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	<title>L&#039;Arche</title>
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	<description>Un média du fonds social juif unifié</description>
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		<title>Le vote juif et les votes juifs</title>
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		<pubDate>Tue, 08 May 2012 07:20:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lecture</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Participation forte, rejet des extrêmes et accompagnement des tendances générales, telle est l’image qui se dégage d’une enquête du Cevipof. Aborder le comportement politique des juifs dans le débat public suscite quelques réserves. Des réserves citoyennes : la République reconnaît les droits civiques des individus, pas ceux des groupes. Mais étudier les attitudes politiques d’un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>Participation forte, rejet des extrêmes et accompagnement des tendances générales, telle est l’image qui se dégage d’une enquête du Cevipof.</strong></h2>
<p>Aborder le comportement politique des juifs dans le débat public suscite quelques réserves. Des réserves citoyennes : la République reconnaît les droits civiques des individus, pas ceux des groupes. Mais étudier les attitudes politiques d’un groupe ne saurait remettre en cause l’édifice républicain, pas plus celles des juifs que d’autres. Des craintes : mettre à jour le vote juif présenterait le risque de stigmatisation d’une communauté par identification à un camp politique. Pire, d’accusation de communautarisme. Connaître au contraire la réalité des faits permet de répondre. Des réserves de méthodes : appréhender les juifs comme objet sociologique impose de les cerner et de les définir, surtout pour établir des échantillons et mener des études quantitatives. Or le fait juif ne se réduit ni à sa dimension ethnique, religieuse, culturelle ou politique. La définition reste un problème. Un problème juif assez insoluble par ailleurs, mais l’obstacle ne saurait réduire à néant toute tentative d’étude. À partir d’enquêtes par sondages récentes – de telles données scientifiques sont rares &#8211; des tendances fortes émergent, donnant des éléments pour le débat.</p>
<h3><strong>Les juifs votent</strong></h3>
<p>Les citoyens juifs sont de bons républicains. Ils participent davantage aux élections que l’ensemble de la population, conscients qu’une partie de leur destin particulier se joue dans la collectivité nationale. Avec une participation de dix points supérieure à la moyenne pour tous les types d’élections, nationales ou locales. Le processus du vote juif s’approche de celui des protestants, participationnistes. Se distingue du vote des musulmans, plus abstentionnistes. Mais contrairement aux catholiques où la pratique religieuse s’accompagne d’une hausse de la participation, ce phénomène ne se retrouve pas parmi les juifs pratiquants. Pas à un paradoxe près, les juifs font la distinction entre théologie et politique.</p>
<h3><strong>Le vote des juifs</strong></h3>
<p>Le communautarisme ne saurait, dans sa version électorale, constituer une accusation fondée. Dans le vote des citoyens juifs, les motifs d’intérêt général l’emportent sur les préoccupations identitaires. La majorité des juifs prennent d’abord en compte dans leur vote, les orientations politiques ou la personnalité des candidats (47 %), une minorité cite comme priorité la situation des juifs en France ou la question d’Israël (35 %). Cependant, la tentation du repli communautaire existe à la marge. À mesure que croît la pratique religieuse ou la fréquentation des instances communautaires, les motivations spécifiquement juives l’emportent sur les préoccupations générales.</p>
<h3><strong>Le vote juif comme fausse réserve électorale</strong></h3>
<p>Les citoyens juifs votent mais ne font pas le vote. Avec environ 1 % de la population, une avance de 10 % de voix dans l’électorat juif représente pour un candidat donné, un gain national de 0,1 %. Pas de quoi faire une victoire. Misère statistique face à la tentation de la stigmatisation de l’influence du vote juif. D’autant que le comportement électoral des juifs ne diffère pas tant de celui du reste de la population.</p>
<h3><strong>Les votes des juifs marqués par la modération</strong></h3>
<p>La caractéristique essentielle du vote juif est la modération et le rejet des extrêmes. Les citoyens juifs votent surtout pour les PDG, ces fameux « Partis De Gouvernements » (essentiellement PS, MoDem, UMP), et contre les représentants des forces hors système (Chasseurs, Extrême Gauche, PC, FN). Le vote juif, s’il existe, est un vote de recentrage, comme le montrent les résultats aux présidentielles récentes. Plus la société cède à l’extrémisme, comme ce fut le cas en 2002 où le vote Le Pen et le vote d’extrême gauche atteignirent des sommets, plus les citoyens juifs vont à l’encontre de la tendance générale.</p>
<h3><strong>Un accompagnement des tendances</strong></h3>
<p>Savoir si le vote juif est un vote de droite ou de gauche ou d’ailleurs est presque une question seconde. Les indications disponibles ne sont pas entièrement satisfaisantes ou fiables. Il en ressort néanmoins que les citoyens ont tendance à suivre ou accentuer les évolutions électorales du pays. En 2002, les juifs auraient voté à 43 % à gauche, contre 45 % pour le reste du pays. En 2007, la France passe à droite, 64 % des électeurs votent pour un candidat de droite ou du centre, les juifs suivent à 66 %. Somme toute, ils accompagnent des évolutions politiques sans qu’il soit possible de savoir si la droitisation des juifs est ou non durablement comme le veut une idée dominante.</p>
<h3><strong>Un prisme déformant</strong></h3>
<p>Cependant, la communauté active offre un prisme déformant des attitudes politiques des juifs. Les plus impliqués dans la communauté ou les plus pratiquants sont deux fois plus nombreux à se sentir proches d’un parti de droite que les moins actifs dans la vie communautaire. Mais parmi eux, l’équilibre entre gauche et droite demeure. Il existe un décalage de sensibilité politique entre la communauté active et les citoyens juifs moins impliqués dans les instances communautaires. Cette ligne de fracture interne a pour conséquence de laisser voir par le prisme communautaire, une communauté plus orientée à droite de l’échiquier qu’elle ne l’est dans sa grande diversité. Les études sociologiques ont cela de formel, elles insistent toutes sur la pluralité politique des juifs de France. Le Cevipof (Centre d’étude de la vie politique). ne s’y est pas trompé en intitulant sa note « les votes juifs ». Cette pluralité est en définitive la meilleure réponse à tous les préjugés concernant les comportements politiques des juifs, pluriels comme leurs identités.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Philippe Chriqui est analyste et consultant politique, directeur d’ « Expression publique ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Sources :</p>
<p>«Les votes juifs», Centre d’Étude de la vie politique française, février 2012, avec le CNRS, Sciences Po et l’Ifop. Cumul de données de sondages de 2002 à 2012.</p>
<p>«La condition juive en France», Dominique Schnapper, Chantal Borders-Benayoun, Freddy Raphaël, PUF 2009. Enquête quantitative de terrain par questionnaire dirigée par les auteurs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Moïse, selon Spielberg</title>
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		<pubDate>Thu, 03 May 2012 14:53:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lecture</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les rumeurs se confirment. Le réalisateur portera l’histoire de Moïse à l’écran. Début du tournage en 2014. Un humoriste américain déclara un jour que les Juifs ne devaient pas espérer le retour de Moïse. La faute aux Dix commandements de Cecil B. De Mille car depuis, Moïse se plaindrait à Dieu que tout le monde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>Les rumeurs se confirment. Le réalisateur portera l’histoire de Moïse à l’écran. Début du tournage en 2014.</strong></h2>
<p>Un humoriste américain déclara un jour que les Juifs ne devaient pas espérer le retour de Moïse. La faute aux <em>Dix commandements</em> de Cecil B. De Mille car depuis, Moïse se plaindrait à Dieu que tout le monde s’attend à voir débarquer l’immense Charlton Heston alors qu’il ne fait qu’un petit 1,50 m !</p>
<p>Pas évident d’adapter la vie d’un personnage d’une telle envergure historique. Ce challenge va pourtant être relevé par le réalisateur le plus populaire de ces trente dernières années, Steven Spielberg. Il vient en effet de signer un accord avec les producteurs Lin Pictures et le distributeur Warner Bros. Le tournage ne devrait pas commencer avant 2014, d’après un scénario de Michael Green et Stuart Hazeldine.</p>
<p>Comme le rappelle Clément Safra dans son <em>Dictionnaire Spielberg</em> (2011), ce que Martin Scorsese admire le plus chez Spielberg, c’est « sa capacité à organiser une foule dans le cadre ». Il devra user de cette qualité pour Moïse, car selon des sources américaines, la fresque biblique retracera toute la vie du fondateur du judaïsme, en revenant longuement sur son enfance.</p>
<h3><strong>Ombre et lumière</strong></h3>
<p>L’enfance. Une période importante dans la mémoire de Steven Spielberg et une image, <em>Close Encounters of the Third Kind</em> (1977) où l’on voit un enfant ouvrant une porte, le visage inondé de lumière. Présentée comme la préférée du réalisateur par les « Cahiers du Cinéma » qui ont consacré un numéro spécial au réalisateur au mois de février, elle serait « la matrice, le point de jonction entre le quotidien et l’imaginaire ». Amusant lorsque l’on sait que les premiers souvenirs d’enfance de Spielberg sont les rayons lumineux pénétrant dans une synagogue.</p>
<p>L’enfance abîmée dans <em>Color Purple</em> (1985) ou dérangeante par son infime présence dans <em>La Liste de Schindler</em> (1993), mais toujours servie par des jeux de lumière subtils, autour des thèmes de l’acceptation et du rejet. Besoin de mémoire, souvent pour Spielberg en évoquant la guerre et l’idée de la réparation pour espérer un monde meilleur (<em>Amistad</em>, <em>La Liste de Schindler</em>, <em>Munich</em>, <em>Minority Report</em>). Quoi de plus symptomatique, dans ce cadre, que la Shoah Foundation qu’il a créée et qui a recueilli plus de cinquante milles témoignages de rescapés ?</p>
<p>L’angoisse apocalyptique et la peur de l’histoire récidiviste hantent le grand vestiaire de Spielberg, aussi bien que la tendresse du fantastique. C’est la magie Spielberg dont témoigne bien toute sa filmographie. Mais c’est aussi une schizophrénie surgissant au cours d’une même année, comme le soulignent les <em>Cahiers du Cinéma</em>. En 1993, Spielberg achève le montage de <em>Jurassic Parc</em> alors qu’il tourne <em>La Liste de Schindler</em>. Il fera de même trois ans plus tard en réalisant <em>The Lost World</em> en même temps qu’<em>Amistad</em>…</p>
