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octobre 2017

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Quelle actrice incarna le mieux à l'écran la mère juive contemporaine ?

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Visite de l’équipe de football d’Abu Gosh au mahJ

Le film Coup de tête (1979) de Jean-Jacques Annaud n’est pas qu’une fiction. C’est un film d’anticipation où la mégalomanie et le contrôle des pulsions par la jouissance que provoquerait un ballon dans un filet arrive aujourd’hui à son zénith. Pourtant, loin des salaires exorbitants des footballers et de leurs patrons qui s’achètent une bonne image en se payant une ou plusieurs équipes, des initiatives intéressantes subsistent encore. Celles de volontaires se levant aux aurores pour entrainer des jeunes entourés de béton. Mais aussi cette démarche de l’UEJF et SOS Racisme qui permet à de jeunes footballers d’Abu Gosh de visiter Paris et le mahJ. Rencontre avec Raphaëlle Laufer-Krygier, conférencière en au mahJ, en charge de ces visites.

L’Arche : Comment s’est organisée cette visite ?

Raphaëlle Laufer-Krygier : Comme chaque année l’UEJF, en partenariat avec SOS Racisme, a reçu une délégation de footballeurs de l’équipe d’Abu Gosh, composée de jeunes Arabes israéliens et de juifs d’origine éthiopienne. La délégation s’est rendue à Paris, Villeneuve La Garenne, Aubervilliers, Sarcelles, et Montpellier. Le mahJ, pour la deuxième année consécutive, a eu le plaisir d’accueillir ces jeunes visiteurs pour leur faire découvrir la richesse de ses collections et les multiples facettes du judaïsme français.

Quels sentiments exprimaient ces jeunes en étant à Paris, dans un lieu important dédié à la culture juive ?
La visite des collections du mahJ a représenté pour ces lycéens âgés de 15-16 ans une découverte du monde de l’art et des musées. Ils ont été également frappés par diversité du judaïsme français, formé par des communautés d’Europe et d’Afrique du Nord.

Ce genre de rencontre peut-il aider à déconstruire les préjugés et bâtir des liens autour de valeurs unissant les jeunes ?
La forte mixité de cette équipe et le fait qu’elle rencontre des jeunes de nos banlieues ne peut que favoriser le vivre ensemble. Face à cette formation, les préjugés volent en éclats : les juifs ne sont pas tous riches (certains de ces jeunes footballeurs sont issus de milieux défavorisés) et la société israélienne est bien plus diversifiée qu’on ne le pense ! Un lien très fort se tisse autour du sport. De notre côté, lors de la visite du musée, nous avons insisté sur les notions d’inclusion et d’exclusion à travers l’Histoire.

Les jeunes ont-ils été touchés par certaines œuvres en particulier ?

Dans l’ensemble, les jeunes visiteurs ont été impressionnés par la beauté des objets de la collection, en particulier par les pièces d’orfèvrerie. Un lycéen d’origine éthiopienne a été très ému de découvrir que son prénom, Shlomo, était gravé sur une des stèles funéraires dans la section dédiée aux juifs en France au Moyen Âge.

Mais le temps fort de la visite est incontestablement l’installation de Michel Nedjar « Poupées Pourim », exposée dans la majestueuse chambre du Duc. Ces poupées fragiles, faites à partir d’objets brisés, de shmattes, de boutons, de ficelles, de papier d’argent, d’étoffes, de cartons récupérés ont touché les lycéens par la dimension de réparation et de reconstruction qu’elles incarnent. Le silence et la qualité de leur écoute à ce moment du parcours était particulièrement saisissant.

L’exploration du musée s’est achevée sur la statue du Capitaine Dreyfus réalisée par Tim en 1988, placée au milieu de la cour d’Honneur. Nous avons alors évoqué les notions de justice, d’équité et de dignité, auxquelles les lycéens ont été très sensibles. L’éducateur qui les accompagnait a rappelé à cette occasion que l’affaire Dreyfus avait investi la langue hébraïque : si votre interlocuteur vous juge un peu rapidement et avec sévérité, vous pouvez lui rétorquer « S’il te plaît, ne me fais pas un procès à la Dreyfus ! »