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Mai-Juin 2019

N° 676

Israël

Deux hypothèses d’empoisonnement valent mieux qu’une

Quête ou enquête, volonté familiale ou politique, tentative de récupration en vue d’une déstabilisation ? L’aura de Yasser Arafat bénéficiera en tout cas d’une nouvelle touche de mystère.

Les faits

Mardi 28 août, la presse annonçait l’ouverture par le parquet de Nanterre d’une information judiciaire concernant la mort de Yasser Arafat. La justice française décidait donc d’enquêter, suite à la plainte contre X pour assassinat, déposée le 31 juillet par la veuve du leader palestinien, constituée partie civile. Dans un entretien qu’elle a accordé au Figaro, Souha Arafat explique vouloir faire toute la lumière sur les circonstances de la mort de son mari survenue en 2004, pour sa fille, âgée aujourd’hui de 17 ans, mais aussi pour le peuple palestinien et ce avant la fin du délai de prescription de 10 ans.

Mais ce qui déclenche sa quête 8 ans après les faits et qu’elle appelle « élément clé », est la découverte par un laboratoire suisse de polonium, substance radioactive qui a certaines doses peut-être utilisée comme poison, sur les affaires de l’ancien chef de l’Autorité palestinienne. Révélation rendue publique par la diffusion, le 3 juillet, d’un reportage sur la chaîne qatarie Al-Jazeera et qui relance ainsi le débat sur la mort du raïs et d’un possible empoisonnement, cette fois-ci, preuve à l’appui.

Le mystère

Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat décédait à l’hôpital militaire de Percy, en région parisienne, où il avait été interné deux semaines plus tôt suite à la dégradation de son état de santé. Le rapport médical officiel fait état d’une inflammation intestinale d’allure infectieuse et de troubles de coagulation sévères. Mais l’absence d’informations précises sur la cause du décès, les déclarations contradictoires, les accusations d’empoisonnement à l’encontre d’Israël ainsi que des rumeurs de Sida et le refus de procéder à une autopsie vont contribuer à entretenir le mystère autour de sa mort. Un mystère alimenté par la mise en exergue de nouvelles interrogations dont celles qui entourent les prélèvements de sang et d’urine effectués sur Yasser Arafat et qui ont, semble t-il, été détruits par l’hôpital.

L’auteur du documentaire

Autant de questions que tente d’élucider l’auteur du reportage Clayton Swisher, journaliste pour Al-Jazeera dont on apprend sur son blog (hébergé par la chaîne) qu’il fut chargé à plusieurs reprises alors qu’il travaillait au département d’Etat américain, de la protection rapprochée de Yasser Arafat. Sur ce même blog, on peut voir une photo du jeune homme à l’allure décontractée, serrant la main du dirigeant palestinien. Comme pour se prémunir d’éventuelles critiques, Swisher prend soin de préciser que ces rencontres ont eu lieu avant qu’il n’embrasse la carrière de journaliste.

Des années après, il s’étonne qu’aucune investigation d’envergure n’ait été mise en place pour enquêter sur la mort du dirigeant palestinien, à l’instar des commissions chargées d’enquêter sur les assassinats du Président américain Kennedy en 1963 ou encore du Premier ministre libanais Rafiq Hariri en 2005. Toujours sur son blog, il décrit ce sentiment de « responsabilité historique » qu’il a ressenti lorsque Souha Arafat lui confie en décembre 2011 le dossier médical de son défunt mari, puis janvier 2012, le sac contenant ses affaires personnelles au moment de son hospitalisation. Effets qu’il fera analyser par ce laboratoire suisse en raison de sa renommée dans le domaine dit-il, avec la suite qu’on connaît.

Hasard du calendrier ou pas, une nouvelle hypothèse d’empoisonnement au champignon est avancée le jour même de l’ouverture de l’information judiciaire. En effet, le 28 août, le site d’information slate.fr publie un dossier dans lequel on peut lire le compte rendu d’hospitalisation de Yasser Arafat. Jean-Yves Nau qui signe le dossier, rapporte également les propos du Pr Marcel-Francis Kahn, ancien chef du service de rhumatologie de l’hôpital Bichat (Paris), par ailleurs cofondateur de l’Association France-Palestine Solidarité.

Selon ce dernier, si l’hypothèse d’un empoisonnement au polonuim ne tient pas la route « tout collerait très bien avec un empoisonnement par une des toxines de l’amanite phalloide ou du cortinaire des montagnes » et d’ajouter que « ce type de toxines est étudié notamment dans le centre de Nes Ziona, pas très loin de Tel Aviv.»

La suite et réactions

Il n’y a donc plus une piste d’empoisonnement à vérifier mais deux. Souha Arafat ayant donné son accord, une exhumation devrait être pratiquée sous peu à Ramallah [il se peut qu’au moment ou cet article parait elle ait déjà eu lieu d’ailleurs…] permettant de confirmer ou d’infirmer ces hypothèses. Côté israélien, on nie toute implication en avançant qu’en novembre 2004, Arafat était assiégé, isolé et affaibli et qu’Israël n’avait aucun intérêt à l’éliminer et encore moins l’intention d’en faire un martyr.

Alex Fishman, éditorialiste au Yediot Aharonot évoque quant à lui dans un article une tentative « d’arranger » une mort plus digne au père de la nation palestinienne. Sa mort, loin de son peuple, dans un hôpital français, n’étant finalement pas compatible avec la construction d’un mythe. Et de conclure qu’on en saura certainement davantage sur le mystère radioactif une fois l’itinéraire du sac contenant les affaires d’Arafat établi.