<p>Ce lien entre l’émerveillement et l’effrayant passe souvent par des enfants. Dans <em>A.I.</em> (2001), cela va un degré plus loin car c’est le nounours de l’enfant-robot, c’est-à-dire l’enfant de l’enfant, qui l’assure en donnant aux extra-terrestres une mèche de cheveux conservée depuis deux mille ans. Cette scène a été écrite par Stanley Kubrick qui fut à l’origine du film avant de le confier à Spielberg.</p>
<h3><strong>Faire de chaque film un exploit</strong></h3>
<p>Invité en janvier 2012 pour une Master Class à la Cinémathèque française et interrogé par Serge Toubiana, son directeur, et le réalisateur Costa Gavras, Spielberg a révélé une anecdote incroyable. Il doit sa carrière à sa secrétaire, qui lui a fait lire une nouvelle de Richard Matheson publiée dans la revue érotique <em>Playboy</em>. Une nouvelle sur laquelle est basé son premier long-métrage <em>Duel</em> en 1971. Dans les années 1960, 1970, ce magazine proposait de nombreux textes refusés ou censurés par les médias mainstream d’écrivains comme Jack Kerouac, Romain Gary et Ray Bradbury dont le <em>Fahrenheit 451</em> fut adapté au cinéma par François Truffaut.</p>
<blockquote><p>Costa Gavras : &#8216;Vous êtes le metteur en scène qui prouve encore que l&#8217;émerveillement est possible avec le cinéma.&#8217;</p></blockquote>
<p>Depuis <em>Duel</em>, Spielberg est à la recherche du monstre trouvé, retrouvé, humain, androïde, animal, dans l’attente où la survie est suspendue à quelques notes de musique. Il propose une vision qui repose, rappelle C. Safra, sur « une dialectique entre le merveilleux et le quotidien » afin de porter le spectateur à un autre niveau. Comme le soulignent les <em>Cahiers du Cinéma</em>, il s’agit de faire de chaque film et de chaque plan un exploit.</p>
<p>Pendant cette même Master Class, Spielberg a raconté que les événements du 11 septembre 2001 l’avaient profondément marqué. D’où son besoin, devenu exponentiel depuis, de mémoire et d’hommage dans des productions spectaculaires. « Vous êtes le metteur en scène qui prouve encore que l’émerveillement est possible avec le cinéma », avait salué Costa Gavras.</p>
<h3><strong>La reconnaissance du Cinéma</strong></h3>
<p>L’entretien est résumé sur le blog de Serge Toubiana sous le titre « Steven Spielberg adopté à la Cinémathèque française ». « Adopté » est le bon terme, car établir un lien entre le cinéma de Spielberg et ce lieu emblématique du cinéma français était insoupçonnable il y a encore quelques années. Inimaginable aussi qu’il fasse la couverture des <em>Cahiers du Cinéma</em> ! Après la reconnaissance du public, c’est celle de la profession qu’il obtient.</p>
<p>Les <em>Cahiers</em> reviennent ainsi longuement sur la rencontre entre François Truffaut et Steven Spielberg en publiant les lettres du réalisateur français adressées à ses proches sur le tournage de <em>Close Encounters.</em> Spielberg rêvait de confier un rôle à Truffaut après l’avoir vu dans <em>L’Enfant sauvage</em> (1970). Interrogé par Serge Toubiana, il déclara : « François Truffaut montait à l’époque <em>l’Argent de poche</em>. Il m’a recommandé de travailler avec les enfants et que c’était une très belle expérience pour lui. Je n’ai jamais oublié ce conseil ». Les <em>Cahiers</em> le confirment. « Spielberg a été le témoin le plus fiable et le plus inspiré de ce qui se passait alors dans la vie des enfants et dans leur tête », écrivent-ils…</p>
<p>On pourra donc compter sur Spielberg pour donner dans son film une part plus importante à l’enfance de Moïse que ne lui accorde la Torah. Depuis deux mille ans, les Juifs ont souvent dû plier bagages. L’enfant-robot du film <em>A.I.</em> fait tout le contraire. Il reste enfermé dans son hélicoptère amphibie pendant deux mille ans à contempler une statue qui lui permettrait d’exaucer son vœu le plus cher : retrouver sa mère. Il subit le bon vouloir de ses hôtes, se retrouve traqué et finit par se sauver en se jetant à l’eau. L’interprétation de Moïse par Spielberg pourrait bien plus ressembler à <em>A.I.</em> qu’à un film dit « à thématique juive ».</p>
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		<title>2012, l&#8217;année des élections</title>
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		<pubDate>Thu, 03 May 2012 13:54:21 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[L’élection française, américaine et maintenant israélienne. 2012 est l’année du dragon dans le calendrier chinois. C’est également celle de l’entrée dans l’arène de l’animal politique, se battant pour les échéances électorales dans un pays de plus d’ici décembre. La crise gouvernementale qui se déroule actuellement en Israël propulse le pays vers plusieurs options. En premier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>L’élection française, américaine et maintenant israélienne.</h2>
<p>2012 est l’année du dragon dans le calendrier chinois. C’est également celle de l’entrée dans l’arène de l’animal politique, se battant pour les échéances électorales dans un pays de plus d’ici décembre. La crise gouvernementale qui se déroule actuellement en Israël propulse le pays vers plusieurs options. En premier lieu, une confirmation rassurante pour le Premier ministre Benjamin Netanyahou, lui permettrait de renforcer ses positions lors des prochaines discussions concernant le processus de paix et le dossier iranien. Cela, alors que d’anciens dirigeants militaires critiquent ouvertement sa politique. En cas de réélection aux Etats-Unis, Barack Obama pourrait contraindre Israéliens et Palestiniens à faire avancer les négociations pour aboutir à un plan de paix final. Le Président américain achève son premier mandat en étant perçu sur la scène internationale comme l’homme qui a tendu la main aux aspirations de changement de la jeunesse arabe et celui qui a continué le combat contre Al Qaida, en tuant notamment Ben Laden. La montée en puissance de la Chine et le développement d’autres crises internationales motiveraient Obama à mettre fin au conflit lancinant du Proche-Orient et à quitter le pouvoir en persuadant les deux parties à accepter une résolution proche de celle de Camp David II. Laquelle est également encouragée par les Européens, la France en tête, comme l’annonçait le discours du Président Sarkozy à l’ONU.</p>
<p>Netanyahou est aujourd’hui le favori des sondages, plus encore en que son parti politique. Shaul Mofaz, qui vient de remplacer Tzipi Livni à la tête de Kadima et Sheli Yachimovich, la dirigeante du Parti travailliste, n’ont pas encore réussi à convaincre les Israéliens de leur stature de dirigeants du pays. A cela s’ajoute la candidature de Yaïr Lapid, ancien journaliste comme Yachimovich, et personnalité très populaire en Israël. Il tente de redessiner les contours idéologiques, prétendant ainsi régler les conflits aussi bien internes qu’externes. A titre d’exemple, son plan pour incorporer les orthodoxes et les arabes israéliens au sein de l’armée. Lapid présentera le parti Yesh Atid à la prochaine Knesset</p>
<p>Autres éléments dans l’équation électorale : les revendications des symbioses minorités-idéologies incarnées notamment par les partis Hadash, Shas, et Yisrael Beitenu d’Avigdor Lieberman. Ce dernier, envisagera-t-il de faire à nouveau partie du gouvernement de son ancien mentor ? Ou tentera-t-il de former un bloc d’opposition à la droite du Likoud ? Ehoud Barak a quant à lui annoncé que son parti Atsmaout se présentera, réfutant les craintes d’une absorption par le parti de Netanyahou. Si les campagnes pour « tenir le pavé politique » vont s’intensifier, le Meretz et les mouvements orthodoxes s’affronteront aussi pour déterminer l’utilisation de ces rues et de la place des femmes dans la société, comme ce fut le cas l’an dernier à Beth Shemesh et Jérusalem. Une autre grande question demeure : le report électoral des revendications économiques de ces dernières années.</p>
<p>Les prochaines élections semblent donc inscrites sur le calendrier, suite à un accord entre les principaux partis de la Knesset. Elles se dérouleront le 4 septembre.</p>
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		<title>On a fermé la porte à midi, comme si nous partions déjeuner</title>
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		<pubDate>Thu, 03 May 2012 10:19:59 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;avais 6 ans à l&#8217;époque. C&#8217;était le départ de mon pays natal et de ma ville Constantine. Nous sommes partis en mai 1962, très tardivement, à une période où la présence des Français devenait très périlleuse. Mon père avait voulu rester le plus longtemps possible pour garantir le départ d&#8217;une jeune fille de notre entourage qui était « incapable », dans le sens juridique du terme, et que son tuteur avait abandonné. Il a pris le risque d&#8217;attendre de pouvoir régulariser sa situation et la rapatrier avec nous. Mes parents n&#8217;ont prévenu personne de notre départ, ont fermé la maison à midi, comme si nous partions déjeuner, pour en réalité, avec ma petite sœur et moi, quitter le pays pour toujours…</p>
<p>C’était un déchirement. Mes parents étaient commerçants. Ils avaient en Algérie une vie agréable, ensoleillée, dans un pays qu&#8217;ils n&#8217;avaient jamais imaginé quitter. « Ils ont tout laissé », comme on dit, pour prendre le bateau vers Marseille. Je me souviens d’une traversée très nauséeuse… Moi, du haut de mes 6 ans, j&#8217;ai vécu ce départ comme une perte de mes jouets et de mes amis, peut-être, mais aussi et surtout comme une incroyable aventure. Les images qui m&#8217;en restent sont plus épiques que tragiques.</p>
<p>Je suis retournée dans mon pays natal une fois, en 2006, à l&#8217;invitation du président Abdelaziz Bouteflika, et à la demande du président de la République Jacques Chirac. Ce dernier m’avait chargée de contribuer à la préparation d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie, qui n’a d’ailleurs jamais été signé. Lorsque je suis arrivée à Alger, le président Bouteflika m&#8217;a également offert la possibilité de me rendre à Constantine. J&#8217;ai décliné cette invitation, souhaitant faire ce pèlerinage avec mes parents. De fait, ni mes parents ni moi ne sommes encore retournés à Constantine, mais je ne désespère pas de le faire un jour !</p>
<p>En attendant, à chaque nouvel an, je partage en famille et avec quelques amis les dattes que le président Bouteflika me fait livrer, avec quelques bouteilles de vin d’Algérie et la fameuse « cuvée du Président ».</p>
<p>J&#8217;ai gardé une affection pour mon pays natal. J&#8217;ai en France beaucoup d&#8217;amis algériens. Je rencontre régulièrement l&#8217;ambassadeur d&#8217;Algérie en France, avec lequel je partage des moments d’amitié.</p>
<p>Nous formons, avec tous les natifs de Constantine, une grande famille avec laquelle je me sens très liée.</p>
