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janvier 2017

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France

Hommage à un des derniers parachutistes juifs de la France Libre

Les parachutistes de la France Libre ont joué un rôle décisif dans les maquis, la préparation des débarquements, la libération de la France et la défaite de l’Allemagne. De Gaulle, en leur rendant hommage, écrivit : « Pour les parachutistes, la guerre fut le danger, l’audace, l’isolement. Entre tous, les plus exposés, les plus audacieux, les plus solitaires ont été ceux de la France Libre. »

 Que ce soit dans des régiments parachutistes illustres ou dans des services actions et des réseaux de saboteurs, les Juifs y furent présent en nombre (souvent plus de 10% de ces combattants alors qu’ils représentaient moins de 1% de la population française), aux premiers postes et y trouvèrent pour beaucoup d’entre eux des morts héroïques.

Un des tous derniers officiers parachutistes de la France Libre, d’origine juive, vient de décéder. Nous souhaitons ici rendre hommage au Capitaine Norbert Beyrard de son vrai nom Norbert Benchemoul.

Il est né en 1925 à Palikao en Algérie. Il rejoint les Forces Françaises Libres à 18 ans en 1943. Il est envoyé à Ringway en Angleterre pour y être formé comme parachutiste. Il est affecté au 3ème Special Air Service (les fameux SAS) et est parachuté en Bourgogne en juillet 1944 pour participer à des dizaines d’opérations de sabotage. Son « stick », sa section de combat, porte le nom de son officier, le Lieutenant Jacques Zermati, le « Stick Zermati », l’adjoint est le sous-lieutenant Rémi Dreyfus. La plupart sont juifs comme vous pouvez le constater sur cette photo (Sebag, Barkatz, Lombardo, Beyrard). Ils s’illustreront glorieusement dans la bataille de Sennecey-le-Grand. Cette bataille où une vingtaine de SAS soutenus par le maquis de Corlay blessent ou tuent près de 1.000 soldats allemands en attaquant la garnison sur des jeeps armées de mitrailleuses. Sur les vingt paras engagés ce jour là, onze périssent. Six d’entre eux étaient juifs, Norbert Beyrard récitera le Kaddish pour eux : l’Aspirant Lyon-Caen, l’Adjudant Benhamou, les deux frères Djian, les parachutistes Barkatz et Lombardo. Cette action commando permettra la libération de Châlons-sur-Saône et fut tellement emblématique que c’est à Sennecey-le-Grand que fut érigé après guerre, le Mémorial des SAS tués lors des combats pour la libération de la France.

Beyrard, comme les autres SAS, sont ensuite renvoyés en Angleterre pour être parachutés en avril 45 aux Pays-Bas avec son Régiment, devenu le 3ème Régiment de Chasseurs Parachutistes. Nommé officier, il doit, avec son stick, fixer les Allemands dans la ville d’Oranje. Ils se battent à 20 contre une centaine de paras allemands. Il est grièvement blessé et fait prisonnier. Le Commandant en second du Régiment, le Capitaine Jean-Salomon Simon, lui aussi d’origine Juive y trouve une mort glorieuse et est nommé par De Gaulle, Compagnon de la Libération. Beyrard s’évade quelques semaines plus tard et retrouve les SAS. Il reçoit la Légion d’honneur, la Médaille Militaire, la Médaille de la France Libre et la Croix du Lion de Bronze hollandaise. Après guerre, Beyrard déclara « Dans mon Bataillon du 3ème SAS, sur 400 parachutistes, près de 100 étaient juifs et 15 étaient officiers »

L’Aspirant Beyrard est démobilisé à 20 ans en 1945. Il prépare alors activement à Paris son concours pour entrer à Polytechnique ou aux Mines. Dès l’année suivante, des envoyés du Yichouv lui demande d’expertiser des armes achetées en Yougoslavie et transitant par la France. Puis, sous la pression d’un envoyé de la Haganah en avril 1948, bien qu’il sera surement admis à l’X ou aux Mines, Norbert accepte de mettre son expérience du combat et des commandos au service de l’Etat juif qui va naître. Il s’envole vers la Palestine encore sous mandat.

Il fera partie de ces volontaires étrangers venus de tous les pays, les MAHAL. Il rencontre le chef d’Etat Major, Ygal Yadin qui connaît le rôle joué par les SAS pendant la guerre. Celui-ci lui confie la direction d’une des premières unités de reconnaissance de la toute jeune armée d’Israël. Le Yechida-Siour qui sera l’ancêtre du Sayeret Matkal. A la tête de ce commando, il dirige des opérations de reconnaissance sur la route de Birmanie, vers Jérusalem assiégée.

Dans le même temps, il organise la création de la première école de formation des parachutistes d’Israël à Ramat David. Il entraine des jeunes recrues et effectue avec eux les premiers sauts. Les premiers sauts de parachutistes israéliens. En août 48, son unité devient le premier bataillon parachutiste d’Israël. En qualité d’officier des opérations, il dirige avec succès une série d’opérations commandos sur le front nord, grâce notamment au rôle de son officier de renseignement, un ancien des fusiliers marins de la France Libre, Raymond Kwort.

Après la seconde trêve, cette unité parachutiste est renforcée et devient une force de Tsahal. Joël Palgui, qui fut parachuté avec Hanna Senesh en Hongrie en prend le commandement, Norbert Beyrard en est le second. Au début 49, il convainc l’état-major de sa doctrine d’armée commando, qui a fait ses preuves en France puis en Israël. Il obtient aussi d’Ygal Yadin que tout officier israélien reçoive une formation et un entrainement de parachutiste.

En juin 1949, Capitaine et décoré de la Médaille de l’Indépendance d’Israël, il retourne en France reprendre ses études. Il obtient un master en sciences et un doctorat en économie. Il sera un inventeur et un entrepreneur. Il dépose plus de 150 brevets. Ce sera lui un des inventeurs du scanner médical à haute définition. Il est décédé le 13 février 2017 à Divonne-les-Bains où il habitait.

Les parachutistes juifs de la France Libre ont ainsi joué un rôle déterminant dans la Libération de la France et grâce à Norbert Beyrard et ses camarades volontaires français dans l’esprit de commando de l’armée d’Israël.

De Gaulle rendit aux parachutistes de la France Libre ce si juste hommage : « Ils regardent le ciel sans pâlir et la terre sans rougir ». Le Capitaine Beyrard, fut toute sa vie fidèle à cette devise.