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juillet 2017

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Israël

Emmanuel Nakhshon : « Des éléments extrémistes veulent faire de ce conflit un conflit religieux »

Photo by Abed Rahim Khatib/ Flash90

Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères évoque pour les lecteurs de L’Arche les tensions jordano-israéliennes et celles autour de l’esplanade des mosquées.

 

L’Arche: La crise survenue entre Amman et Jérusalem, est-ce la première crise de cette importance entre les deux pays?

Emmanuel Nakhshon: C’est une crise particulière qui tient a des circonstances qui n’ont rien a voir avec la crise elle-même. En fait, c’est une situation qui aurait pu arriver a n’importe quel moment. Un diplomate israélien a été agressé par un Jordanien qui a tenté de le tuer. Le diplomate a essayé de se protéger en utilisant son pistolet. Ce sont des choses qui malheureusement arrivent, mais évidemment, le fait que cela ait lieu juste au moment où nous sommes en pleine crise avec la tension autour de l’esplanade des mosquées rend les choses plus compliquées. C’est la raison pour laquelle nous avons travaillé très dur pour essayer de trouver la bonne solution à cette crise afin de permettre à notre diplomate de rentrer en Israël le plus rapidement possible tout en coopérant avec les autorités jordaniennes en leur transmettant toutes les informations nécessaires pour comprendre ce qui s’est passé.

Le contexte plus large, c’est le contexte de l’esplanade des mosquées, et c’est le contexte de crise politique, religieuse et sécuritaire qui s’est développé au cours de ces derniers jours, depuis vendredi dernier. C’est une crise où nous pensons que la Jordanie pourrait éventuellement jouer un rôle très positif, parce qu’elle a une position très importante à la fois sur le plan légal et religieux quant à la stabilité des lieux saints. Nous attendons des autorités jordaniennes qu’elles fassent en sorte que la sécurité sur l’esplanade des mosquées soit retrouvée le plus rapidement possible. La Jordanie est un pays important, c’est un pays ami, il faut le rappeler aussi. C’est un pays avec lequel nous sommes en paix depuis 1994, et donc c’est un pays qui peut jouer un rôle de stabilisation et empêcher que la crise dans laquelle nous nous trouvons ne s’aggrave.

L’Arche: Cette crise autour de l’esplanade des mosquées, c’est quelque chose qui couve depuis longtemps, ou cela survient brusquement, sans que personne ne l’attende?

E.N: Ce que personne n’attendait, ni les autorités israéliennes, ni les autorités musulmanes religieuses, c’est que des musulmans extrémistes utilisent l’esplanade des mosquées pour lancer une attaque armée contre des policiers israéliens. Parce qu’il faut savoir que dans l’islam aussi, il y une interdiction absolue d’utiliser des armes à feu, ou d’utiliser des armes en général dans un lieu saint, et donc c’est quelque chose qui a surpris toute monde et qui va à l’encontre des principes fondamentaux de l’islam, et aussi de l’éthique et de la religion ce manière générale. C’est la raison pour laquelle nous avons tous été surpris. Nous n’imaginions pas qu’on puisse délibérément faire venir des armes sur l’esplanade et les utiliser pour tuer des policiers israéliens. Mais cette ligne rouge a été franchie par quelqu’un, ce qui démontre d’ailleurs que l’islam radical n’a rien a voir avec l’islam. L’islamisme radical est un phénomène de terrorisme, de haine, de fanatisme qui soi-disant puise des racines profondes dans la religion, mais en fait n’a rien a voir avec la religion. Cela nous oblige en tout cas à utiliser des moyens de sécurité qui sont de nouveaux moyens de sécurité, qu’il s’agisse de la sécurité magnétique pour détecter si d’autres personnes introduisent des objets métalliques sur l’esplanade, ou que ce soit des caméras de surveillance. Tout cela semble je dirais incontournable. Il faut prendre les mesures de sécurité nécessaires pour s’assurer que ce précédent ne se reproduira pas.