<p>Lorsque j&#8217;ai été nommée ministre en 2004, c’est d’Algérie que j&#8217;ai reçu de très nombreuses manifestations de sympathie et d’encouragement, plus précisément de la part de Constantinois que je ne connaissais pas. Ils m’ont dit leur fierté qu&#8217;une Constantinoise accède à de telles responsabilités : devenir ministre d&#8217;un gouvernement français !</p>
<p>Ce sont des messages que je n&#8217;oublierai jamais, qui m&#8217;ont d&#8217;autant plus touchée qu&#8217;une guerre nous avait séparés.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nicole Guedj</p>
<p>Ancien ministre</p>
<p>Président de la Fondation France Israël</p>
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		<title>Quelle politique étrangère pour le prochain président ?</title>
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		<pubDate>Thu, 03 May 2012 10:17:55 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Les sujets brûlants, sur le bureau de l&#8217;Elysée, au lendemain des présidentielles. Le moins qu’on puisse dire de la campagne présidentielle de 2012 est que les questions internationales y sont souverainement absentes. Le phénomène n’est pas nouveau, mais sans doute n’avait-il jamais atteint un tel degré ; une crise économique et sociale sévère explique sans doute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Les sujets brûlants, sur le bureau de l&#8217;Elysée, au lendemain des présidentielles.</h2>
<p>Le moins qu’on puisse dire de la campagne présidentielle de 2012 est que les questions internationales y sont souverainement absentes. Le phénomène n’est pas nouveau, mais sans doute n’avait-il jamais atteint un tel degré ; une crise économique et sociale sévère explique sans doute ce vacuum. Pourtant, en vertu de la Constitution de 1958, le président de la Ve République, « chef des armées », concentre l’essentiel des prérogatives en matière d’affaires étrangères. Aussi les citoyens sont-ils en droit de s’interroger sur les principales priorités géopolitiques qui figureront sur le bureau élyséen à partir de mai 2012 et pour cinq années.</p>
<p>1/ <strong>L’Iran</strong>. A n’en pas douter, le dossier nucléaire iranien occupera le haut de la pile, pour deux raisons au moins. D’abord, Paris et les autres grandes capitales – et pas seulement les occidentales d’entre elles – redoutent une intervention israélienne au cours de l’automne qui entraînerait une riposte iranienne et, partant, un état de tension extrêmement élevé au Proche-Orient et dans la zone pétrolifère du Golfe. Or, depuis 2009, la France dispose d’une importante base militaire aux Emirats arabes unis – et serait donc d’une façon ou d’une autre impliquée aussi ce conflit en tant qu’allié de cet Etat arabe sunnite. Ensuite, la France s’oppose comme les autres membres permanents du Conseil de sécurité (CS), à toute violation du Traité de non prolifération (TNP) et à la prolifération nucléaire. De ce fait, Paris est en pointe de la Troïka européenne (France/Allemagne/Royaume-Unis) dans les trains de sanctions adoptés depuis 2007 contre Téhéran.</p>
<p>2/ <strong>L’Europe</strong>. Pour être de nature économique et (un peu) politique, le dossier européen n’en demeure pas moins fondamental. Si les plans d’aide à la Grèce s’avéraient insuffisants, si ce pays – et d’autres, comme l’Espagne ? – faisaient défaut, si l’Allemagne décidait de rompre avec l’actuel système Euro à ses yeux trop lacunaire, le président français aurait fort à faire pour tenter de résorber la crise. Car à une panne économique et financière pourrait succéder une dérive institutionnelle voire politique. Avec, par exemple, le détricotage voir l’implosion de l’UE, accompagné en cause ou conséquence d’une montée en force de violents courants nationalistes. Comment tenir le plus éloigné possible ce spectre cauchemardesque ? Ce sera l’une des questions élyséennes des cinq prochaines années.</p>
<p>3/ <strong>Le printemps arabe</strong>. Ce vaste mouvement contestataire a vu l’accession au pouvoir ou à ses portes des partis islamistes liés aux Frères musulmans, voire à aux salafistes fanatiques, dans tous les Etats arabes concernés. Or, toute évolution politique et/ou sociétale intervenant au Maghreb ne peut être négligé en France, au regard des millions de citoyens originaires de cette région. Le prochain président devra non seulement tenter de renforcer les relations économiques (Libye) et parfois stratégiques (Maroc) avec les Etats du sud de la Méditerranée, mais aussi et surtout – aux confins de la politique intérieure et extérieure – éviter toute contagion islamiste au cas où de nouveaux régimes, devenus ultra conservateurs, tenteraient de s’ingérer lourdement. Le cas syrien n’échappe pas au schéma général ; Paris devra faire avec le nouveau régime post Assad, vraisemblablement islamiste.</p>
<p>4/ <strong>L’alliance anglo-saxonne</strong>. Fi des tenants d’un nationalisme rance (qualifié, à tort, de gaullo-mitterrandien), le renforcement de l’alliance avec d’une part les Etats-Unis et, d’autre part, le Royaume-Uni, seront sans doute d’actualité. La première permet de tenir plus fermement au CS face à certaines menées russes, la seconde pallie pour partie la carence béante de la défense européenne et la volonté allemande de demeurer pour l’essentiel hors conflits (cf. l’affaire libyenne). En pleine montée en puissance de grands émergents tels le Brésil, l’Inde et la Chine, l’alliance des démocraties occidentales restera un enjeu tout à fait majeur pour le président français.</p>
<p>5/ <strong>L’Afrique subsaharienne</strong>. La fin de la « Françafrique », avec tout ce qu’elle comporte de positif, implique un profond changement de rapport avec le continent noir, avec un risque d’abandon. Or devant la progression spectaculaire de Pékin, Paris doit impérativement se repositionner tant stratégiquement qu’économiquement (Sahel francophone en proie à l’islamisme radical, Afrique centrale géologiquement essentielle, Golfe de Guinée pétrolifère, chaos dans la Corne de l’Afrique, etc.). Si le prochain président tardait à le faire, la perte serait considérable pour l’influence française dans le monde. En outre, la poursuite de la réconciliation avec le Rwanda – presque deux décennies après le génocide des Tutsis – constituera également un défi, à la fois moral et politique.</p>
<p>D’autres dossiers s’imposeront dans doute. Ainsi l’Afghanistan rappellera immédiatement le locataire de l’Elysée à son bon souvenir ; 3 500 soldats français y crapahutent et plus de 70 y ont déjà laissé la vie, pour une mission entamée en 2001 et dont l’opinion publique semble ne plus comprendre la logique. Sorti des effets d’annonce de la campagne, le candidat ayant accédé aux plus hautes fonctions devra trancher, certes pas seul mais en concertation avec les alliés de l’OTAN. Les relations France-Russie, le conflit au Karabakh, la piraterie dans le Golfe d’Aden, la réforme de l’ONU, le terrorisme ou encore, last but not least, le conflit israélo-palestinien… ; le métier de président français s’exercera aussi, une fois de plus, hors des frontières nationales !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Frédéric Encel</p>
<p>Géopolitologue et essayiste français. Il est actuellement professeur de relations internationales à l’École supérieure de gestion, maître de séminaires au centre de préparation à l’ENA de l’institut d’études politiques de Rennes, et Directeur de recherches à l’Institut Français de Géopolitique. <a href="www.fredericencel.org">www.fredericencel.org</a></p>
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		<title>La déchirure</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 18:27:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lecture</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a eu un avant et un après 1962. Il y aura un avant et un après le 19 mars 2012. Ce jour-là, jour anniversaire des cinquante ans des accords d’Évian, un homme de 23 ans, né en France, qui a grandi en France, stagiaire en terrorisme en Afghanistan et au Pakistan, a fait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="lettrine">Il y a eu un avant et un après 1962. Il y aura un avant et un après le 19 mars 2012.</p>
<p>Ce jour-là, jour anniversaire des cinquante ans des accords d’Évian, un homme de 23 ans, né en France, qui a grandi en France, stagiaire en terrorisme en Afghanistan et au Pakistan, a fait irruption dans l’école juive d’Ozar Hatorah et a assassiné Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux fils Arieh, 6 ans, et Gabriel, 3 ans, et Myriam, 8 ans, la fille du directeur de l’établissement, le rabbin Monsonego, qu’il a tuée à bout portant en la tenant par les cheveux.</p>
<p>C’est l’attentat antisémite le plus cruel sur le sol de France. Le plus abominable. Le plus atroce.</p>
<p>On le sait maintenant, Mohammed Merah n’était pas un homme seul. Ce n’était pas un « loup solitaire ». Il n’appartenait pas non plus à une secte. Et l’idéologie dont il se réclamait n’est pas une « nouvelle religion».</p>
<p>C’est l’islamisme qui a frappé des enfants juifs à Toulouse. Un seuil a été franchi. Le degré de haine qu’on a vu à l’œuvre dans cette tuerie a produit une secousse très profonde. L’onde de choc n’a pas fini de produire des effets. Et on n’a pas fini d’en mesurer toutes les conséquences.</p>
<p>Les conséquences ? Il faut arrêter les prêches incendiaires. Les justifications infâmes. La légèreté de la presse. L’inconscience des chaînes de télévision qui passent en boucle l’assassin s’adonnant à des rodéos. Les visions esthétisantes de la rage en scooter. Les menaces de diffusion des images. Les poncifs sur l’humiliation et la pauvreté. Le discours de la haine. La diabolisation d’Israël. Les tentations de l’oubli. Il faut en finir avec le dialogue interreligieux creux, où on ne se dit rien. Les explications superficielles du type « pétage de plomb ». Tout ce qui pourrait enlever à cet acte son ignominie. Ou le réduire à une « séquence ». Ou lui ôter son venin.</p>
<p>Quelque chose est arrivé au matin du 19 mars dernier sur laquelle nous peinons à mettre un nom. Mais il faudra le faire.</p>
<p>La campagne s’est interrompue. Les candidats se sont montrés dignes. Les écoles ont observé une minute de silence. La société tout entière s’est sentie ébranlée. Mais chacun ressent bien que l’effroi qui nous a saisis ne disparaîtra pas de sitôt et devra laisser place au sursaut.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="lettrine">Pris entre deux feux, sollicités de deux côtés – FLN et OAS –, soucieux de ne pas se laisser arracher une appartenance à la France léguée par Crémieux et remise en cause par Pétain, les juifs d’Algérie ont vécu ce qu’ils appelaient pudiquement les « événements » dans le trouble. Les engagements ont été individuels et dans tous les sens.</p>
<p>La communauté juive, dans son ensemble, s’est montrée prudente, déchirée, ballottée. Prônant à la fois, à l’instar d’un Camus pris entre sa mère et la justice, une attitude de dénonciation des « actes criminels d’où qu’ils viennent », et un appel à l’égalité des droits pour tous et au rétablissement de la paix sur le territoire.</p>
