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Une soirée avec un poète engagé

En avant-première de l’exposition Allen Ginsberg et la Beat Generation, organisée par Jean-Jacques Lebel à Metz, Tourcoing, Rennes et Karlsruhe, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ) propose une soirée dédiée au grand poète juif américain le 14 février. Avec une lecture du poème Kaddish et une table ronde où participeront l’écrivain Jean-Jacques Lebel, le réalisateur et écrivain Alain Jaubert et l’écrivain Barry Miles.

Alain Jaubert revient sur l’engagement politique de Ginsberg, qui fut un des premiers militant de la paix entre Israéliens et Palestiniens.

L’Arche : Pourquoi organiser une soirée consacrée à Allen Ginsberg au MAHJ ?

Alain Jaubert : Ginsberg est un poète américain dans la lignée de Whitman. Juif, n’ayant pas renié ses racines, il s’est impliqué dans la résolution du conflit israélo-palestinien. On montrera comment cette grande figure de la contre-culture, a été traversée par différentes visions du conflit et de son évolution, soutenant tantôt plus un belligérant que l’autre.

À l’époque de la visite de Sadate à Jérusalem, il a soutenu dans ses poèmes les efforts de paix.

Ce qui est intéressant chez Ginsberg, c’est son élan politique constant. Il est allé à Cuba au moment où les homosexuels étaient persécutés. Il est allé à Prague, d’où il s’est fait expulser par le régime communiste alors qu’il avait été nommé par les poètes tchèques « Roi de mai ». Il a été aussi en Israël. Il a compris que le rôle des poètes était d’intervenir dans les conflits du monde, dans la mesure où il avait une certaine réputation. Ce n’est du tout quelqu’un de détaché dans l’éther de la poésie. Il faisait partie, avec William Burroughs des témoins lors du procès des « Sept de Chicago » en 1969. Il a été en tête de nombreuses manifestations pour les droits des noirs américains.

Vous allez présenter le Ginsberg politique lors de cette soirée ?

Ce dont on va principalement discuter, c’est le rapport de Ginsberg au conflit israélo-palestinien. Et cela risque d’être intéressant de voir les réactions du public aux différentes manières que le poète abordait ce conflit.

S’intéressait-il à d’autres sujets ?

Il était extrêmement curieux de tout. Passionné par Céline, il m’a demandé pendant des années de lui envoyer des textes de l’aut

eur. En même temps, il était copain avec des écrivains israéliens. Ce n’était pas du tout une position politique. Il était très curieux de toutes les tendances, même ce qui aurait pu paraître le plus ignoble.

Que pensez-vous que peut apporter la présentation d’une figure comme Allen Ginsberg aujourd’hui ?

L’idée est que nous avons tout, j’espère, qui est que depuis le temps que ça dure, il serait bien de trouver un minimum de terrain d’entente et des bases minimales culturelles sur lesquelles on peut s’entendre, afin que cela ne reste pas sans arrêt une moisson sanglante, d’année en année. Il l’a dit dans de nombreux poèmes. Cela le bouleversait beaucoup de voir qu’on pouvait se faire la guerre alors que l’on vivait sur les mêmes terres.

Lors de la soirée, il y aura une lecture par Arthur Nauzyciel du poème Kaddish, écrit à Paris, à la terrasse du café Select.

Personnellement, je trouve ce poème extraordinaire. De plus, s’il l’a intitulé Kaddish, c’est qu’il se revendiquait d’une culture précise. Il avait, en quelque sorte, abandonné le cadre communiste de sa mère, pour la remettre dans son cadre réel d’exilée juive d’Europe et de nouvelle américaine. C’est un poème nécessaire, important, un de ses plus beaux.

Vous préparez un livre avec Jean-Jacques Lebel sur Ginsberg ?

Il relate l’entretien qu’on avait fait avec lui en novembre 1990. Le livre sera publié par Gallimard en 2014. J’avais publié un premier livre avec lui en 1973, car j’appréciais l’honnêteté de son discours, évoquant librement sa vie, ses idées, sa sexualité. Aujourd’hui, cela paraît plus banal, car tous les romanciers sont passés aux aveux. A l’époque, c’était assez rare. Il était un des premiers écrivains américains à faire son coming out et à dire pourquoi. Ce qui intéressant aussi chez lui, c’est qu’il est revenu sur certaines positions, comme son apologie de la drogue. Il n’a jamais de position tranchée, définitive. C’est pour cela que le débat du MAHJ va être intéressant. Jean-Jacques m’a dit que cela ferait scandale car Ginsberg était pro-palestinien. Non, il n’est pas forcément pro-palestinien. Sa position est fluctuante et pas tranchée, surtout concernant ce conflit.

Lecture-rencontre autour d’Allen Ginsberg au MAHJ, le jeudi 14 février à 19h30. Réservations : 01.53018648

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