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Cinéma

Quelque part au-dessus des paillettes

Cupcakes d’Eytan Fox

Et ça crie, et ça crie : « Rendez-le nous ! ». Rendez-nous ce kitsch attendrissant qui nous permet de faire tomber tous les popcorns un à un devant le téléviseur en voyant l’Eurovision. Des pays qui se saluaient en tenues volées à la garde-robe de Dalida et Mike Brant. Des générations se succédaient pour prier un soir par an afin de se faire pardonner de regarder une telle insulte à la chanson et au bon goût. Avec la seule consolation culturelle d’apprendre à dire « bonjour » et « 1 point » en dix langues dont on ne se servira jamais et qu’on oubliera aussi vite que le vainqueur. Jouissance ultime des control freaks qui milimètrent chaque apparence télévisuelle d’un chanteur, chaque flottement de drapeaux dans la foule. Pas de débat donc entre culture / nature puisque les deux dorment depuis le début du générique de l’émission. Mais aujourd’hui, même les pop-corns se noient dans ce spectacle sirupeux.

Eytan Fox réussit avec Cupcakes, une fois de plus, à nous faire aimer les différentes facettes d’Israël. A nous emmener dans sa représentation en forme de boîte de Quality street du pays, si éloignée de son dernier film, le très mélancolique Yossi. Dans Cupcakes, le rainbow flag est porté par tous ceux qui le composent. Chaque voisin qui cultive ses petites différences mais dont la porte est moins loin que son costume diurne pourrait le laisser entendre. Au coup de blues d’Anat, ses voisins répondent par quelques mots et une guitare. Ofer selfyse le groupe avec son téléphone et sur la recommandation de son petit ami, envoie le film dans l’espoir de représenter Israël à l’Universong. Entre traversées amoureuses compliquées et bilans de compétences, les personnages investissent dans un petit moment qui changera leur destinée. Probablement pas musicalement parlant, mais dans les choix d’une vie et les désirs qu’on apprend à exprimer et à faire accepter.

cupcakes

En 1977, lorsque le Maccabi Tel Aviv avait gagné son premier championnat d’Europe de basket, le joueur emblématique Tal Brody déclara : « Nous sommes enfin sur la carte du monde. » L’existence d’Israël ne se limitait plus aux débats politiques et conflits territoriaux. Le pays se fait connaître pour autre chose. L’année suivante, lors de la signature des accords de paix avec l’Egypte, Israël remporte deux fois de suite l’Eurovision. Encore quelques lumières sur le globe. Vingt ans plus tard, Israël récidive et prouve non seulement sa capacité à être aussi kitsch que les autres, mais aussi l’évolution socio-culturelle du pays. Toute vêtue de Jean-Paul Gaultier, Dana International remporte le concours et accompagne le mouvement d’émancipation présent dans le pays.

Les acteurs de Cupcakes (Anat Waxman, Dana Ivgy, Ofer Shechter, Keren Berger, Efrat Dor et Yael Bar-Zohar) sont brillants et les personnages dansent ensemble autour de leurs différences. Une boulangère abandonnée par son mari, une conseillère politique qui oublie de vivre, une rockeuse underground trop à l’abri de la célébrité, un ancien mannequin devenue avocate par dépit, une blogueuse dont la seule chaleur humaine ressentie est celle de son laptop posé sur ses cuisses et un professeur qui apprend à ses élèves plus de Polnareff que de maths partent pour ce voyage parisien avec leur chanson dans une boite à destin. Eytan Fox, dont les mauvaises langues se demandaient s’il était plus américain qu’israélien provoque encore plus de problèmes d’étiquetage pour les friands du genre par sa belle manière de voir Paris dans son kaléidoscope en couleurs. L’objectif de la caméra rangé derrière les lunettes de Polnareff et on se met à apprécier ce petit moment de bonheur comme on l’a fait pour Le Premier jour du reste de ta vie et Tout ce qui brille, avec à la clef aussi une chanson entraînante. En bonus, le rôle de beauf joué par l’immense Lior Ashkenazi et Edouard Baer qui interprète magistralement le rôle d’Edouard Baer.

Cupcakes, d’Eytan Fox. Sortie le 11 juin.