<p>« Les juifs d’Algérie sont seuls, Mortellement seuls », écrivait Rabi dans les colonnes de <em>l’Arche</em>.</p>
<p>Cinquante ans après, force est de constater que la guerre d’Algérie n’est pas entrée dans l’histoire. Le recul n’est toujours pas là. Les abcès demeurent. Les ressentiments sont palpables, des deux côtés de la Méditerranée. Et l’heure n’est pas tout à fait à l’apaisement, même si, ici et là et de temps à autre, quelques hirondelles passent au-dessus de la Méditerranée, dans un sens ou dans l’autre.</p>
<p>Il suffit de demander un visa pour l’Algérie en excipant d’un statut de journaliste (je ne parle même pas d’un organe juif) pour se heurter à un maquis de démarches administratives ubuesques (je sais, j’en ai fait l’amère expérience).</p>
<p>Quelle date choisir pour commémorer la fin de la guerre d’Algérie ? Les accords d’Évian, en mars 1962 ? Ou l’assassinat de Raymond Leiris qui marqua la fin pour les juifs d’Algérie ? Nous avons choisi la seconde option, et nos lecteurs comprendront pourquoi en lisant ce dossier. Nous avons voulu, dans ce numéro, offrir des témoignages, des portraits, des analyses. Cette page d’histoire a été faite de douleur, de nostalgie, de reconstruction. Chacun de ceux qui ont participé à ce dossier en témoigne à sa façon et livre sa vérité. Ce qui est sûr, c’est que le judaïsme français, tel qu’il existe aujourd’hui, a été façonné dans ce creuset-là.</p>
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		<title>Benjamin Stora : Mémoire, fracture et reconstruction</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:45:31 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Né à Constantine, auteur de nombreux ouvrages, dont Les trois exils juifs d’Algérie, l’historien évoque ses souvenirs de famille, son analyse de la période, et répond aux questions de l’Arche. &#160; l&#8217;Arche : Vous êtes spécialiste de l’histoire du Maghreb, vous avez consacré une vingtaine d’ouvrages à l’Algérie. On s’aperçoit, en commémorant le 50e anniversaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>Né à Constantine, auteur de nombreux ouvrages, dont <em>Les trois exils juifs d’Algérie</em>, l’historien évoque ses souvenirs de famille, son analyse de la période, et répond aux questions de <em>l’Arche</em>.</strong><strong> </strong></h2>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>l&#8217;Arche : Vous êtes spécialiste de l’histoire du Maghreb, vous avez consacré une vingtaine d’ouvrages à l’Algérie. On s’aperçoit, en commémorant le 50<sup>e</sup> anniversaire de la guerre d’Algérie, que les passions ne se sont pas encore tues. Peut-on faire œuvre d’historien comme vous le faites, dans ces conditions-là ?</strong></p>
<p><strong>Benjamin Stora :</strong> C’est très difficile. Cette question nous fait entrer directement dans le vif du sujet puisque, 50 ans après l’indépendance de l’Algérie, les accords d’Évian, le départ des Européens, les passions, les souffrances, les mémoires restent toujours aussi vives. Blessées, difficiles, séparées, parallèles, contradictoires, parce que tout le monde garde en tête des visions différentes de cette histoire. Des visions qui sont celles pour les uns d’un abandon, d’une trahison, d’un chagrin, et pour les autres, au contraire, quelque chose de tout à fait inévitable, de logique, de nécessaire. C’est la question de l’indépendance au terme d’une guerre qui a été très cruelle. Et ces deux visions-là n’arrivent pas véritablement à se concilier ou à se réconcilier 50 ans après.</p>
<p><strong>Vous êtes historien de cette période et vous êtes aussi témoin. Le témoin ne gêne pas l’historien ?</strong></p>
<p><strong>B.S. : </strong>Ça peut interférer. Les sensations, la subjectivité, les souvenirs personnels, bien sûr peuvent sans arrêt entrer en collision, et pourquoi pas ? J’ai toujours pris bien soin précisément d’essayer, je dis bien d’essayer, de me tenir à distance de ces émotions et de ces passions pour restituer un récit historique, de le fabriquer, de le construire à travers des archives écrites, la presse, les témoignages. En essayant de conjuguer tout cela, et d’aller de l’autre côté.</p>
<p>Appartenant à la communauté juive de Constantine, je suis allé, dans mon travail universitaire, de l’autre côté du miroir. J’ai essayé de comprendre aussi les motivations des Algériens, des musulmans, mais aussi des Européens, c’est-à-dire de toutes les communautés. Pas simplement de donner le point de vue à partir d’un seul aspect ou d’une seule dimension, mais de croiser les points de vue pour dégager un point de vue d’ensemble.</p>
<p><strong>Votre livre, « Les trois exils juifs d’Algérie », mêle le récit historique et le témoignage. Vous distinguez trois exils successifs. L’exil de la tradition juive en terre d’Islam, qu’a représenté le décret Crémieux en 1870, l’exil hors de la communauté française de 1940 à 1943, au moment du statut des Juifs et de l’expulsion des enfants juifs des écoles, et l’exil hors de l’Algérie en 1962. Lequel a laissé à vos yeux la plus forte empreinte sur le judaïsme algérien ?</strong></p>
<p><strong>B.S. :</strong> Incontestablement, celui de 1962. Parce qu’il résume, qu’il concentre en lui les deux autres exils. Le choix de la France, j’allais dire de façon irrémédiable, pour la majorité (il y a toujours des minorités, des gens qui sont partis avant, des gens qui sont partis après), je parle de l’immense majorité des juifs d’Algérie. Le choix de l’exil définitif ne peut se comprendre que si on interprète les deux fractures antérieures. Celle qui les fait se détacher des terres d’Islam pour rentrer en Occident par décret Crémieux mais en restant sur place, en vivant sur place, et puis aussi l’immense déception dans le rejet qu’a représenté pour eux ce décret Crémieux par le régime de Vichy. Donc l’immense déception, et même le sentiment de trahison qu’éprouvaient ces juifs d’Algérie.</p>
<p>Ces deux fractures, à mon sens décisives, à la fois l’entrée dans la cité française et le rejet, ont fabriqué cette sorte d’identité entre fascination et répulsion en direction de la France. Pour moi, cela a construit un objet singulier qui est l’attachement – incompréhensible peut-être aujourd’hui, 50 ans après – mais un attachement très fort, très profond qu’éprouvaient les juifs d’Algérie vis-à-vis de cette patrie française qui à la fois les a intégrés, les a acceptés, les a « émancipés », et en même temps les a rejetés aux marges de la société. C’est dans cette espèce de va-et-vient et de fracture que se fabrique un comportement, que se fabrique un imaginaire d’attachement à cette cité française.</p>
<p>Lorsque la France part d’Algérie, en 1962, l’immense majorité des juifs d’Algérie, qui sont français, qui se vivent comme français depuis au moins quatre générations (c’est beaucoup quatre générations), ces juifs d’Algérie suivent la France, suivent l’administration française, la fonction publique française. Je dis cela volontairement, parce que beaucoup étaient des fonctionnaires, beaucoup étaient devenus des enseignants, des instituteurs, des postiers, etc. Ils ont donc suivi ce qu’avait été leur trajectoire, à la fois sociale – il faut parler de leur trajectoire sociale par rapport à l’État français – et culturelle, en suivant cette forme de culture française qui avait été la leur, dont ils s’étaient complètement imprégnés depuis deux, trois, quatre générations.</p>
<p><strong>Vous dites que le départ des juifs d’Algérie, en 1962, « impensable un an ou deux ans auparavant, était devenu inévitable ». Y a-t-il eu un moment où les choses auraient pu évoluer dans un autre sens ?</strong></p>
<p><strong>B. S. :</strong> C’est difficile à dire, c’est le problème de l’histoire que l’on peut observer une fois qu’elle a déjà été écrite. C’est comme tous les grands traumatismes, les grandes catastrophes, on peut toujours, <em>a posteriori</em>, dire « on aurait pu », observer telle bifurcation, relever tel indice. Ce sont des réflexions de l’après-coup.</p>
<p>Au moment où l’histoire s’accomplit, où elle se déroule, je crois que pour l’immense majorité des juifs d’Algérie, la fin de l’Algérie française, pendant très longtemps, a été quelque chose d’impensable. Ils croyaient être là de toute éternité. Eux-mêmes, ne l’oublions pas, malgré la francisation, étaient présents sur cette terre algérienne depuis 2000 ans, depuis des siècles. Ils avaient toujours vécu là, à travers leur musique, leurs codes alimentaire, vestimentaire, rituel, c’est-à-dire du point de vue religieux. Tout cela avait fabriqué depuis des siècles quelque chose de très fort dans l’appartenance à la terre algérienne et dans la francisation. Ces deux aspects cohabitaient.</p>
<p>La fin de cette histoire n’était donc pas pensable, pas envisagée. C’était une histoire qui pouvait se régler. C’est une première hypothèse.</p>
<p>La deuxième, c’est que ces juifs d’Algérie, dans leur immense majorité, étaient très attachés à la gauche française de l’époque, c’est-à-dire à la SFIO, la gauche du Parti radical socialiste, la Ligue des droits de l’homme, la franc-maçonnerie… beaucoup de juifs d’Algérie formaient les gros bataillons de la gauche républicaine en Algérie. Il y avait un antisémitisme européen très fort, qui a toujours revendiqué l’abrogation du décret Crémieux. Le maire de Constantine, Morino, était un antisémite féroce. Il a fait toute sa vie politique avec des journaux qui s’appelaient, par exemple, <em>L’antijuif</em>, et qui réclamaient l’abrogation du décret Crémieux.</p>
<p>Les juifs d’Algérie, pendant très longtemps, au moment notamment de la vague antisémite qui est née dans l’Affaire Dreyfus, à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, ont investi les lieux républicains qui, à l’époque, ne l’oublions pas, étaient à gauche. Parce que c’était la république à gauche, la monarchie à droite. Ça se passait comme cela à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Ils sont donc rentrés dans la cité française par l’intermédiaire de ces espaces-là, politique et culturel, y compris les syndicats, les engagements politiques, à gauche, voire même à l’extrême gauche.</p>
<p>Je me souviens de conversations avec mon père, juste avant sa mort en 1985. Il m’expliquait que lui aussi avait été très engagé. Avec son meilleur ami, le peintre Atlan, lorsqu’ils sortaient du lycée d’Aumale, ils se battaient avec les gens de l’Action française qui nous en voulaient, qui étaient très anti-juifs. Il me disait : « On était obligés de s’affirmer pour exister, en se battant, y compris physiquement. On était dans les ligues anti-fascistes, on était dans les associations qui allaient vers le Front populaire ».</p>
<p>Et le récit que me faisait mon père, qui m’avait beaucoup surpris, était commun à pratiquement tous mes oncles à Constantine, pas seulement les Stora. Les récits étaient proches.</p>
