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octobre 2017

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France

Un documentaire-fiction sur le Château de Boutemont

Un château proustien en Normandie agrémenté d’un « temple de Salomon » floral art végétal.

L’Arche : Vous êtes l’auteur d’un film sur le château de Boutemont, en Normandie, intitulé « un Château rêvé ».L’histoire de ce château est singulière. Pour quelle(s) raison(s) vous a-t-elle inspiré?

Philip Lévy : C’est par le fait du hasard que j’ai découvert ce magnifique château. Un ami, Pierre Cohen, présent dans le film comme historien et spécialiste de Marcel Proust, fut un ancien responsable au Centre d’Energie Atomique (CEA), m’a proposé un jour de le visiter et de découvrir ses admirables jardins sachant que j’avais déjà réalisé quelques films.

J’ai attendu longtemps, presque deux ans, avant de me décider vers le mois de janvier 2015 à joindre sa connaissance, propriétaire du lieu depuis plus de quarante-deux ans. Armand Sarfati était encore médecin chirurgien-dentiste en exercice lors de notre première rencontre ; il débordait toujours, tout comme son épouse Hélène Sarfati, d’une énergie manifeste constante qui ne s’est jamais atténuée depuis.

J’ai donc progressivement appris à connaître les propriétaires de ce lieu enchanté, Mme et M. Sarfati, si amicaux et avant tout passionnément amoureux de cet endroit grandiose, unique et attachant. Ils l’ont avec amour et respect restauré sur plusieurs décennies et ont réhabilité les jardins extérieurs, augmenté sur onze hectares avec justesse et considération des parties liées à la tradition du paysagiste Achille Duchêne ; tout en innovant dans les nouveaux espaces arborés et floraux créés sous leur impulsion, grâce à M. Hayat, paysagiste de renom et M. Lebœuf, jardinier également exceptionnel.

Ils m’ont donc reçu à plusieurs reprises, un lien d’amitié fort et indéfectible s’est établi entre nous, puis le désir a commencé à poindre en moi.

Et je me suis mis à me promener, parfois seul, pour découvrir, observer sans cesse : les perspectives linéaires et cavalières, les points de fuite, la lumière inoubliable et joueuse, ses ombres, les lignes de grandes dimensions, les espaces paysagers et construits rythmés et poétiques, les variétés florales, les topiaires, les plans de masses, les architectures et leurs matériaux, les distributions, les reflets…

Outre la qualité exceptionnelle des jardins qui ont été récompensés à la fin du mois de janvier 2016 du grand prix 2016 du concours EBTS France des jardins, dans lesquels innovation et originalité sont proposées aux visiteurs-spectateurs, il apparait la présence rare, puisque unique, dans la structure de ce Domaine d’un Pont-levis qui en fait un lieu très singulier dans l’architecture médiévale en Pays d’Auge. Ce point est souligné dans mon documentaire-fiction par M. Yves Lescroart, inspecteur général honoraire des monuments historiques.

Ici, à Boutemont, je me retrouvais tout à la fois : dans les jardins de la Villa Médicis à Rome où j’ai pu travailler, près d’Amboise chez mon Maitre Olivier Debré Peintre Mural, au Château de Madère, en Normandie, dans la Loire…. Avec la chance d’une flânerie continuelle traversant les siècles…

On dit que les châteaux sont parfois des lieux magiques, c’est sans aucun doute le cas à Boutemont. Il fallait que mon film puisse en rendre compte à sa façon et conserver cette sensation.

L’Arche : Racontez-nous dans quelles circonstances le couple Sarfati a fait l’acquisition de ce château, et comment il en a fait ce « Château rêvé » dont vous parlez.

P.L : Dans le film, les époux Sarfati nous précisent les modalités et les conditions de l’acquisition de leur château. Ils possédaient auparavant un autre château, plus petit, en région parisienne où commencèrent à grandir leurs enfants. Devenus adolescents, les propriétaires souhaitèrent trouver un autre domaine. Ils en visitèrent plus de trois cents avant de trouver leur perle.

Ils ont découvert la Normandie au cours de leur recherche de cette nouvelle propriété et bien qu’elle soit différente du soleil méditerranéen, ils se sont bien adaptés à cette région et à cette nouvelle propriété.

Monsieur Sarfati a des origines tunisiennes. Il est issu d’un milieu assez religieux, et son grand-père était rabbin dans une synagogue du quartier juif de Tunis.

Il m’apparait aussi que les origines également italiennes d’Armand Sarfati, avec chez son épouse, une éducation dès son plus jeune âge pour le goût de la pierre et des monuments ruraux se conjuguent pour former grâce à deux êtres d’exception un château d’exception.

On a pensé à ce titre « Un château rêvé » car nous avons en l’espèce, ici de mon point de vue, un vrai miracle dans la réalisation et dans l’achèvement de ce domaine qui témoigne d’une abnégation heureuse et sans faille sur plusieurs décennies.

Où l’amour des fleurs et des jardins s’harmonisent à ce bijou du patrimoine classé à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, devenu par l’esprit créatif des propriétaires toujours en devenir.

L’Arche : Vous interrogez un spécialiste de littérature qui trouve que le château a des résonances proustiennes. En quoi?

P.L : Là encore, il me faudrait ne pas trop dévoiler le contenu et les propos du spécialiste de Marcel Proust et ne pas anticiper ou révéler sa démonstration proposée.

En fait, je lui ai insufflé d’imaginer la venue de Marcel Proust dans ce château et ainsi de nous faire apparaître ce sur quoi Proust aurait pu être émerveillé, de nous suggérer les correspondances ou réminiscences avec différents lieux paysagers ou Demeures qu’il avait fréquentés : Fleurs et arbres, gravier à l’entrée du château, l’Atlas sculpté, le pressoir, les soirées et réceptions données, etc.

L’Arche : On y trouve un « Temple de Salomon » en verdure très étonnant et très original. Comment est née l’idée de rendre cet hommage-là dans un château en plein cœur de la Normandie?

P.L : On est ici – peut-être – au cœur même de l’histoire du film, au cœur de l’Histoire elle-même car au cœur de ce qui touche au plus profond l’âme juive du propriétaire du lieu.

Il m’avait écrit ceci « : Le rêve de tout juif religieux ou moins religieux, serait de reconstruire le 3ème Temple de Salomon sur le Mont du Temple actuel. Ce rêve est actuellement utopique, politiquement et religieusement. Alors, j’ai décidé de construire en végétal un simulacre du futur Temple de Salomon. A partir et sur des plans récupérés à Jérusalem, j’ai chargé notre paysagiste de faire une esquisse de ce projet. Ce temple a été terminé, il y a trois ans maintenant. Il est parfaitement accepté par nos visiteurs, ce qui permet ainsi une ouverture sur le judaïsme et Israël. »