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Mai-Juin 2019

N° 676

Antisémitisme

Nicole Bacharan : « Un grand chagrin et une colère profonde »

La politologue et spécialiste des USA analyse les répercussions de l’attentat d’Orlando sur la campagne présidentielle, sur le port d’armes et la position de Barack Obama sur le terrorisme.

 

L’Arche magazine : Quelle est la réaction des Américains au lendemain de l’attentat d’Orlando ?

Nicole Bacharan : Aucun sondage ne nous permet encore de le mesurer clairement, mais il y a eu bien entendu des réactions intuitives. De la même façon que les Français après les attentats de novembre, les Américains sont en état de choc après cette fusillade, ils ressentent dans leur majorité un grand chagrin et une profonde colère. Politiquement, cela a réactivé trois sujets problématiques que sont le terrorisme, puisque l’attentat a été revendiqué par Daech, l’homophobie puisque la cible était un club LGBT, et la circulation des armes, puisque le terroriste s’était procuré l’arme légalement.

La fusillade provoque aussi le sentiment d’un échec de l’administration Obama. Bien que ce ne soit pas directement de sa faute, l’autorité en place endosse toujours une part de responsabilité dans une affaire de ce type, perçue comme une faille à de nombreux niveaux. Et puis, les réactions des Américains s’illustrent aussi dans les réactions des différents candidats à la présidence. D’un côté il y a Donald Trump qui a eu immédiatement une réaction raciste, qui propose des solutions simples et qui n’ont jamais encore été testées dans le réel puisqu’il n’a jamais exercé de fonction, et de l’autre les options d’Hillary Clinton, qui me semble plus réalistes.

 

Vous venez d’évoquer le port d’armes à feu, ce débat est-il de nouveau sur la table ?

La question du contrôle des armes est importante mais reste secondaire dans la mesure où il y a dans cette affaire-là, un élément net de terrorisme. Le conflit avec l’État islamique, l’origine du terroriste et ses motivations ne peuvent pas être évacués avec la question du contrôle des armes à feu. D’ailleurs, l’argumentaire de Trump consiste justement à dire que les bons citoyens doivent pouvoir s’armer et se défendre contre les assaillants qui eux sont de toute façon armés. Donc la fusillade d’Orlando ne va pas fondamentalement changer la nature du débat sur les armes.

Cependant il y a eu une avancée d’un point de vue législatif, puisqu’il y a encore quelques mois, le Congrès avait refusé de considérer l’interdiction de l’accès aux armes pour ceux qui sont surveillés en matière d’anti-terrorisme (l’équivalent de ceux qui sont fichés S en France, c’est-à-dire qui ne sont pas condamnés, mais qui sont surveillés) mais à présent, celle-ci va être finalement débattue.

 

Pensez-vous que l’électorat juif américain puisse changer sa façon de voter à cause du terrorisme islamiste ?

Traditionnellement, les juifs américains votent plutôt démocrates. Ils ont toujours été très investis dans toutes les actions sociales, contre toutes les formes de discrimination, font preuve d’ouverture et de solidarité à toute épreuve. Mais il est vrai qu’au moment des élections d’Obama, il y a eu un glissement vers le camp républicain, surtout chez les électeurs les plus âgés. Notamment parce qu’il y avait à ce moment-là une grande défiance vis-à-vis de l’engagement d’Obama à l’égard d’Israël. Mais il n’y aura pas cette ambiguïté avec Hillary Clinton. Personnellement, je ne crois pas que le terrorisme profitera à Donald Trump dans l’électorat juif.

 

Quelles sont les conséquences politiques et les répercussions de cet attentat sur l’élection américaine ?

Nous attendons encore des sondages post-attentats pour avoir une idée précise de l’opinion publique. Mais en ce qui concerne les élites, on peut dire que l’événement s’est retourné contre Donald Trump dans la mesure où il y a eu un basculement de certains ténors républicains contre lui. Notamment depuis ses réactions sur Twitter, qui ont beaucoup indigné son propre camp, on assiste à une réelle levée de bouclier des Républicains qui se positionnent contre lui. Nombre d’entre eux et même les plus conservateurs, ont totalement désapprouvé sa réaction et craignent des retombées négatives sur le parti.

On aurait pu penser qu’après les attentats, lui qui est plus percutant, plus spectaculaire, correspondrait davantage à l’indignation des Américains et que donc il bénéficierait d’une nouvelle popularité après cette affaire, par rapport à la réaction plus mesurée d’Hillary Clinton, mais pour le moment, il est plus desservi qu’autre chose.

 

Pourquoi, selon vous, Barack Obama peine à utiliser le terme de « terrorisme islamique » ?

Cette expression ne fait pas partie de son vocabulaire pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’en anglais, le terrorisme islamique se dit « Radical islam », donc le terme utilisé est celui d’ « islam », non celui d’ « islamiste », or Obama refuse de façon épidermique les formulations qui englobent potentiellement tout l’islam dans l’extrémisme. Il considère que pour lutter contre l’islamisme radical, il faut au contraire travailler avec les musulmans, qu’il ne faut pas se mettre à dos tout le monde arabe, alimenter l’idée d’une guerre de civilisation ou l’idée que les États-Unis sont en conflit contre l’Islam.

Par ailleurs, Obama ne considère pas que le terrorisme soit le plus grand danger qui menace l’Amérique ou le monde. Il pense par exemple, que la prolifération nucléaire ou le changement climatique sont sur la durée, beaucoup plus dangereux que le terrorisme islamiste. Obama pense aussi que par exemple, entre les morts liées au terrorisme et les 30 000 personnes abattues par balles aux États-Unis, le terrorisme reste le moins meurtrier. Au fond, il y a un refus chez lui, à la fois moral et politique, d’alimenter les émotions comme la peur ou la panique sur ce sujet-là. Beaucoup d’éléments chez lui nourrissent ce refus de vocabulaire très marqué, mais ce n’est évidemment pas le fait qu’il y ait une complicité, même tacite, avec le terrorisme.