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Mai-Juin 2019

N° 676

Israël

Permanences et mutations au Proche-Orient

Shlomo Morgan, ancien ambassadeur d’Israël au Sénégal, nous livre son analyse.

 

L’Arche : Y a-t-il selon vous une nouvelle donne au Proche-Orient?

Shlomo Morgan : L’invasion américaine de l’Irak en 2003, l’avènement de ce qu’il est convenu d’appeler « le printemps arabe » , presque huit ans après,  et l’entrée en scène de Daesh il y a quatre ans, ont bouleversé la carte politique du Proche-Orient et  créé une nouvelle donne géostratégique dans toute la région.

D’une part, l’Irak et la Syrie, Etats- nations créés au lendemain de la première guerre mondiale par les puissances coloniales victorieuses, la France et la Grande Bretagne, et dans une moindre mesure, la Libye, ont cessé virtuellement d’exister comme entités étatiques.

D’autre part, Israël, qui jouissait déjà d’une supériorité militaire écrasante bien avant l’implosion de ces régimes, voit son avantage stratégique croitre avec l’affaiblissement de l’armée syrienne tiraillée par presque six ans de combats incessants contre les groupes d’opposition et Daesh, si bien qu’aujourd’hui, le front de l’Est, qui regroupait jadis, la Syrie, la Jordanie et l’Irak ne présente plus aucun menace tangible pour Israël.

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Par ailleurs, la lutte contre le jihadisme en général et Daesh en particulier, a créé une convergence d’intérêts entre Israël et les Etats sunnites modérés- l’Egypte, Arabie saoudite et pays du Golfe, et dans une moindre mesure la Turquie ,qui a entamé dernièrement un processus de réconciliation avec Israël après une brouille longue de six ans due a l’assaut de Tsahal contre le bateau turc Mavi Marmara dans lequel neuf ressortissants turcs ont trouvé la mort.

Et « last but not least », l’accord sur le programme nucléaire iranien, signé l’année dernière, retarde les capacités de celui ci de se doter de l’arme atomique d’au moins une dizaine d’années, et quoiqu’en disent les dirigeants israéliens, cet accord éloigne l’éventualité d’une conflagration armée entre Israël et celui qui est considéré comme le plus implacable de ses ennemis -l’Iran des ayatollahs.

Le seul bémol, du point de vue d’Israël, dans ce tableau, réside dans l’intervention militaire de la Russie en Syrie en vue de préserver le régime de Bachar El Assad. En effet, l’utilisation par la Russie de missiles couvrant une zone de plus en plus étendue, inquiète les stratèges israéliens, et en témoignent les fréquents déplacements du Premier ministre Netanyahou a Moscou et ses  nombreuses communications téléphoniques avec Poutine en vue de renforcer la coordination militaire entre les deux pays et éviter des dérapages qui pourraient assombrir les relations entre les deux pays .

 

Dans cette nouvelle donne qu’est ce qui vous parait dominant?

Trois éléments majeurs ressortent de cette nouvelle donne:

Tout d’abord, l’ère des Etats-nations du Proche-Orient est-elle révolue ? Même si Daesh est appelé a disparaitre dans le moyen terme, les Etats qui ont été ciblés par l’EI a savoir l’Irak, la Syrie et la Libye, ne seront plus ce qu’ils étaient dans la période qui a précède le printemps arabe, c’est a dire des Etats unitaires centralisants avec une minorité ethnique hégémonique.

Deuxième point saillant- le retour de la Russie comme facteur avec lequel il faut compter désormais, et cela évidemment grâce à son intervention en Syrie. Ce retour de la Russie au Proche-Orient s’inscrit dans la volonté de celle-ci de réoccuper- si ce n’est sa place d’antan, du moins une place majeure sur la scène internationale.

Troisième élément qui ressort de cette nouvelle donne c’est le désintérêt croissant des Etats arabes modérés dans le problème palestinien.

 

Quelles sont les permanences par delà les mutations?

Par delà les changements et les mutations qui ont été entraines par le printemps arabe et son corolaire, l’apparition fulgurante de Daesh dans l’échiquier de la région du Moyen-Orient, certaines constantes seront dures a déraciner- a savoir:

– la rivalité entre la Chiaa et la Sunna perdurera et par conséquent la lutte pour l’hégémonie dans le Golf persique entre l’Iran et ses proches d’un coté et les pays du Golf et à leur tète l’Arabie saoudite de l’autre, auxquels il faut rallier l’Egypte.

– les disparités socio-économiques au sein des sociétés arabes responsables en grande partie du soulèvement des masses populaires de la fin de 2010, début 2011.

Le sous-développement chronique des pays arabes qui empêche leurs économies de décoller a l’instar de celles des pays d’Amérique latine, l’Asie du sud est et même de l’Afrique. Cette situation reste une source importante de tension.

– Le clivage ethnique ne va pas disparaitre, bien au contraire, les guerres civiles qui déchirent plusieurs pays de la région ne font que l’exacerber. La solution à ce problème consisterait dans la formation d’entités politiques autonomes au sein de régimes fédéraux.

 

Dans cette situation, s’est-on rapproche ou eloigné d’un règlement du conflit israélo-palestinien ?

C’est la question que se pose tout le monde. Comme je l’ai dit, les pays arabes, ayant « d’autres chats a fouetter », s’intéressent de moins en moins aux Palestiniens et à leur cause. Le président Mahmoud Abbas est de plus en plus désavoué par les dirigeants des pays arabes et certains parlent même de lui trouver un successeur (serait-ce Mohammed Dahlan, son rival au sein du Fatah?).Dans ce contexte, ce qui s’est passé ces dernières semaines à l’ UNESCO est assez emblématique, à en croire la presse israélienne, même si la plupart des Etats arabes membres de cette organisation ont parrainé les résolutions sur le Mont du Temple et le Mur occidental en vieille ville de Jérusalem, ils l’ont fait de mauvais gré et leurs délégués n’ont pas caché leur ras le bol et leur dépit face aux agissements « farfelus » des Palestiniens.

Tout cela, si je puis dire, joue en faveur des Israéliens. Certes, le PM Netannyahou maintient sa position en faveur de la solution des deux Etats pour les deux peuples mais en meme temps, il insiste sur la reconnaissance par les Palestiniens d’Israël comme Etat juif et les enjoint d’arrêter leurs initiatives anti-israéliennes auprès des organisations internationales.

Les Palestiniens en revanche appellent a la cessation de la construction dans les implantations en Cisjordanie comme condition de retour à la table des négociations.

Et nous voici donc au point mort encore plus qu’en 2010 à la veille du printemps arabe.

Les Palestiniens se sentent délaisses par le monde y compris par leurs frères arabes. Cette situation de désespoir sert de carburant aux attaques suicides individuelles qu’Israël connait depuis plus d’un an.