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Religion

La communauté juive américaine est-elle exceptionnelle ?

Le Prix Nobel de la paix, qui vit à New York et écrit en français, donne son point de vue à l’Arche.

Certes, cette communauté est la plus grande, la plus riche aussi en diaspora. Mais riche en quoi ? En possibilités ? En spiritualité aussi ?

Depuis 1956, j’y habite. D’abord en tant que correspondant d’un journal israélien, puis comme collaborateur du quotidien yiddish Forverts. Et ensuite comme écrivain et enseignant. Je connais donc bien cette communauté souvent vibrante, ses possibilités immenses mais aussi ses faiblesses, sinon ses souvenirs de faillites.

Dans le monde entier, on s’intéresse à sa « puissance » économique et politique. En dehors de l’État juif, la plus influente, la plus dynamique, la plus active de plusieurs continents. Pour les antisémites, nous serions partout et toujours à la tête. Nous dominerions Wall Street, l’immobilier, les médias et Washington. Exagération ? Bien sûr. Mais comme dit le dicton, « pourvu que ça dure ».

Cependant, cela n’est pas si simple. D’un côté, il n’y a jamais eu tant de juifs à la Cour suprême, ni dans l’administration, ni à la télévision. Et, naturellement, sur les listes des milliardaires. Peut-on dire aussi que le nombre croissant d’écoles juives, d’institutions juives, d’œuvres sociales juives et de yeshivot, devrait nous rendre fiers et optimistes ? Broadway et Hollywood seraient inconcevables sans ses vedettes juives. La littérature aussi. Et l’édition. Pour certains, la fierté est peut-être justifiée, l’optimisme non.

Toute proportion gardée, la communauté américaine est, à des niveaux différents, pareille à la française, et peut-être un peu plus.

Le facteur démographique d’un côté et le nombre de mariages mixtes de l’autre, inquiètent certains milieux. Comme ailleurs, en dehors d’Israël ? Sans doute. Cependant, « la vie juive » comme on l’appelle, ne cesse de rayonner. Comme partout sans doute, l’on peut trouver parmi nous des Justes et des lâches, des grands et des moins grands, des pieux et des mécréants, des pionniers et des renégats, des visionnaires et des hésitants.

Autrement dit : Toute proportion gardée, la communauté américaine est, à des niveaux différents, pareille à la française, et peut-être un peu plus. Nous avons les mêmes problèmes à résoudre, les mêmes soucis à partager, les mêmes défis à affronter, les mêmes accusations à dénoncer, les mêmes enfants à éduquer. Et l’antisémitisme ? me demandera-t-on. Qu’il y ait encore ça et là des antisémites, ouverts ou déguisés en antisionistes, cela ne fait pas de doute. Mais ils restent, de tous les points de vue, minoritaires. Ils sont actifs, et même bruyants (surtout les négationnistes), mais ils n’existent pas en mouvement organisé. En clair : le peuple américain, dans sa totalité, n’est pas ou n’est plus raciste ni anti-juif. Ici, l’on trouve normal qu’il y ait des juifs au Sénat et à la Chambre des représentants, et en général parmi les commentateurs politiques ou culturels, les ambassadeurs et les juges. Comme en France, des juifs participent, parfois comme dirigeants, au combat pour la justice sociale et pour les droits de l’homme.

Est-ce que cela a toujours été ainsi ? Non. Mais la communauté elle-même, elle aussi, avait été différente autrefois. Même plus faible, plus peureuse. Sûrement plus hésitante, sans imagination, timorée. Je me souviens que dans les années 60 et 70, c’était difficile et parfois décourageant pour des activistes comme nous d’organiser des manifestations de masse en faveur d’Israël et des juifs russes. Manque de leadership ? Oui, en ce temps-là, les dirigeants juifs ne se sentaient pas encore assez forts, assez sûrs d’eux-mêmes, pour confronter la Maison Blanche. Pareils à leurs prédécesseurs qui, durant les années 30 et 40, n’ont pas eu le courage moral et le souci juif de dire ce qu’il fallait dire à Franklin Roosevelt pour sauver leurs frères et sœurs en Europe occupée. Leurs successeurs ont-ils appris la leçon ? Oui, me dit-on. Je veux bien le croire. Aujourd’hui, la situation politique a changé. Des juifs ont accès au bureau ovale, et plus encore, aux dirigeants du Congrès. En période électorale, le vote juif compte, les contributions juives bien davantage.

Question : Lorsqu’il s’agit de défendre Israël, la survie juive et l’honneur juif, en Amérique et ailleurs, peut-on compter sur eux ? Je le souhaite et de tout mon cœur je l’espère.

L’espoir n’est-il pas le même partout ?