<p>Face à un antisémitisme européen très fort, un anti-judaïsme venant des milieux musulmans, également à cette époque-là, dans une ville comme Constantine, dans les années 34-35, l’année des pogroms, le seul espace culturel et politique qui était le leur était celui de l’espace religieux dans l’espace privé, et la République dans l’espace public. C’était leur façon de se protéger.</p>
<p>Pourquoi cette longue parenthèse. Parce que dans cette guerre d’Algérie qui commence, la plupart des juifs d’Algérie sont des « camusiens », c’est-à-dire qu’ils pensent à une solution de négociation, de fraternité, de solidarité, de paix.Ils pensent que les choses vont s’arranger, même sous la forme d’une solution fédérale.</p>
<p>On voit très bien cela dans les déclarations de Jacques Lazarus, dans les années 55, 56, 57. La plupart des Juifs d’Algérie, contrairement à l’image que l’on peut en avoir aujourd’hui, ou à la fin de la guerre – il ne faut pas confondre le début et la fin – sont attachés à la SFIO, à Guy Mollet, à une politique socialiste qui préconise, pourquoi pas, des réformes sociales, des réformes politiques, extrêmement profondes pour l’Algérie. Progressivement, ils vont s’apercevoir que tout cela n’est pas possible. Le fossé est trop grand. Mais cela, c’est après, en 1959, 1960, 61, mais pas en 54,55, même s’il y a des attentats, ils espèrent encore. Ils vont ensuite, massivement, tout simplement se ranger dans le camp des partisans de l’Algérie française, mais pas du tout dans un sens « ultra » du terme, j’insiste là-dessus, mais dans le sens de l’attachement à une histoire qu’il pensaient avoir été fraternelle.</p>
<p><strong>Avec le recul, comment jugez-vous la communauté juive. On a le sentiment, y compris en vous lisant, que c’est de l’attentisme, de la prudence, un silence, une perplexité, une solitude…</strong></p>
<p><strong>B.S. :</strong> Oui, il y a une grande solitude, absolument. N’oublions pas que lorsque la guerre d’Algérie commence, disons en 1955, cela fait à peine dix ans que la seconde guerre mondiale est finie. Les souvenirs liés à la période de Vichy sont extrêmement vivaces dans cette communauté. N’oublions pas qu’ils ont tout perdu entre 40-43-44. Le décret Crémieux n’a été rétabli que très tard. Ils sont dans une situation de méfiance. De 1870 à 1940, ils avaient une confiance aveugle en la France. Ils étaient pour la France : la guerre de 14-18, les grands invalides de guerre (mon grand-père a eu le bras coupé, il a été décoré sur le plan militaire). C’était un attachement inconditionnel à la France.</p>
<p>Mais attention, après Vichy, les choses sont allées différemment, même si l’attachement à la France était toujours aussi fort. Bien sûr, il y a la République des Lumières, l’émancipation, etc, néanmoins il y a une sorte de méfiance par rapport à ce qui s’est passé. De manière instantanée, en l’espace d’une nuit, ils ont perdu l’acquis que représentait ce décret Crémieux. En octobre 1940, les juifs n’étaient plus français. L’abrogation du décret Crémieux, c’était, ne l’oublions pas, la première mesure antisémite prise par le régime de Pétain. Avant toutes autres, qui seront terribles par la suite. Cette mesure était réclamée par l’extrême droite française depuis toujours.</p>
<p>Quand les juifs d’Algérie sortent de cette guerre entre 1944 et 1946, ils n’ont plus la même attitude par rapport à la France. La preuve, c’est que dans la jeunesse juive d’Algérie, deux tendances vont se dessiner. Une tendance qui va aller vers ce que l’on pourrait appeler l’internationalisme politique (ils vont rejoindre le parti communiste), donc défiance vis-à-vis de la France, et il y a toute une partie des jeunes juifs qui vont rejoindre les mouvements sionistes.</p>
<p>Deux fractions, minoritaires mais très actives dans la jeunesse, vont se détacher. L’une comme l’autre sont dans des thématiques qui ne sont plus exclusivement françaises. Elles sont pour l’une internationaliste – parce que l’Armée rouge, la révolution…– et une autre tendance, de plus en plus forte, qui sera attachée à l’existence de l’État d’Israël. Il y a des militants politiques sionistes dans les municipalités, dans les grandes villes, à Constantine. Attention, ils ne sont pas majoritaires, c’est vrai. Il y a la question du religieux qui interfère, mais cette tendance commence à exister. Pourquoi préciser cela ? Parce que ce sont des indices de détachement par rapport à une sorte d’inconditionnalité vis-à-vis de la France.</p>
<p>Cette communauté, dix ans seulement après la guerre, est dans une situation d’incertitude et d’hésitation, d’atermoiements, de perplexité, donc de solitude. Pour les Européens d’Algérie, les choses sont claires, il faut immédiatement s’engager pour la défense de l’Algérie française, dénoncer l’abandon, la trahison. Et puis, du côté des Algériens, il y a la promesse d’une nation algérienne, hypothétique, dont d’ailleurs les religieux d’Algérie ne voient pas les contours. C’est très important.</p>
<p>Coincés entre ces deux attitudes, les Européens sont dans cette situation de prudence, d’attentisme. Cela ne veut pas dire d’immobilisme. Ils prennent des initiatives par rapport aux gens qui sont victimes d’attentat. Il se passe beaucoup de choses pendant la bataille d’Alger. Mais sur le plan de politique générale, ils ne peuvent plus entièrement faire confiance à la France, même s’ils aiment la France. Ils ne peuvent pas non plus faire entièrement confiance aux Algériens nationalistes. Entre ces deux nationalismes, pourrait-on dire, l’un français, l’autre algérien, ils ne trouvent pas vraiment leur place.</p>
<p><strong>L’histoire va choisir pour eux. Ce qui a fait basculer les choses, c’est l’assassinat de Raymond Leyris, en juin 1961. Cela va sonner le glas de cette histoire. C’est cela qui va précipiter le départ des juifs d’Algérie ?</strong></p>
<p><strong>B.S. :</strong> Je pense que oui. J’ai vécu cette histoire personnellement puisque j’étais avec ma mère sur le marché lorsqu’une balle a foudroyé le chanteur Raymond. Je me souviens très bien de cette scène. Une très grande émotion a traversé les rangs de la communauté juive. Raymond était très aimé chez nous. C’était un grand chanteur de la musique arabo-andalouse. Il chantait dans tous les milieux. Ce n’était pas du tout un homme affilié à un parti politique, il était même plutôt progressiste puisque l’on trouve sa trace et certains de ces écrits dans un journal qui était proche du parti communiste en 47-48, c’est un journal qui s’appelait <em>Liberté</em>. Il n’était pas réactionnaire, il était immergé dans son monde, un monde indigène, qui était le monde des juifs et des musulmans. Des gens qui jouaient ensemble, qui aimaient la musique ensemble, qui refaisaient le monde.</p>
<p>Si Raymond avait été un personnage ambigu, controversé, appartenant à un camp des ultras, cela n’aurait pas eu cette résonance. Mais c’était quelqu’un qui faisait l’unanimité dans cette sorte de convivialité musicale. Cette musique-là – je parle du point de vue de la sonorité, des rythmes – c’était celle que l’on chantait dans les synagogues et dans les mosquées pour les circoncisions. C’étaient les mêmes rythmes. Il faut bien se représenter cela.</p>
<p>Le fait que lui, Raymond Leyris, ait été assassiné, cela voulait dire qu’il n’était plus possible de rester. Qu’en dépit de cette convivialité, de cet amour pour la langue arabe – tout cela se chantait en arabe, bien entendu – en dépit de tout cela, lui a été assassiné. Si lui a été assassiné – je me souviens de la réaction de mes parents –, alors ce n’était plus possible de rester. Nous sommes partis un an plus tard. Mais déjà, dès la rentrée de 1961, j’étais au Lycée d’Aumale. À cette époque-là, mes camarades étaient partis. Les premiers départs commençaient dans la communauté juive de Constantine.</p>
<p>Mais il y en avait déjà eus auparavant. Il y a deux types de départs. Le départ de ceux qui ont quitté le quartier judéo-musulman dans lequel moi je suis né, où j’habitais, le cœur du quartier que l’on appelait Kachara. Il y a eu les premiers départs dans les années 57-58, pour aller vers les quartiers européens, Saint-Jean, Bellevue, etc. Ce phénomène a été observé dans toutes les villes d’Algérie : une séparation communautaire. C’est le premier type de départ.</p>
<p>Un second type de départ va s’opérer à partir de 58-59 vers la France, notamment après le discours du général de Gaulle du 16 septembre 1959 sur l’autodétermination. Tous les gens étaient très politiques ; ils écoutaient la radio, lisaient les journaux. Dans les situations de guerre, les gens sont extrêmement affûtés ; ils lisent tout, ils sont au courant de tout… Lorsque le général de Gaulle a fait son discours, pour beaucoup d’Européens, donc de juifs d’Algérie qui faisaient partie de la communauté européenne, c’était pratiquement terminé. Quelque chose s’était cassé, il n’y avait plus de confiance dans le général de Gaulle, et les départs ont commencé en 59-60.</p>
<p>Mais la date symbolique, c’est bien juin 1961, C’est la fin d’un monde. Même si les juifs d’Algérie étaient devenus français, même s’ils s’étaient assimilés, pas sur le plan culturel, mais politique, ils appartenaient à cet univers commun avec les musulmans. Il y avait des passerelles, même dans des villes comme Alger, même dans des villes plus petites de l’ouest algérien… Il y a un passage à l’acte, un problème de seuil, et à un moment, ce seuil est franchi et tout va se terminer. Ceci est important.</p>
<p>L’histoire de la dispute autour de l’assassinat de Raymond n’a jamais cessé. Les Algériens, aujourd’hui, ont bien conscience que cet assassinat a été quelque chose de terrible dans la séparation avec les juifs d’Algérie. Maintenant, certains reconstruisent cette histoire en disant : ce n’est pas nous qui l’avons assassiné, c’est un complot. On se demande, par exemple, qui était vraiment Raymond. Était-il politiquement d’un côté plutôt que de tel autre ? On commence toute une série d’interprétations. C’est pour cela que j’ai insisté sur ce côté progressiste, humain, circulant à travers les communautés. Même 50 ans après, on cherche à fabriquer une autre histoire de Raymond, y compris en Algérie. On essaie de le lier à des milieux du type OAS, voire réactionnaires.</p>
<p>Ce n’était pas du tout Raymond. Toutes les archives le montrent, sa vie le montre, les témoignages le montrent, c’était un musicien, c’était un artiste. Vouloir reconstruire sa vie, c’est essayer, après coup, de faire porter la responsabilité de la séparation sur les juifs. Ça ne s’est pas passé comme cela. Il faut assumer. Si le FLN a décidé de tuer, le FLN doit assumer. Si ce sont des dissidents du FLN, pourquoi pas, mais il faut le dire…</p>
<p>La tâche d’écriture de l’histoire en Algérie est très délicate et compliquée. Ce serait bien qu’aujourd’hui des historiens algériens puissent dire leur vérité historique en ayant accès aux archives algériennes sur cette affaire. Ce ne sont pas les archives françaises mais les archives algériennes qui permettraient de nous dire plus de choses. Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que l’assassinat de Raymond ne peut pas être lié à une appartenance politique, ce n’est pas possible, il est lié à une volonté de séparation. Ce qui a réussi et a mis fin à une histoire de convivialité. On ne pourra plus écrire l’histoire de la même manière après.</p>