L’Arche: La critique porte sur le fait que ces portiques magnétiques auraient pu être établis en consultation avec les autorités musulmanes…

E.N: Je crois que ce qu’on sous-estime, c’est l’élément d’urgence. La discussion est très importante, la négociation est très importante, mais d’un autre côté, il y a un élément d’urgence. Lorsque nous nous sommes retrouvés dans une situation qui était vraiment nouvelle, il fallait prendre des mesures immédiates, et ces mesures – il faut le dire aussi très clairement – ne porte évidemment absolument pas sur le culte à l’intérieur des lieux musulmans. C’est le même genre de sécurité magnétique qu’on trouve dans tous les aéroports, dans tous les lieux saints de par le monde ou les lieux très importants. Si ces mesures sont légitimes du côté du Kotel, pourquoi ne le seraient-elles pas du côté de l’esplanade des mosquées? Parce qu’en fin de compte, c’est une protection pour la population qui utilise ces lieux. Personne n’a envie de se retrouver dans ce genre de situations où on vient prier innocemment et on se retrouve dans une attaque ou un attentat. C’est donc quelque chose d’important. J’ajoute qu’il y a un phénomène qu’on commence a observer depuis quelque temps et qui est le suivant. Certains éléments palestiniens, des éléments religieux extrémistes, essaient de transformer la nature profonde du conflit. C’est un conflit entre deux nations, et la solution doit venir naturellement des deux nations. Ce qu’on voit de plus en plus, c’est la tentative de transformer ce conflit en conflit religieux qui opposerait judaïsme et islam. Un conflit religieux n’a pas besoin de trouver de solution. On est dans l’absolu, et l’absolu juif et l’absolu musulman ne se rencontreront jamais, et certainement pas quand il s’agit de lieux qui sont considérés comme les plus saints par les uns et les autres. Ces tentatives, qui sont d’ailleurs encouragées par des pays comme l’Iran, par le Hamas, par le Hezbollah, par d’autres éléments qui visent a transformer ce conflit de soluble en insoluble – on peut trouver une solution a un conflit national, on ne peut pas trouver une solution a un conflit religieux -, tout cela crée une situation avec laquelle Israël doit faire attention, les pays arabes aussi, et les Palestiniens aussi. Au sein de la population palestinienne, il y a beaucoup de modérés, mais il y a aussi des extrémistes. Je pense que quand on est un modéré, on ne souhaite pas que les extrémistes aient le dessus. Tout cela est très complexe, et tout ce qui pourra être fait pour faire baisser les tensions et faire en sorte que nous continuions à bénéficier toujours de cette liberté de culte à Jérusalem, en particulier dans la vieille ville, est le bienvenu.

L’Arche : Qu’est ce qui pourrait être fait justement pour aider à produire cette désescalade dont vous parlez ?

E.N : Nous avons fait preuve de bonne volonté du côté israélien, nous avons modéré la nature des réactions. Dans certains cas, quand des mesures militaires pouvaient être prises, elles ont été prises. Nous essayons aussi d’aller vers les Palestiniens. Nous souhaitons, et ce n’est pas un secret, aller vers une reprise des négociations avec les Palestiniens. Pour cela, les Etats-Unis d’Amérique apportent leur aide. Il y a maintenant un envoyé spécial américain dans la région, qui se trouve ici en ce moment, Jason Greenblatt. Il y a aussi le gendre du Président Jared Kushner, qui se trouve également dans la région. Il faut que les Palestiniens intègrent le fait que la seule manière d’avancer, c’est par la négociation, il n’y a pas tellement d’autres moyens. La radicalisation n’est pas une solution, elle créé une situation de méfiance dans la population, et cela va, je crois, à l’encontre des intérêts palestiniens. Surtout dans une période où les Palestiniens risquent de se retrouver très isolés. Les pays arabes parlent beaucoup des Palestiniens, mais n’ont jamais rien fait pour eux. C’est la raison pour laquelle ce dialogue, cette négociation entre Israéliens et Palestiniens est aussi importante pour les uns que pour les autres.

Nos lecteurs trouveront l’intégralité de cet entretien dans la prochaine livraison de L’Arche.