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juillet 2017

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France

Marceline Loridan-Ivens : « Nous étions les miroirs les unes des autres »

Avant que le cercle des proches et de la famille ne se dessinent, il y avait déjà du monde, au cimetière du Montparnasse ce mardi 5 juillet dernier, en fin de matinée. Des petits groupes s’étaient formés, dont beaucoup composés de femmes, qui attendaient depuis un moment, que l’on transporte le cercueil de Simone Veil de la Cour des Invalides où l’hommage de la Nation lui était rendu. Des dames suivaient la cérémonie sur le téléphone de l’une d’entre elles. Elles ont tous les âges. Elles sont déjà émues aux larmes après les immenses discours prononcés en ces obsèques nationales, quand retentit avec force, ici aussi, Le chant des marais. Alors que des larmes redoublent, il n’est pas besoin d’autres sanglots pour prendre connaissance de certains de leurs parcours. Les gens affluent petit à petit, certains ont des fleurs dans les bras, quelques-uns ont ajusté leur tenue avec un soin extrême, d’autres sont en simple t-shirt, les minois chagrinés des jeunes filles de 20 ans croisent les plus anciens. Quelques personnalités arrivent discrètement, puis d’autres, les amis, les camarades, la famille, séparés du public qui attendra respectueusement la fin de la cérémonie privée pour saluer Simone Veil une dernière fois.

C’est Marceline Loridan-Ivens, de sa voix et de son ton unique, qui a livré, seule, son adieu à celle qui fut son amie depuis qu’elles avaient toutes deux été plongées dans la nuit des camps.

« On ne pleurait pas. Le deuil n’existait pas. Il n’existait plus. On était durs. Nous étions les miroirs les unes des autres. Je m’accrochais au regard des plus déterminées d’entre nous, le tien en faisait partie. »

Son hommage est aussi impérial que bouleversant. Ciselés et rares, ébranlés mais si jolis, ses mots, comme à son habitude, vont droit au coeur de chacun. Ce sont ceux de l’oraison des témoins que l’on écoute telle une précieuse allocution pour l’Histoire.

« La courbe de nos vies a connu le pire et le meilleur de notre humanité. Les  usines de la mort comme les élans   du progrès mais le temps passant, nous avons eu le même pressentiment toi et moi. L’horizon s’obscurcit à nouveau. Tu étais inquiète. L’antisémitisme est de retour. Il a connu des rémissions mais il ne disparaîtra jamais. Nous le combattrons, comme nous l’avons toujours combattu. Je le ferai jusqu’à mon dernier souffle. Et tu le feras encore . »

Haïm Korsia, ensuite, a énoncé sobrement le psaume 91, celui de la protection: « Couvrir de ses plumes, et trouver un refuge sous ses ailes. »

« La fidélité divine est son bouclier et sa cuirasse. Il n’a pas à craindre l’épouvante de la nuit ni la flèche qui menace le jour (…) Mille personnes peuvent tomber à ses côtés, et dix mille disparaître à sa droite, les calamités ne l’atteignent pas », prononce-t-il doucement. Ces paroles résonnent avec celles de Jean Veil, partagées avec le pays tout entier un peu plus tôt : « Cette détermination constitue la trame de l’armure qui t’a permis de survivre à l’enfer. »

Puis, le hazan, sublimant la prière, a fait vibrer son nom. Et le Kaddish fut lu sur sa tombe, comme elle l’avait souhaité, par ses fils, Jean et Pierre-François, entourés de la bienveillance de Haïm Korsia, des murmures de Delphine Horvilleur, et de toute l’affection de l’assemblée.

Après l’hommage national aux Invalides, Simone Veil a été inhumée dans le carré juif du cimetière du Montparnasse aux côtés de son époux, Antoine. Simone et Antoine, immortels, entreront au Panthéon, pour nous tous et les oubliés, emportant sûrement avec eux l’âme de Claude-Nicolas. Ultime revanche pour celle qui en a tant vu, désormais à l’abri de la reconnaissance ultime et absolue de la république. Jamais cet honneur n’aura été accordé aussi rapidement et avec un tel consensus politique.

« Simone, nous en sommes sorties vivantes et nous n’avions plus peur de rien. Nous savions toi et moi que le reste de notre vie n’était que du rab’. Qu’il fallait en faire quelque chose, Quelque chose de grandiose. Tu l’as fait. Pour toutes les femmes qui jamais n’oublieront ton nom et pour toutes les mortes que nous allons laisser derrière nous, que nous représentons, merci . Merci pour tout ce que tu as fait », a bien dit Marceline.

Les fleurs ont été déposées dans l’allée, seuls les petits cailloux ornaient sa tombe quand la longue et silencieuse procession magnifiquement disparate des anonymes a commencé. Et il était possible de ressentir sous les arbres, pas moins que le souffle de l’universel et l’éternité.

Un hommage public, organisé par le Mémorial de la Shoah et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, en partenariat avec l’Union des Déportés d’Auschwitz et les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, lui est rendu par ses amis déportés, et compagnons de lutte, ce mardi 11 juillet, à 19h, au Mémorial de la Shoah à Paris. Simone Veil comptait parmi les membres fondateurs du Mémorial et fut la première présidente de la Fondation, de 2001 à 2007, puis, présidente d’honneur.

Aline Le Bail-Kremer