<p><strong>Vous disiez être parti vous-même un an après l’assassinat de Raymond. Vous écrivez : « On se demandait quel sort les Algériens musulmans réserveraient à ceux qui feraient le choix de rester ». Vous pensiez à l’époque que certains juifs resteraient ?</strong></p>
<p><strong>B.S. :</strong> Mon père avait songé à cela. Des membres de ma famille sont restés après l’indépendance. On sait maintenant de sources sûres, d’après des archives françaises et surtout algériennes, que près de 200 000 Européens sont restés en Algérie après l’indépendance. Ils sont partis après, tous. Beaucoup d’Européens ont donc eu la volonté de rester, d’essayer de construire une Algérie algérienne. Comme on le sait, en 1963, il y a eu la constitution algérienne, l’islam religion d’État, la nationalité liée à la religion musulmane… Là, les départs se sont précipités. Mais en 1962, l’histoire n’était pas écrite d’avance.</p>
<p>C’est compliqué à suivre, mais les historiens doivent suivre les séquences d’histoire telles qu’elles se sont produites. Des juifs ont tenté l’aventure de cette Algérie algérienne. Mon père se posait vraiment la question, c’est pour cela que nous sommes partis les derniers, le 12 juin 1962. Mon père était marchand de semoule à Constantine, il vendait de la semoule en gros. Sa clientèle principale était musulmane ; la semoule, c’était le couscous. Il était très lié au monde algérien, il connaissait beaucoup de nationalistes algériens, y compris la famille Ben Badis. Mon père avait passé son baccalauréat en arabe littéraire. Il n’était pas étranger à cet univers. En même temps, il était très proche de la France et très juif aussi. Tout cela forme des figures compliquées.</p>
<p>Il s’est dit : Pourquoi ne pas tenter le coup ? Dans l’année qui va de l’assassinat de Raymond à notre départ, il a rencontré énormément de gens parmi les Algériens. Tous lui disaient la même chose. On ne peut rien garantir pour l’avenir par rapport à la nationalité, à la place de la religion. Il y avait chez les juifs d’Algérie une mémoire, un souvenir très important, c’était leur statut d’avant l’arrivée des Français, c’est-à-dire leur statut de dhimmi. Beaucoup de juifs d’Algérie étaient devenus des Français avant le décret Crémieux parce qu’ils voulaient quitter le statut de dhimmi.</p>
<p>La mémoire de cette situation en terre d’Islam s’était transmise elle aussi à travers les générations. Il y avait une demande de la part des juifs d’Algérie. Une demande de garanties sur le plan de leur statut juridique dans cette société. Ils n’avaient pas ces réponses-là. Ils savaient aussi que dans le monde algérien musulman, il y avait beaucoup de disputes, que ce n’étaient peut-être pas les mêmes qui allaient se retrouver au début et à la fin.</p>
<p>Pour prendre un exemple très connu, emblématique, un personnage comme Ferhat Abbas, grand personnage politique de l’histoire algérienne, républicain, musulman, modéré, francophile, qui avait cru en la France pendant longtemps et puis s’était rallié au FLN, était devenu président du GPRA en 58. Le GPRA, c’était le gouvernement provisoire de la République algérienne. Son éviction de la tête du GPRA en 1961 a été un mauvais signal pour la communauté juive.</p>
<p>Ferhat Abbas était un ami personnel de mon grand-père, j’en ai parlé dans un autre livre, une biographie qui lui est consacrée. C’est un personnage très intéressant. Son éviction, c’est un mauvais signal. Il était considéré comme quelqu’un de modéré, connaissant bien la communauté juive, connaissant bien ses élites… Qu’allait-il se passer ? Qui étaient les leaders politiques ? Étaient-ce ceux qui étaient farouchement pour le nationalisme arabe, qui voulaient faire la guerre à Israël à tout prix. Etaient-ce ceux qui étaient plutôt proches de la France ? Les Républicains modérés ? On ne savait pas trop. Je dis « on », je veux dire mon père, moi j’étais un enfant… On était dans cette espèce d’absence de sécurité, de garanties, de certitudes… Cela a pris une année entière de réflexion</p>
<p>Il ne faut pas croire que pour les juifs d’Algérie la décision du départ a été facile à prendre et de manière joyeuse, instantanée. C’étaient des drames de conscience, des interrogations sur leur statut, sur leur histoire, sur leur vie. Beaucoup étaient de conditions modestes.C’étaient des petits fonctionnaires, ce n’étaient pas des colons. Qu’allaient-ils faire en France ? C’était la grande interrogation.</p>
<p>Je me souviens de conversations dans la famille, derrière les cloisons, parce que les enfants entendent toujours les conversations quand les parents croient que les enfants sont couchés. Ils parlaient sur les terrasses. Il faisait chaud. Ils étaient très angoissés. Les gens disaient : Qu’est-ce qu’on va faire en France ? Ils étaient très français, mais ils ne connaissaient pas la France. C’étaient des questions sur l’identité sociale, sur l’identité religieuse. Comment passer d’un univers à l’autre. Ils n’avaient pas les codes, ils n’étaient pas habitués à tout cela. Le départ a donc pris beaucoup de temps.</p>
<p>Sur 200 000 Européens qui sont restés après 1962, on peut imaginer qu’il y avait entre 10 000 ou 20 000 juifs. Les derniers sont partis pendant la guerre civile des années 90. J’avais rencontré des familles juives, à Constantine ou à Alger. Il n’y en a pratiquement plus aujourd’hui. Ils avaient fait ce pari et, petit à petit – 1963, nationalité liée à la religion, 1965, le coup d’État de Compiègne, 1967, la guerre israélo-arabe avec les manifestations de rues – la situation commençait à devenir impossible et les vagues de départ ont continué.</p>
<p><strong>La grosse vague, c’était 1962… Vous racontez que votre mère a nettoyé l’appartement jusqu’à la dernière minute et que votre père a mis les clés dans sa poche. Avait-il la secrète espérance de revenir un jour ?</strong></p>
<p><strong>B.S. : </strong>C’était un déchirement. Pour ma mère : c’est une conduite très féminine de nettoyer à fond son intérieur, c’est quelque chose qu’elle a fait toute sa vie jusqu’à sa mort. Elle obéissait à cette tradition très ancrée. Mon père lui disait : « Arrête, ça suffit, on part, c’est terminé… » Fondamentalement, on savait que c’était un départ sans retour. Mais il y avait du chagrin, du déchirement, parce que c’était toute leur vie qui s’en allait. Elle quittait son appartement sachant que c’était définitif. Il faut imaginer ce que cela représente. On quitte un appartement, un quartier, une ville, un pays sans retour, sans suite. C’est une rupture définitive. C’est quasiment impossible à accepter.</p>
<p>Il y avait aussi un aspect pratique dans la clé que gardait mon père. On était partis le 12 juin 1962 avec uniquement deux valises chacun. On avait laissé tous nos meubles, comme si on partait en vacances. Comme mon père avait pris la décision de partir trop tard, nous n’avions plus le temps de fabriquer les grands cadres en bois dans lesquels on mettait tout. Mon père a dit : « On s’en va maintenant, mais je reviendrai chercher les meubles… » Ma mère n’y croyait pas, elle pleurait. Et il est revenu en septembre 1962. Des gens de Khenchela, dans les Aurès dont mon père est originaire, sont venus l’attendre à l’aéroport. Des musulmans, qui pleuraient beaucoup. Un ami est resté avec lui une semaine. Ils ont fabriqué le cadre ensemble, à Constantine, avec des gens de Khenchela. Ils ont rempli tout le cadre. L’ami a raccompagné mon père à l’aéroport en pleurant et en lui disant : « Mais pourquoi vous partez ? ». Mon père lui a répondu : « Je ne peux pas rester, je ne suis pas musulman, demain ce sera un pays musulman. Dans ce pays-là, la place des juifs est toute petite et ce n’est pas possible. Donc nous, on s’en va. » Ce n’était pas très compliqué. Il y avait beaucoup de peine chez ces musulmans qui voyaient partir les juifs. Quand j’ai raconté cette scène à des gens, ils ne me croyaient pas ; ils pensaient que tous les Algériens étaient contents que les juifs s’en aillent. Ce n’est pas vrai. Les gens étaient vraiment chagrinés de vivre cette séparation. Ce sont après tout des siècles de cohabitation commune. Il avait une espèce de nostalgie et de mélancolie.</p>
<p>Évidemment, il y avait en même temps la joie de l’indépendance, du départ des Français, mais derrière tout cela, derrière cette liesse populaire algérienne de juillet 1962, dans le fond, beaucoup d’Algériens croyaient dans l’indépendance et que tout le monde allait rester.</p>
<p>Et puis mon père est parti avec le cadre, ce fameux cadre en bois, qui n’est arrivé que presque six mois plus tard ! Je raconte cela parce que l’hiver 62-63 a été absolument terrible avec des températures allant jusqu’à moins dix. Cet hiver avait été particulièrement dur et nos affaires sont arrivées au printemps, en mars 1963. Ma mère n’y croyait plus. Au déracinement est venu s’ajouter la perte des effets personnels, ce qui n’était pas simple à surmonter, mais la vie a repris progressivement.</p>
<p><strong>Vous êtes retourné souvent en Algérie et vous êtes devenu le grand spécialiste de la guerre d’Algérie et de l’Algérie contemporaine, de cette bataille des mémoires. Qu’en est-il aujourd’hui de ce rapport algérien aux juifs, qu’en est-il du rapport de l’Algérie à cette mémoire-là ?</strong></p>
<p><strong>B.S. :</strong> Il y a une grande ambivalence. Il y a d’abord la volonté qu’a eue l’État algérien, après son indépendance, d’effacer les traces de la présence juive en Algérie au nom d’une idéologie politique qui, d’ailleurs, effaçait aussi les traces de berbérité. Il faut tout dire dans cette histoire. Avant l’arrivée de l’islam, il y avait des berbères, et les juifs étaient des berbères. Ils étaient liés à l’existence de la berbérité avec la fameuse Kahena, reine des Aurès, qui avait lutté contre l’arrivée des Arabes. On a par conséquent un effacement de l’origine, c’est-à-dire une reconstruction de l’histoire au nom des valeurs exclusivement arabo-musulmanes. C’est l’idéologie politique officielle telle qu’elle va être enseignée dans les manuels scolaires.</p>
<p>Il y a une grande différence avec le Maroc. Le Maroc, lui, n’a pas effacé ces traces-là, a toujours revendiqué son passé judéo-berbère. L’Algérie, non. Nous avons organisé l’année dernière un colloque sur les juifs du Maghreb, à Essaouira. Il a été très difficile de faire venir des historiens algériens, vivant en Algérie. Deux d’entre eux sont venus, avec de grandes difficultés. L’Algérie a vraiment essayé d’effacer ces traces d’appartenance à cette histoire algérienne au monde juif. Mais c’est ineffaçable, parce que l’histoire de ces juifs a 2000 ans. Elle ne peut pas s’effacer. Elle est dans la culture, dans la musique, dans les arts, dans la cuisine. Et si ce n’est pas effacé, c’est parce que c’est porté dans l’intimité des cercles familiaux.</p>
