le crois pas ; inversons le postulat : n’est-ce pas grâce aux préventions et avertissements d’Israël que les grandes puissances, qui craignaient comme la peste un conflit entre l’Etat juif et l’Iran, ont finalement insisté sur des éléments cruciaux ? En outre, je me demande si Netanyahou ne comptait pas obtenir en contrepartie un soutien américain en armements conventionnels supplémentaires. Au hasard, des chasseurs bombardiers F35 en quantités plus grandes et dans de meilleurs délais par exemple… Du reste, je constate que nombre d’anciens officiers supérieurs de l’armée et du renseignement ainsi que plusieurs ténors politiques actuels contestent la politique du premier ministre sur le nucléaire iranien.

Est-ce que la prochaine libération de l’espion Jonathan Pollard vous paraît liée à l’accord sur l’Iran ?
J’en ai bien peur. J’emploie ce terme car ce donnant-donnant américain, s’il s’avérait réel, laisserait apparaître une forme de cynisme de la part de la Maison-Blanche, et incarnerait un mauvais message. De deux choses l’une : soit l’accord met en danger Israël (ce que je ne crois pas), et alors Obama a pris une écrasante responsabilité et ne peut décemment tenter de calmer son allié en faisant libérer opportunément un prisonnier, soit l’accord ne met pas en danger Israël – ce qu’affirme le président US – et on ne comprend pas le timing de cette libération.

Frédéric Encel est docteur en géopolitique, il est enseignant à la Paris Business School et à Sciences-Po Paris. Fin août, il publie Petites leçons de diplomatie (Autrement), et la 3è édition revue et augmentée de Géopolitique du sionisme (Armand Colin).