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France

Le yiddish perd un de ses grands ambassadeurs

Claude Hampel nous a quitté le 11 novembre dernier après des mois de lutte contre une maladie implacable.

 

Il n’est pas compliqué de trouver sa biographie sur le net, les réseaux sociaux, français et internationaux. Mon objectif est plutôt ici de lui rendre hommage à travers les actions accomplies, sa personnalité lumineuse, son engagement incessant ! Sa mère était enceinte dans le ghetto de Varsovie. Il est né dans des conditions épouvantables quelques mois après la liquidation du ghetto. Il est considéré comme un des très rares enfants juifs survivants de cet enfer. De cela il n’a pas parlé pendant très longtemps. Claude était un homme pudique, réservé dès qu’il était concerné. En revanche lorsqu’il s’agissait des autres, de donner, de soutenir, de transmettre inlassablement, il était présent.

Claude a grandi dans une famille yiddishophone, sa « mameloshn » était le yiddish et toute sa vie il a participé plus qu’activement à la transmission de cette langue et de cette culture. Il a longtemps travaillé pour le quotidien yiddish « Undzer Wort » . A la disparition de ce journal en 1995, Claude a pensé qu’il était inimaginable que nous n’ayons pas en Europe une parution en yiddish. C’est ainsi que sont nés les Cahiers yiddish ou « Yiddishe Heftn ». Au départ Claude avait autour de lui une équipe d’anciens journalistes d’Undzer Wort et il a beaucoup diffusé en direction de l’Europe de l’est pour un public juif intéressé et concerné. Claude Hampel était aussi vice-président du jury du prix Max Cukierman qui attribue tous les ans en France le grand prix du yiddish. Depuis cinq ans il animait sur RadioJ l’émission hebdomadaire intégralement en yiddish, « di yiddishe show », un jeu de mots que je vous invite à décrypter. Il avait aussi créé au sein du Cercle Bernard Lazare un atelier de conversation yiddish avec une petite équipe très motivée autour d’un « glouz tay ».

On comprend que cette transmission permanente et inlassable était au cœur de ses préoccupations principales. Le yiddish ne devait pas mourir et jusqu’au bout il en a été un des vecteurs essentiels. Le dimanche 18 septembre 2016 a eu lieu à la mairie du IV à Paris l’anniversaire des 20 ans des Cahiers Yiddish. Tous ses amis artistes étaient présents, toutes générations confondues car Claude soutenait aussi les jeunes musiciens et chanteurs et n’hésitait pas à leur donner leur chance. Ce fut une fête mémorable lors de laquelle nous savions Claude déjà bien malade. Le degré de motivation des artistes a été proportionnel à l’amitié dont Claude avait toujours fait preuve vis-à-vis d’eux. L’essentiel ce jour là étant que Claude ait pu y assister et être avec nous !

Claude Hampel était aussi à la tête de la commission Mémoire du CRIF et rédacteur en chef des Cahiers Bernard Lazare. Un vibrant hommage lui sera prochainement rendu en janvier 2017 au CBL. Le CBL était à la fois sa famille, ses amis, son environnement permanent au sein duquel s’exprimaient son immense « mentshlekhkayt » et son dévouement. Le yiddish ne sera plus jamais le même sans Claude si fidèle à sa tradition. Il sera autre et seul l’avenir nous le dira !

 

Lise Amiel-Gutmann, professeur de yiddish et journaliste.

Pour en savoir plus sur la vie de Claude Hampel, un chapitre lui a été consacré dans l’excellent livre d’Alain Vincenot « Les larmes de la rue des Rosiers » avec une préface d’Elie Wiesel paru aux éditions des Syrtes.