<p>Dans des régions entières d’Algérie, de Kabylie, des Aurès, les gens savent que les juifs ont existé, qu’ils étaient là, qu’ils ont fabriqué du savoir commun. C’est ineffaçable ! Ça appartient au patrimoine culturel de l’histoire algérienne. Il faut naturellement constater que l’idéologie officielle algérienne vise à cette – j’allais presque dire – négation de cette histoire. Mais dans la société réelle ce n’est pas possible. Des jeunes orchestres reprennent aujourd’hui la musique de Raymond à Constantine. C’est incroyable. Ils reprennent les rythmes, la temporalité musicale, les poètes.</p>
<p>Il y a une espèce de contradiction entre cette histoire officielle et la pratique quotidienne. Ce que je décris là n’est pas propre à l’Algérie. C’est ce qui se passe dans l’ensemble du monde musulman, cette contradiction, cette confrontation, cette tentative d’effacement et de résurgence perpétuelle.</p>
<p>Cela se passe de cette manière-là. Cela évolue lentement en Algérie. Il y a des avancées, des reculs, des campagnes de presse, des poussées de fièvre antisémites, des retours en arrière, des grandes déclarations de fraternité, et puis, tout d’un coup, des déclarations d’hostilité. Une sorte de va-et-vient permanent dans l’écriture de cette histoire.</p>
<p>L’histoire des juifs d’Algérie, c’est l’histoire de la pluralité de l’histoire algérienne. Faire revenir l’histoire des juifs d’Algérie, c’est faire revenir toute l’histoire de l’Algérie. Ce n’est pas simplement l’histoire des juifs, c’est l’histoire des berbères, c’est l’histoire des chrétiens, c’est l’histoire de Saint Augustin, une histoire très ancienne. C’est l’histoire d’une appartenance à des empires, c’est faire revenir toute la pluralité culturelle de l’Algérie.</p>
<p>C’est cela l’enjeu, sortir d’une histoire homogène, uniforme, centralisée vers une histoire qui soit ouverte au monde, diverse, plurielle. C’est tout l’enjeu d’une bataille qui en apparence est culturelle, mais qui est très politique. C’est à mon sens une thématique qui est propre à tout le monde arabe, c’est le problème de la diversité, de la pluralité, de la sortie des partis uniques, des idéologies uniques, l’ouverture au monde, la question de l’individu, de l’autonomie de l’individu. Ce sont des questions immenses posées aujourd’hui. L’Algérie ne pourra pas y échapper. Au niveau de ses intellectuels, de son rapport à l’Europe, du rapport à sa diaspora, à l’émigration algérienne en France.</p>
<p>50 ans après, nous sommes entrés dans une autre bataille culturelle en Algérie, qui est longue, difficile. Mais elle se mène, elle existe. Des chercheurs algériens travaillent sur le passé juif de l’Algérie. C’est un signe nouveau qu’il faut prendre en compte.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Propos recueillis par Jacques Salomon</strong></p>
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		<title>La nature du terrorisme</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 17:22:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lecture</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>La nature du terrorisme est d’agir par échantillons : échantillon de temps, échantillon de lieu, échantillon de victimes. On frappe à une heure fixe, en un lieu défini, sur un panel de personnes qui n’est représentatif que dans l’esprit de celui ou de ceux qui commettent l’attentat. Ces échantillons ont pour vocation de se généraliser dans l’esprit d’une cité, d’une région, d’un pays, d’un continent : l’heure de l’attentat, heure effective, va se transformer jusqu’à devenir toutes les heures, n’importe quelle heure. Le terroriste vient de contaminer le temps : un temps-pieuvre vient de naître, qui englobe tout. Ce sont toutes les heures à venir, toutes les minutes et toutes les secondes qui sont dangereuses, explosives, potentiellement mortelles.</p>
<blockquote><p>Le terroriste change le lieu en n’importe quel lieu : en tous les lieux.</p></blockquote>
<p>Le terrorisme change l’énergie cinétique en énergie potentielle. Tout devient danger. Le lieu de l’attentat, tout à fait précis, répertorié, s’élargit à tout l’espace, il envahit toute la géographie disponible de sa terreur. Il en va de même pour l’échantillon humain : les victimes effectives apparaissent comme les premiers sacrifiés, les premiers touchés d’une longue liste à venir, à laquelle chacun, vous, moi, est susceptible d’appartenir. Le terroriste change le lieu en n’importe quel lieu : en tous les lieux. L’heure en n’importe quel moment : en tous les instants. Une victime en toutes les victimes potentielles. L’acte terroriste lui-même n’est que l’entrée en scène de la terreur ; la terreur y naît, elle y est créée : elle n’a plus qu’à se répandre dans l’espace et le temps et dans les esprits. Tout, désormais, aura un lien probable, plausible, possible avec elle : elle ramène la couverture de la réalité à elle, la tire de toutes ses forces. Elle plane. Son invisibilité, bien sûr, devient la preuve de sa proximité ; son absence et sa présence se confondent. Quand le danger n’est pas là, c’est parce qu’il est là.</p>
<h3>La menace du hasard</h3>
<p>Le terrorisme modifie la causalité des choses : il inverse et perturbe la logique de l’existence humaine. Ce que je redoute me menace surtout si rien ne me prouve qu’il le fait. Autrement dit : ma mort est sans cesse immédiate, déguisée en vie. La mort ne se ressemble plus : elle n’est plus cette chose que l’homme malade combat, en face à face ; elle n’est plus cette chose que l’homme jeune et sain relègue dans l’avenir ou confie à la loi du hasard et de l’accident. Non, c’est une mort bâtarde car elle n’est ni une maladie ni un rendez-vous lointain ou improbable : le hasard, la destinée, le destin, l’accidentel ont eux-mêmes subi une modification. Le hasard n’est plus entre les mains du hasard, il ne s’obéit plus, il n’est plus le maître de son caprice aberrant qui fait à la fois le sel et l’injustice de l’existence humaine. Le hasard est entre les mains des terroristes : il est entre des mains humaines. On lui a adjoint une volonté supplémentaire, il a changé de route, il est pris en otage. C’est un hasard en quelque sorte piloté. J’entends bien qu’on peut périr, dans une fusillade, lors d’une prise d’otage ou d’un hold-up, pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment : mais cela reste du hasard pur, pas du hasard trafiqué – pas de ce hasard planifié, de cet oxymore de hasard qui fait que le hasard lui-même semble appréhendé comme une fatalité calculée, comme quelque chose qui nous vise plus particulièrement que tout autre, une sorte de hasard d’un type nouveau, un hasard auquel on ne peut jamais ne pas songer. Un homme équilibré, livré au hasard quotidien, ne pense pas incessamment à ce qui peut lui advenir : peut-être songe-t-il furtivement qu’il peut se faire écraser, ou périr dans un incendie en s’endormant ; tandis que le même homme, après un attentat terroriste, voit le hasard foncer sur lui en permanence ; l’attaquer, le mordre, le narguer, l’obséder. Cette virtualité se superpose à la réalité, et la mort n’est plus rangée dans l’avenir, ou dans cet autre étui qu’est l’accident, puisque l’avenir a été raccourci, violé, amputé et que l’accident est devenu l’élément naturel, l’écosystème dans lequel il s’agit à présent de vivre. Ou plutôt de survivre. Le terrorisme a raccourci la vie. Il l’a rendue étriquée. Repliée. Le présent est abîmé, estropié par le passé récent : et l’avenir proche n’est que risque. La liberté, par conséquent, a été réduite – elle a été amputée.</p>
<h3>Le terrorisme n’a pas de mémoire</h3>
<p>Le terrorisme nous force à prédire et prévoir l’imprévisible, à comprendre l’incompréhensible, à surprendre la surprise, à calculer l’incalculable : il nous force, non pas à qualifier l’inqualifiable, mais à le quantifier. Il n’est pas seulement disproportion, il est dérèglement : il change les règles ; mais il change aussi la façon de les établir. Il n’y a pas d’étalonnage possible. Il nous contraint de faire des calculs sur des sables mouvants. Le terrorisme est jumeau de ces sables : plus nous luttons contre lui, plus nous nous enfonçons en lui. Cette lutte que nous lui opposons, c’est son prétexte neuf pour vouloir nous anéantir. La cause de notre perte devient alors l’effet de notre volonté d’en sortir. La riposte, aux yeux de ceux qui nous frappent, devient la provocation. Car le terrorisme, s’il n’a pas de logique autre que l’illogisme, n’a pas non plus de mémoire. Seul compte ce qui adviendra ; au nom d’un passé qu’il a fantasmé, seul le futur le concerne : un futur habillé par lui, estampillé de sa griffe, comme un futur sans autre contenu que lui. Un futur sans contenu, c’est un futur privé d’avenir. Le terrorisme veut que la teneur en avenir du futur soit nulle : le futur qu’il propose est un perpétuel présent, une prison de présent. Au sens où le présent est égale à sa présence. Le terrorisme veut tuer le temps, mais au sens strict : assassiner son écoulement, stopper son flux. C’est à l’homme comme projet qu’il s’en prend ; c’est l’homme comme liberté qu’il veut anéantir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Yann Moix</p>
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		<title>Une sainte colère</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 16:38:30 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« N’oubliez pas les petits ! » Tout le monde se rappelle encore la magnifique colère de Jean-Luc Mélenchon, en février dernier, lorsque M. Le Pen avait cité un poème de Brasillach à la fin d’un de ses discours : «Collabo ! Fasciste !! » hurlait-il de sa belle et forte voix de baryton. Jean-Luc Mélenchon nous fit alors nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2><strong>« N’oubliez pas les petits ! »<br />
</strong></h2>
<p>Tout le monde se rappelle encore la magnifique colère de Jean-Luc Mélenchon, en février dernier, lorsque M. Le Pen avait cité un poème de Brasillach à la fin d’un de ses discours : «Collabo ! Fasciste !! » hurlait-il de sa belle et forte voix de baryton. Jean-Luc Mélenchon nous fit alors nous souvenir de l’appel de Brasillach, lors des déportations des juifs en 1942, « à ne pas oublier les petits ». La phrase exacte de Brasillach, dans <em>Je suis partout</em>, était « Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits » Mais qu’importe, car la question, aujourd’hui, est moins dans l’exactitude des propos rapportés que dans le sérieux de cette colère. En effet, par une coïncidence temporelle stupéfiante – et qui n’est sans doute pas une simple coïncidence – Mohamed Merah, en pénétrant dans l’école Ozar-Hatorah, en y assassinant d’abord deux enfants juifs, puis en poursuivant une troisième, en la prenant par les cheveux et en la tuant d’une balle de pistolet en pleine tête, a appliqué à la lettre, le mot d’ordre attribué à Brasillach par Jean-Luc Mélenchon quelques semaines auparavant, et qu’il stigmatisait justement « N’oubliez pas les petits ! »</p>
