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juillet 2018

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A la rencontre d’Aimé Césaire

La Cie Cyparis Circus présente un spectacle étonnant sur un des grands poètes du siècle dernier et une figure politique dont le courage et l’ambition portent de nombreux messages pour les nouvelles générations, particulièrement face au risque de repli. Rencontre avec le comédien.

L’Arche : Qu’est-ce qui a motivé l’écriture d’un spectacle autour de l’œuvre d’Aimé Césaire ?

David Valère : L’année dernière, à l’occasion des cent ans de sa naissance, on a organisé en France métropolitaine, en Martinique, en Haïti plusieurs événements autour de son œuvre. Aujourd’hui, en France notamment, on voit que le racisme peut venir de partout, malheureusement. Cela vaut la peine de retourner à son œuvre parce qu’elle a une valeur universelle plutôt que d’opposer les cultures. La poésie est une belle réponse au racisme primaire. Quand on connaît l’autre, quand on s’ouvre à l’autre, on ne peut pas être raciste. Le raciste est avant tout de l’inculture.

Comme disait Léopold Sédar Senghor, un raciste est avant tout quelqu’un qui se trompe de colère ?

Ce que nous aimons avec mon metteur en scène Stéphane Michaud qui a adapté le texte d’Aimé Césaire, c’est la portée de son œuvre et la profondeur de ses textes qu’on peut toujours questionner. Chacun peut s’y reconnaître. Il faut rendre à Césaire ce qui lui appartient. C’est ce que nous avons voulu montrer dans le spectacle. Le personnage que j’interprète est une évocation de Césaire. Le Césaire jeune qui habitait à Paris et qui rencontrait l’Afrique au travers de Senghor puis celui qui rentra chez lui et décida de sortir son pays du statut des colonies afin que son peuple soit debout.

Il y a de nombreuses facettes à Césaire, c’est un personnage très riche et complexe.

Deux aspects ont particulièrement retenu notre attention : le poète et l’homme politique. Il s’est mis très tôt à la lecture, privilégiant les rencontres avec les textes plutôt que les sorties avec les jeunes de son âge. Son écriture traduit le temps imparti à la lecture et à l’inspiration d’auteurs comme Mallarmé, Rimbaud, les surréalistes.

André Breton l’a d’ailleurs soutenu assez tôt. Aux Etats-Unis, la Beat generation a également bouleversé la société par la poésie. Césaire a-t-il été influencé par des auteurs américains ?

Oui, de nombreux auteurs américains rencontrés à Paris ont eu un impact sur lui. La négritude, le mouvement qu’il a créé avec Senghor et Damas est un combat contre l’intolérable. Un sursaut de dignité. Il dit que tous les opprimés, peu importe leur origine ou croyance peuvent s’y reconnaître. On ne répond pas à une injustice par une injustice, mais on (re)construit le dialogue. Il faut que de chaque côté on désire tendre la main. Sinon, la spirale ne s’arrêtera jamais.

A la question de savoir ce qu’il était, Césaire répondait : « Je suis de la race des opprimés ».

Exactement. On le dit dans notre spectacle. Les thèmes qu’il présente sont très profonds. On essaye avec une forme originale de présenter cela sur scène. On emprunte au conte, au théâtre contemporain, au stand up, à la danse entre autre pour servir ce texte avec une bande son et une lumière qui constituent un appui important pour le jeu. Ce qui nous a touchés, c’est de voir des personnes très différentes voir le spectacle et se reconnaître dans le message de Césaire. Ce langage universel est une preuve de la grande dimension de son œuvre et cela peut contribuer au vivre ensemble.

Des hommes debout, de la Cie Cyparis Circus d’après Cahier d’un retour au pays natal adapté et mis en scène par Stéphane Michaud avec David Valère.

Théâtre de la Huchette, 23 rue de la Huchette, 75005 Paris. 01 43 26 38 99