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Cinéma

Chibidim, chibidom

À Berck plage, la musique des retrouvailles de trois femmes sorties des camps.

Des chansons du présent et du passé lointain pour oublier ce qui demeurera toujours trop proche. De Berck plage aux shtetls, trois rescapées d’Auschwitz tentent de se venger de leurs bourreaux : en vivant. Et en célébrant cette vie dont le quotidien retrouvera la force d’être vécu après chaque

retrouvailles estivale. Jean-Jacques Zilbermann développe un sujet qu’il commença à traiter il y a de cela vingt ans dans le cadre du documentaire Irène et ses sœurs. Sa mère et ses deux sœurs d’armes se sont battues pour survivre à Auschwitz, avec cette promesse qui leur a permis de tenir : se revoir.

Quinze après la libération du camp et son retour à Paris où elle reconstruit sa vie avec Henri (Hippolyte Girardot) l’amour de son enfance, d’avant la maturité accélérée et de nombreuses publications d’annonces de recherche dans la presse yiddish, Hélène (Julie Depardieu) donne rendez-vous à Lilli (Johanna ter Steege) à Berck. Ce lieu où elle passait ses vacances d’été. Lilli, qui habite aux Pays-Bas lui fait la surprise d’emmener Rose (Suzanne Clément) qu’Hélène croyait morte, dans ses bagages. Et Berck devient le lieu où tout peut recommencer, retrouver des chemins et des sensations oubliées ou sacrifiées.

Comment ne pas penser à son premier long-métrage Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ? Ce film qui raconte aussi cette époque, où la petite famille vit dans ces logements de briques que l’on retrouve le long de la ceinture ouvrière de Paris, mangée depuis longtemps par le périphérique. Des briques rouges comme l’espoir que suscitait le grand soir qui devait libérer le prolétariat de toutes les chaînes du monde. À l’époque, l’engagement à gauche et même très à gauche de nombreux juifs de France était une évidence. Un message humaniste, une promesse du « Never again ».

Petite nuance entre les deux films : le cri de « Vive de Gaulle » peut vous rapporter une gifle dans l’un et la récupération de votre pantalon dans l’autre. Et aussi la place que peut y prendre une paire de godasses. Trop de place dans un magasin que personne ne fréquente et qui conduit à la ruine dans On n’a pas et l’élément indispensable qui permet de se sauver dans A la vie. Des godasses aux pieds, c’est en voyant celles que lui a mis Henri Neveux (Jean Gabin), celui qui l’a élevé mais qui n’est pas son géniteur, que Fernand Neveux (Roger Dumas) reconnaîtra son père devant le juge qui s’apprête à le séparer de lui dans Rue des Prairies. Diane Kurys et Jean-Jacques Zilbermann réussissent dans leurs œuvres respectives à rendre hommage à leur mère, à ces femmes courageuses, mais aussi à ces hommes dont ils apprendront à prendre la discrétion pour un signe de dignité plus que de distance. Avec en fil rouge encore et toujours ces musiques, russes le jour et yiddish la nuit, perturbant ceux qui encouragent le divorce entre les mondes font le lit de leurs feux de rampe. Chibidim, chibidom, une musique qu’on ne retrouve plus que dans la plus belle cave de la rue des Canettes, est chantée en guise de berceuse par les trois femmes d’A la vie, un film qui heureusement n’est pas resté qu’un home movie.

A la vie. Actuellement en salles.