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Le dernier numéro

Mai-Juin 2019

N° 676

Les étoiles de Charmatz bousculent Garnier

L’Opéra Garnier comme vous ne l’avez jamais vu, écouté, vécu : du rez-de-chaussée à l’entresol, du grand escalier aux premières loges, Boris Charmatz vous propose une expérience inédite au coeur du temple historique de la danse parisienne.

Le principe : pendant 1h30, une vingtaine de danseurs pour des dizaines de solos cultissimes proposés hors-scène, virevoltent et narrent au spectateur devenu errant une histoire de la danse au XXème siècle. De la danse partout, ou presque donc : Boris Charmatz a composé plusieurs promenades à suivre à sa guise dans une géniale cacophonie et un bonheur évident. On se retrouve hors-cadre, arpentant, cette fois pour le spectacle en lui-même, ces sublimes espaces si familiers où d’ordinaire on aura plutôt attendu fébrilement notre invité, couru à perdre haleine pour ne pas se voir refuser l’accès à un premier acte sur le fil, discouru sur une première partie un verre à la main pendant l’entr’acte ou publié sur Instagram une jolie photo du plafond de Chagall.

Les amoureux de ce lieu se délecteront de ces enchaînements de séquences fugaces, scandées, magiques parmi les marbres mythiques.

Une fée carabosse, un troyen, un cygne, un sacre, un faune, la mort d’un fils, un carnaval rythment notre déambulation : du buto au krump, des Temps Modernes à Bollywood, de Gershwin à Saint-Saëns, le spectre couvert est audacieux et les artistes nous parlent, nous racontent, nous introduisent aux détails, au contexte, aux « off » de tel ou tel ballet.

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Sortir du cadre, du code, mais pas tout à fait, s’affranchir de la forme convenue et attendue pour nous surprendre et nous transmettre son histoire de la danse, car c’est de cela dont il s’agit pour cet enfant virtuose de la danse contemporaine : de transmission.

Boris, ses danseurs et chorégraphes se sont appropriés ce patrimoine pour le revisiter et en partager leur interprétation avec délice. Une histoire faite de renaissance, de liberté, de révolutions, de drames, d’anecdotes, de rêves, de catastrophes : une histoire du XXème siècle en somme. Une récit personnel à nous raconter ? Peut-être.

Voici ce qu’il confiait à France Culture il y a quelques temps lors du Festival d’Avignon :

 « Mes deux parents ont connu, enfants, la Seconde Guerre mondiale. Mon père est juif et une partie de sa famille n’a pas survécu aux déportations. Le père de ma mère, lui aussi, a été déporté parce qu’il était impliqué dans la Résistance. Le rapport à l’enfance est donc complexe. Je me souviens que, petit, je croyais que tous les enfants avaient les mêmes cauchemars que les miens, et rêvaient que les Allemands allaient envahir la ZUP de Chambéry-le-Haut et cherchaient à nous attaquer ! Je ne suis évidemment pas de cette génération mais ça m’interroge sur la façon dont on digère les cauchemars de nos propres parents. Et aussi leurs utopies. »

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Cette ouverture inaugurale de la nouvelle saison de l’institution dirigée dorénavant par Benjamin Millepied a de quoi convaincre ou déranger mais n’en déplaise aux déconcertés, qu’il est bon de ressentir ce vent de fraîcheur et de création gagner respectueusement et bousculer doucement les belles colonnes de l’édifice et son public, qui ont finalement l’air, tous, d’apprécier être si vivants.

Avons-nous loupé quelque chose ? Avons-nous bien tout vu ? Pris la bonne direction ?  Tout cela n’a aucune importance, ce sera beau. L’Chaim !

Aline Le Bail-Kremer

 

20 danseurs pour le XXème siècle.

Tous les jours à 18h à l’Opéra Garnier, jusqu’au 11 octobre. 

Tarif unique : 15 euros. 

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Copyright Photos : Agathe Poupeney/Opéra national de Paris/ALBK