Agression antisémite à Livry-Gargan  |  Les multiples talents de Valérie Mréjen  |  Un air de famille  |  Henri Cukierman : « Montrer la réalité d’Israël »

Le dernier numéro

juillet 2017

N° 667

Votre formule (abonnement annuel)

6 numéros par an

A partir du numéro

J'ai lu et j'accepte les conditions générales d'abonnement.

Quelle actrice incarna le mieux à l'écran la mère juive contemporaine ?

Loading ... Loading ...
Littérature
Aucun commentaire

Le parler vrai de Didier Leschi

Misère de la philosophie. C’était le titre d’un ouvrage de Karl Marx, paru en I847, et qui se voulait une réponse à la philosophie de la misère de Proudhon.

Didier Leschi n’est pas marxiste (même s’il confesse avoir une tendresse particulière pour Henri Krasucki, juif communiste, résistant et déporté, parce qu’il avait dans son bureau une photo d’élèves imprimeurs où lui-même figurait par le plus grand des hasards). Il ne fait pas partie non plus de la gente progressiste. Il est adepte du parler vrai et son « Misère(s) de l’islam » (qui n’est pas une réponse à l’islam de la misère, encore que…) sonne comme l’examen de conscience de quelqu’un qui a beaucoup travaillé ces questions, au titre de directeur des cultes au ministère de l’intérieur et auteur d’un ouvrage sur la laïcité coécrit avec Régis Debray, et qui décide, une fois-encore, de tirer la sonnette d’alarme et d’en appeler au sursaut.

Il part du postulat que le débat auquel nous avons affaire nous concerne tous et pour longtemps, que le sursaut que nous appelons de nos vœux s’avère être plus fort « chez ceux qui le contemplent de l’extérieur que chez ceux qui le pratiquent du dedans ». Il rappelle que Jacques Berque fut celui qui a rêvé d’un « islam des lumières » dont la France pourrait être le berceau qui depuis Paris, étendrait son influence sur l’ensemble du monde arabo-musulman, et se demande pourquoi ce rêve ne se réalise pas, pourquoi il n’est jamais advenu, et pourquoi il est sans cesse retardé. Il martèle qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’hommes et de femmes, d’intellectuels, de militants, d’écrivains, de journalistes, qui s’affirment musulmans et qui décideraient d’ouvrir ce débat-là.

Et le débat consiste en quoi ? En deux choses essentielles, entre autres, sur lesquelles il porte le fer.

La première consiste à nous sortir de cette équation ravageuse de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Comme s’il y avait équivalence – on essaie désormais de nous en persuader en judiciarisant à tout va le moindre propos – entre les deux phénomènes. On compte, rappelle Leschi, pour l’année 2015, 806 actes antisémites pour 429 actes antimusulmans, et comme le note l’auteur : « L’antisémitisme demeure le problème majeur de notre triste période, tant par la masse et le taux, mais surtout par l’intensité qui, heureusement, est sans équivalent envers les personnes supposées musulmanes ». A noter que les chiffres du SPCJ (service de protection de la communauté juive) qui doivent être publiés pour l’année 2016 mercredi prochain pour le dîner du Crif, vont apparemment dans le même sens (même si l’ensemble des actes est en baisse par rapport à l’an dernier). Sur le fond, s’interroge l’auteur, comment concevoir de propager la thèse d’une islamophobie qui se serait substituée à l’antisémitisme quand on voit les ravages des théories conspirationnistes sur la Toile ?

La deuxième consiste à pointer le problème majeur de l’islam contemporain, celui de la diversité, ou de l’absence de diversité. Ou encore de l’altérité, d’absence d’altérité. Leschi écrit : « Du Maroc à la Turquie, en passant par l’Egypte et le Levant, les sociétés de ces pays n’ont eu de cesse que de voir réduire le spectre de leurs divergences parfois larges, toujours significatives ».

Didier Leschi, « Misère(s) de l’islam de France ». Éditions du Cerf