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juillet 2017

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France

Le Congrès mondial des juifs LGBT se déroule à Paris du 7 au 10 septembre

Quatre débats, des visites dans Paris et un shabbat organisé… le tout dans un esprit de rencontre, de déconstruction des préjugés et d’échanges sur la situation actuelle. Un rendez-vous, justement, ouvert à tous. Rencontre avec Carole et Alain, les organisateurs de cet événement historique.

 

L’Arche : Quel est le but premier de ce Congrès ?

Alain : Le but de ce congrès est de rassembler les juifs LGBT du monde entier afin de réfléchir aux problématiques nous impactant. En l’occurrence nous avons choisi quatre problématiques qui sont : le sexisme, les mouvements nationalistes, les relations avec le politique et enfin la parole de haine sur internet.

Carole : Le tout dans le cadre de la célébration des 40 ans du Beit Haverim. Cela a facilité auprès du World Congress of GLBT Jews le choix de la ville de Paris cette année. Cette conférence s’inscrit aussi dans le pôle « citoyenneté » des trois axes de définition de l’association – convivialité, identité, citoyenneté. Notre travail au sein de la communauté juive s’insère également et naturellement dans une démarche citoyenne.

Alain : On a bénéficié pour cela du coup de main sur l’organisation de Frank Giaoui, qui est président du World Congress et qui était auparavant président du Beit Haverim.

 

La réunion se déroule chaque année dans une autre ville ?

Carole : Le congrès mondial des juifs et juives LGBT, qui est une fédération d’associations sœurs du Beit Haverim et qui est basé à New York, organise tous les ans une conférence auprès de ses organisations membres dans le monde.

Alain : La précédente était à Buenos Aires et la prochaine se déroulera à Rome. Ce qui est intéressant aussi, c’est de jeter des ponts entre toutes ces associations qui sont souvent isolées dans leur pays d’origine ; de voir comment chacune vit cette double identité : judaïsme et homosexualité. L’organisation du congrès permet de nous connaître, de nous fédérer et nous organiser.

 

Avez-vous reçu beaucoup de soutien des associations juives de France concernant l’organisation de l’événement ?

Alain : On a des soutiens de certains médias comme Judaïque fm, Radio J, Jewpop et l’Arche… mais pas d’instances communautaires. Nous avons bien entendu invité le Grand rabbin de France, les dirigeants du Crif et d’autres institutions. Mais, pour l’instant, nous n’avons aucune réponse. Ce n’est pas très surprenant mais nous restons positifs… En revanche, nous sommes ravis d’accueillir le président de l’UEJF dans un panel. C’est la première fois que nous organisons quelque chose ensemble.

 

Pourquoi est-ce qu’en Amérique, par exemple, les associations juives, des libéraux jusqu’aux orthodoxes, soutiennent plus facilement l’expression LGBT ?

Alain : En France, une partie de la communauté est figée dans ses positions et n’a pas réussi à évoluer car elle adopte une posture conservatrice. Aux États-Unis effectivement, c’est l’inverse : les libéraux mais aussi les orthodoxes se montrent plus favorables à notre égard. Il y a notamment un mouvement orthodoxe égalitaire qui souhaite revaloriser la place de la femme. On s’y interroge plus sur le sort des minorités dans la communauté. Alors qu’en France, il existe plutôt un désintérêt pour le sujet

 

Qu’est-ce qui a à vos yeux le plus évolué sur ces questions en France depuis 40 ans et qu’est-ce qui tarde le plus évoluer ?

Carole : L’évolution est assez lente. Les mouvements libéraux sont plus disposés à se poser ces questions qu’à les refuser. Ils ont une approche plus inclusive. On est également en lien avec les massortis. Nous aimerions également pouvoir être présents dans les synagogues consistoriales qui nous sont encore fermées sans craindre la discrimination de nos co-religionnaires.

Alain : Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la communauté ne nie plus l’existence de juifs LGBT. Le « ça n’existe pas chez nous » est révolu. Mais nous ne sommes pas pour autant acceptés. Malheureusement, certains continuent à nous mépriser. Dès qu’on parle d’homosexualité avec eux, ils nous associent à la pédophilie et à la zoophilie. Ce genre d’amalgame n’est pas très honorable. Ils voient cela comme criminel ou immoral. Beaucoup ne comprennent pas la question du choix. Ils pensent que nous faisons cela par « goût de la marginalité ». Ils ne comprennent pas que nous n’avons pas le choix et nous sermonnent, en nous demandant de « rentrer dans les rangs ».

Le désintérêt pour le sujet des minorités sexuelles juives nourrit cette incompréhension. Nous tentons de la réduire au mieux, notamment avec notre livre ou le congrès. Néanmoins, il est difficile pour nous de trouver des interlocuteurs.

Carole : Cela étant, si beaucoup d’homophobie se manifeste encore, de nombreuses personnes non-LGBT n’hésitent pas à manifester un soutien tout aussi clair. Des hétérosexuels ont adhéré à l’association par désir de nous soutenir et cela mérite d’être souligné.

 

Y a-t-il une différence dans la perception de l’homosexualité masculine et féminine au sein de la communauté ?

Alain : La plupart des gens n’ont pas d’éducation sur le sujet. La plupart des rabbins ne sont pas formés. Beaucoup restent sur une lecture des textes au premier degré. Ils ne font pas la différence. Ils pensent que l’interdit est au même niveau pour les hommes et pour les femmes alors que ce n’est pas vrai.

Carole : Nous subissons régulièrement un réel rejet lié à la lecture très primaire du texte. Mais nous bénéficions aussi du soutien de rabbins, de personnalités faisant autorité dans les cercles religieux qui peuvent faire valoir un contre-argumentaire religieux de poids. Ils nous donnent un appui important pour dialoguer avec les instances religieuses – et pour contrer la haine anti-LGBT qui s’exprime aussi vigoureusement que l’antisémitisme que nous connaissons, tout comme le reste de la communauté juive.

Alain : On a ouvert une autre brèche. Dans le livre consacré aux 40 ans du Beit Haverim on a parlé du cas des personnes transgenres. Toute une réflexion se pose sur leur intégration, leur inclusion. Ces questions sont encore moins connues par les membres des associations juives. Nous contribuons à une réflexion sur le sujet. Nous avons d’ailleurs organisé une conférence sur ce thème à Limoud cette année. Ont participé à cette conférence deux membres du Beit, un psychiatre et le rabbin Yeshaya Dalsace du mouvement massorti. Elle est d’ailleurs visible sur notre chaîne youtube.

Carole : Concernant l’événement organisé ce mois-ci, il y aura quatre conférences mais aussi une découverte de Paris, une croisière en bateau, des visites dans des synagogues et un grand shabbat. Bien entendu, les personnes de toute obédience ou orientation sont les bienvenues dans l’ensemble des événements.

Découvrez le programme du Congrès mondial des juifs LGBT à Paris qui se déroulera du 7 au 10 septembre : http://beit-haverim.com/world-congress-of-glbt-jews/