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octobre 2017

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France

Le Beit Haverim fête ses 40 ans avec la sortie d’un livre

Ce livre n’est qu’une partie des événements organisés par le Beit Haverim le long de l’année. Rencontre avec son président, Alain, afin de comprendre l’évolution de la perception des personnes lgbt dans le judaïsme et les défis à relever.

 

L’Arche : Pensez-vous que la situation a évoluée pour les juifs lgbt depuis 40 ans ?

Alain : Il y a eu des grandes avancées notamment en termes de visibilité. L’homosexualité n’est plus classée comme maladie sexuelle. Dana international a gagné l’eurovision en 1998 et Tel Aviv est devenue récemment une capitale gay. Cerise sur le gâteau, il est possible de célébrer des mariages de même sexe en France dans certaines synagogues libérales. Ces 4 faits marquants illustrent bien les progrès considérables accomplis en 40 ans.

 

Dans quel domaine reste-t-il le plus de progrès à faire ?
Beaucoup de rabbins et de religieux continuent d’opposer judaïsme et homosexualité. Ils prétendent condamner seulement l’acte en lui-même mais pas les homosexuels. Mais ce discours est clairement hypocrite. Comment peut-on intégrer quelqu’un en son sein si on ne cesse de condamner son mode de vie ?

Ce type d’obstacle n’en est qu’un parmi tant d’autres. Si on devait citer encore quelques écueils, voici les principaux :

  • – La diabolisation continuelle des LGBT avec des mots comme « abomination » « immoral »ou « contre nature » largement utilisés.
  • – La sexualité des gays mise en avant au détriment de la dimension humaine.
  • – L’illusion que seul le libre arbitre intervient dans l’orientation sexuelle.

Ce contexte est clairement celui d’une homophobie feutrée qui doit être dénoncée. Les juifs, du moins en France, doivent en prendre conscience et faire face à cette part d’ombre.

 

Quelles sont les événements majeurs organisés pour les 40 ans ?

L’association prépare depuis un an la célébration de cet anniversaire. Une quinzaine d’événements, se déclinant autour des trois dimensions de l’association (convivialité, identité et citoyenneté), seront organisées tout au long de l’année 2017. Dans le cadre de la Convivialité, nous préparons une soirée de gala, une comédie musicale pour la fin d’année, réception du  World Congress à Paris (Fédération mondiale des organisations juives LGBT). Au sujet de l’Identité, nous nous exposons en pleine lumière pour casser les tabous avec le clip musical « Les Reines de Pourim », le calendrier juif LGBT 2017 et notre conférence au Limoud sur le thème « Transidentité et Judaïsme ». Enfin, pour la Citoyenneté, nous travaillons sur un Chabbat interreligieux dans une synagogue pour le vivre-ensemble et une soirée à la mairie de Paris.

 

Vous publiez un livre à cette occasion. Etait-ce difficile d’obtenir des contributions ?

Pour obtenir les contributions, j’ai mis à profit tout mon réseau. Nombreux ont répondu présent. Mais le plus complique était d’obtenir une contribution d’un rabbin du consistoire. J’ai contacté 25 rabbins. Seulement 4 rabbins m’ont répondu par la négative dont les grands rabbins Korsia et Bernheim, les autres m’ont ignoré. Cela démontre clairement un gros problème de mentalités comme si s’afficher avec nous pouvait leur nuire. Je salue à ce titre le courage du rabbin Michael Azoulay qui participe à l’ouvrage, le seul rabbin du consistoire contre 5 rabbins massortis ou libéraux.

Que va-t-on y trouver ?

Ce livre militant fait un bond en arrière de 40 ans pour expliquer comment une poignée de Juifs ashkénazes, en 1977, ont décidé de créer ce groupe embryonnaire qui deviendra le Beit Haverim.

Traversant les décades, l’association n’a cessé de lutter pour la reconnaissance des droits des homosexuels. Quelles sont les clés qui permettent d’assumer son identité juive quand on est gay, lesbienne ou trans ? Comment la communauté juive, par l’intermédiaire de son grand rabbin de l’époque, a joué un rôle majeur pour tenter d’empêcher le mariage pour tous ? Malgré les pressions traditionalistes, les couples de même sexe sont de plus en plus décomplexés et renouent avec une valeur chère au judaïsme, le désir de transmission, en devenant parents.

Ces avancées ne peuvent malheureusement pas cacher l’homophobie d’une partie de la communauté (d’ailleurs dans le déni à ce sujet). Le meurtre de Shira Banki à Jérusalem, puis les violents propos de l’ex-grand rabbin de France, Joseph Sitruk, interpellent.