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Mai-Juin 2019

N° 676

Israël

Les Tcherkesses, les oubliés de Sotchi

Ce lundi matin, la communauté Tcherkesse d’Israël a souhaité attirer l’attention sur le génocide perpétré contre son peuple par les Russes. Cet épisode de l’histoire reste en effet encore peu connu du grand public. L’année 2014 marque les 150 ans de ce massacre, et les Tcherkesses considèrent comme un outrage la tenue des Jeux Olympiques à Sotchi, la ville qui fut jadis leur capitale. D’autant qu’à ce jour, Moscou ne reconnaît pas le génocide. Une centaine de Tcherkesses a ainsi protesté devant l’ambassade de Russie à Tel-Aviv.

Dès l’Antiquité, les Tcherkesses, également nommés Circassiens, vécurent dans les montagnes du Caucase. La localisation stratégique de leur territoire, barrière naturelle entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, engendra à travers les siècles la convoitise des empires voisins. Habiles cavaliers et guerriers téméraires, ils résistèrent aux différentes attaques, des Romains ou des Grecs, des Mongols, des Huns ou encore des Khazars. Au XIXème siècle, cette peuplade ne put toutefois tenir tête à l’armée du tsar Alexandre II. Trois à quatre millions de Tcherkesses vivaient alors dans le Caucase. Au cours de la guerre russo-circassienne, qui s’acheva en 1864, la moitié d’entre eux périt, l’autre fut chassée.

Quatre mille cinq cents Tcherkesses vivent aujourd’hui dans le nord d’Israël. A l’issue de la défaite contre les Russes, l’Empire Ottoman accueillit les Tcherkesses qui se présentèrent à ses frontières. Le sultanat imposa toutefois une condition : les réfugiés devraient embrasser l’islam. Les Caucasiens, de religion chrétienne, acceptèrent cette option plutôt que « de nourrir les poissons de la mer Noire », comme le citent quelques vieux Tcherkesses. Ils reçurent des terres à différents emplacements de l’Empire, dans des provinces aujourd’hui situées en Turquie, en Israël, en Jordanie et en Syrie.

Les Tcherkesses israéliens ne sont pas les seuls à saisir l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver afin de lever le silence sur la tragédie de leur histoire. D’autres protestations ont été organisées en Turquie, ou vivent environ deux millions de leurs pairs (un chiffre demeurant difficile à estimer précisément, nombre d’entre eux s’étant fondus dans la population locale du fait des discriminations, dans la république d’Atatürk, contre les citoyens d’origine non turque), mais aussi en Europe ou aux Etats-Unis, où de petites communautés existent.

A Tel-Aviv, garçons et filles de tous âges, certains vêtus des costumes traditionnels tcherkesses, ont défilé avec des banderoles sur lesquelles on pouvait notamment lire : « Sotchi, la terre du génocide ». Les slogans : « Réveille-toi, planète, les Tcherkesses ne demeureront plus silencieux », ou bien « Libérer la Circassie » ont retenti en hébreu, en anglais et dans leur langue originelle, l’adyguéen.

Les Tcherkesses, qui habitent les villages galiléens de Kfar Kama et de Rehaniya, forment une minorité ethnique parfaitement intégrée dans le quotidien israélien. Dès leur arrivée en Palestine, les Tcherkesses trouvèrent un terrain d’entente avec les pionniers juifs, fraîchement débarqués de Russie. Outre les similarités dans l’histoire et le langage qui rapprochèrent les deux populations, les Juifs surent faire bon usage de l’art des Caucasiens ; ils les embauchèrent comme gardes pour les défendre contre les agressions arabes locales. Encore aujourd’hui, les Tcherkesses se distinguent au sein de Tsahal en tant qu’officiers, et nombre de ces brillantes recrues effectuent leur service dans l’armée de l’air ou les unités d’élite.

Leur adaptation à la culture environnante ne les a pas empêché de continuer à vivre selon leurs coutumes. L’adyguéen est enseigné dans leurs écoles, et, lors du festival annuel à Rehaniya, des représentants Tcherkesses de Jordanie et de Turquie se joignent à la communauté pour dévoiler toute la grâce des danses traditionnelles. Ces Caucasiens, réputés pour leur beauté, sont également restés de grands romantiques. C’est ainsi que, si un couple de parents feint de s’opposer à l’union entre leur fille et l’élu de son cœur, l’aimé kidnappe la demoiselle. Le jeune homme défie alors de ne la rendre à son foyer que si les parents acceptent le mariage. Une condition à laquelle ils se soumettent, assurément.

Proches de leurs racines en dépit de leur exil, les Tcherkesses désirent que la lumière soit faite sur la tragédie de leur histoire.