<p>Était-ce sérieux ? Sans doute pas tout à fait car Jean-Luc Mélenchon n’a eu pour ce crime que les mots, les pauvres mots, qui aujourd’hui traînent dans tous les journaux, dans les innombrables tribunes d’intellectuels : un simple acte de folie, un crime absurde, ne stigmatisons pas&#8230; Or, je crois que l’amnésie de Jean-Luc Mélenchon – cette amnésie à l’égard de propos qu’il avait pourtant tenus seulement quelques semaines plus tôt – n’est que le symptôme d’un déni extraordinairement profond qui touche, hélas, une grande partie de la classe intellectuelle. Oui, sans doute, y a-t-il des actes fous. Ces sont les actes illisibles. Illisibles parce qu’on ne veut pas les lire. Je ne sais si Mohamed Merah était ou non un psychopathe. Je sais seulement que, tout comme pour un nazi ou un « collabo » de 1942 abreuvé de propagande antisémite, pour quelqu’un qui regarde aujourd’hui sur internet les prêches quotidiens de certains imams du Moyen-Orient, tuer des enfants juifs n’est en rien un acte de folie puisque les juifs y sont décrits comme des porcs, des singes, des êtres inférieurs, doués d’obscurs desseins contre les musulmans et passant leur temps à tuer, à empoisonner, à corrompre, à torturer, à vouloir l’asservissement de l’humanité entière. La charte du Hamas n’incite-t-elle pas à tuer les juifs et à faire de leur meurtre un acte sacré ?  Pour qui baigne dans un tel climat de haine, est-il si anormal de passer à l’acte ? L’idée que l’État israélien est un État criminel est si familière à l’opinion qu’on a pu laisser dire à Leïla Shahid, sans réagir, qu’en tuant des enfants juifs pour venger « les enfants de Gaza », Mohammed Merah n’avait fait que les assassiner une seconde fois, comme si les morts occasionnées par les guerres pouvaient être, un seul instant, comparées aux meurtres délibérés, individuels, intentionnels de Toulouse.</p>
<blockquote><p>Mohammed Merah a tué cette enfant à cause des mensonges, des innombrables et quotidiens mensonges dont Israël est l’objet.</p></blockquote>
<p>Pourquoi Mohamed Merah s’est-il rendu à l’école Ozar-Hatorah pour y tuer des enfants ? D’autres disent aujourd’hui que c’est par hasard. Ce serait faute d’avoir trouvé la cible qu’il avait choisie (deux policiers) qu’il se serait rabattu sur une école juive. Peut-être. Mais est-ce par hasard s’il a poursuivi dans la cour de l’école sa dernière victime, cette petite fille qu’il a pourchassée pour la tuer au nom des « enfants de Gaza » ? Les psychologues, comme M.Mélenchon, ont sans doute mille idées là-dessus : « fou furieux », « dégénéré », « criminel absurde ». Moi, je dis une chose très simple : Mohammed Merah a tué cette enfant à cause des mensonges, des innombrables et quotidiens mensonges dont Israël est l’objet, à cause des appels au meurtre visant les juifs&#8230; Et tout le reste est littérature.</p>
<p>Que Jean-Luc Mélenchon, et tous ceux qui, nombreux, le suivent et l’écoutent, se souviennent de la colère qui s’est emparée de lui au nom de Brasillach, à cause de cette lecture provocatrice du poème d’un homme qui avait appelé « à ne pas oublier les petits », qu’ils réfléchissent à cette colère, qu’ils en approfondissent l’origine, le sens, la portée, sans doute alors un peu de cette colère trouvera les chemins de la vérité qui ne se dit jamais si bien qu’au présent.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Éric Marty</strong>, professeur de littérature contemporaine à l’Université Paris-Diderot.</p>
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		<title>Le cyber-terrorisme a frappé</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 16:17:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lecture</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<h2>Le tueur a choisi sa cible, son mode opératoire et le moment de son passage à l’acte</h2>
<p>Mohammed Merah ne livrera aucun de ses secrets puisqu’il est mort. Toutefois, dès la fin de l’assaut mené contre lui par le RAID, la police a mis la main sur le contenu de son appartement, donc sur des documents. Ajoutés au dossier qu’avait constitué sur lui la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et aux pièces de la procédure visant son frère Abdelkader, une ébauche de portrait du tueur peut être esquissée. Elle comporte des zones d’ombre dont certaines tracent les limites de ce que la police a fait pour le surveiller. Avec à la clé cette lancinante question : était-il possible d’éviter les morts de Montauban et Toulouse ?</p>
<p>Premier défi : retracer l’histoire personnelle d’un petit caïd de cités connu pour des faits de délinquance de droit commun et qui bascule dans le terrorisme. Agé de 23 ans, Merah vient d’une famille d’origine algérienne, il est de nationalité française. Son père est retourné au pays. Sa mère, pieuse, a un emploi. Les considérations socio-psychologiques qui expliqueraient sa dérive trouvent leur limite dans le fait que, lui aussi, malgré son séjour en prison, avait un travail auquel il a préféré la « débrouille ». Une certitude : son frère aîné, 29 ans, l’a influencé. Abdelkader avait aussi un métier, une épouse avec laquelle en dépit de la loi il s’était marié religieusement, mais pas civilement, en 2006. La DCRI l’a repéré en 2007 dans une filière d&#8217;acheminement de djihadistes en Irak, via la Syrie, puis autour de la communauté rurale salafiste installée à Artigat, dans l’Ariège. Ensuite ? Ensuite, rien.</p>
<h3>De Toulouse au Caire</h3>
<p>Mohammed Merah, lui, était apparu plus tard sur les écrans-radar de l’anti-terrorisme. En novembre 2010 exactement quand, après avoir rejoint l’Afghanistan en entrant par le Tadjikistan, il est arrêté par un banal contrôle routier dans la région de Kandahar et remis à l’armée américaine, qui avertit la DCRI. Alors que les Etats-Unis l’interdisent d’entrée sur leur territoire, il faut attendre novembre 2011, après un nouveau séjour cette fois au Pakistan, pour que les services français le convoquent pour qu’il s’explique sur un périple qui l’a mené de Toulouse au Caire, où étudiait alors son frère, puis en Turquie, Syrie, Jordanie, Irak et… Israël. Rien de concret ne lui étant reproché, il ressort aussi libre qu’il est entré.</p>
<p>La surveillance ultérieure de ses activités, selon la DCRI, ne laissait pas présager un passage à l’acte qui semble s’être produit au terme d’une auto-radicalisation commencée en prison par la lecture solitaire du Coran et poursuivie par la consultation de vidéos du djihad comme les plateformes de partage en regorgent. A-t-il même suivi un entraînement militaire au Waziristan, cette zone frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan où il a séjourné deux fois en 2010 et une fois en 2011? Un porte-parole des talibans pakistanais, le Tehrik-e-taleban, l’a affirmé après les faits. Il aurait intégré le groupe dirigé par Hakimullah Massoud, l’émir du groupe, autour de sa ville natale de Jandola au sud-Waziristan. Pour l’instant, rien ne permet de l’établir avec certitude.</p>
<p>Selon un spécialiste du grand quotidien pakistanais <em>Dawn</em> (lequel a bien mentionné la dimension antijuive de l’attentat de Toulouse), Merah aurait été un des 85 Français d’origine nord-africaine formant un groupe appelé Jihad e-islami. Ils auraient été entraînés au maniement des explosifs et des armes dans des camps situés à Miran Shah et dans la zone de Datta Khel, au nord-Waziristan. Selon la même source, le groupe, affilié au mouvement terroriste Jundullah, serait commandé par un surnommé Abou Tarek et cinq de ses membres seraient revenus en France en janvier 2011. La DCRI estime pour sa part qu’il ne reste plus que quelques dizaines de Français dans les camps djihadistes de la région et le directeur de la DCRI, Bernard Squarcini, est assez formel : Merah n’appartenait à aucun réseau.</p>
<h3>Le flambeau de Ben-Laden</h3>
<p>Il aurait été un cyber-djihadiste et un « loup solitaire », un terme qui mérite quelques explications. La stratégie du loup solitaire a été inaugurée dans les années 80 aux Etats-Unis par l’ultra-droite néo-nazie. Son raisonnement est que les réseaux sont trop facilement repérables et infiltrables. Il faut donc agir non plus au sein d’un mouvement organisé de manière centralisée, soit par cellules de 2 ou 3 personnes, soit carrément seul. Le terroriste choisit alors sa cible, son mode opératoire et le moment de son passage à l’acte. Une méthode indétectable ou presque, qui correspond bien à l’état actuel des mouvements djihadistes. Plus les réseaux Al Qaida sont en effet démantelés par la présence de l’OTAN en Afghanistan et la coopération policière mondiale en matière de lutte contre l’islam radical, plus le flambeau de Ben Laden a de chances d’être repris par des militants isolés. Et des militants passe-partout.</p>
<p>Il faut en effet tordre le coup à l’idée reçue selon laquelle le djihadiste européen est repérable à sa tenue ou à sa fréquentation des forums et des mosquées salafistes : les salafistes djihadistes dits « takfiris » (c&#8217;est-à-dire qui anathémisent la totalité des musulmans même fondamentalistes, réfutant leur vision du passage à la lutte armée globale) considèrent comme licite toute entorse aux prescriptions coraniques dès lors que la transgression permet d’avancer dans la voie du djihad. Ils sont rasés, habillés à l’occidentale, ne vont plus prier à la mosquée et peuvent financer leur mission par tous les moyens de la délinquance de droit commun.</p>
<p>Voilà pour le parcours de cette personnalité chaotique et violente. Reste la nouveauté principale de cette affaire : le crime antisémite et la vengeance anti-française d’un jeune homme qui a déclaré avoir voulu venger la mort des enfants palestiniens, en plus de punir la présence de la France en Afghanistan. Un motif qui devrait pousser certains radicaux de la mouvance pro-palestinienne à mesurer leurs comparaisons obscènes entre Gaza et Auschwitz, et à éviter de nazifier Israël et les juifs.</p>
<p>Délire suprême : dès le 23 mars, alors que la nouvelle du passage de Merah en Israël « sortait » dans la presse, la blogosphère conspirationniste et antisioniste distillait la rumeur : comment un pays « qui a interdit l&#8217;accès à son territoire à plusieurs militants des droits de l&#8217;homme, dont le seul tort est de  défendre la cause palestinienne », a-t-il pu le laisser entrer ? On devine le sous-entendu : voilà bien la preuve que les sionistes manipulent les assassins de leurs propres enfants. La conclusion est sans appel : en 2012 la bassesse, l’ordure antisémite, existe toujours chez les néo-nazis, elle est toutefois, avant tout, majoritairement en nombre, quasi-uniquement pour ce qui est du danger sécuritaire, chez les islamistes et leurs idiots utiles. Comme on dit dans un autre milieu : par action ou par omission.</p>
<p>Jean-Yves Camus</p>
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