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Antisémitisme

Amalgamez, amalgamez, il en restera toujours quelque chose !

D’une indignation sélective et d’une notion abondamment utilisée.

Depuis les événements tragiques (qu’il faut bien appeler par leur nom : des massacres) survenus en France ces derniers jours au siège de Charlie Hebdo et au supermarché casher de Vincennes, on entend beaucoup de discours, d’hommages, de reportages pour tenter de comprendre comment notre pays avait pu en arriver là, à cette violence, à ces crimes.

Cependant, les corps des dix-sept victimes n’étaient pas encore froids que déjà, des voix s’élevaient pour dire leur désaccord, gâchant ainsi ce bel élan républicain que la France n’avait pas connu depuis la Libération. Ce désaccord s’est traduit de diverses manières : minute de silence non respectée, transformation des assassins en héros sur les réseaux sociaux. Même si ce genre de réactions était prévisible, tout comme les manifestations « anti-Charlie » dans certains pays arabo-musulmans, il nous faut revenir sur une notion abondamment utilisée : l’amalgame.

Dans les différents journaux télévisés, dès qu’un attentat d’origine islamiste est perpétré, on nous met en garde d’emblée : « Surtout, pas d’amalgame avec les musulmans de France qui vivent leur religion dans le calme et le respect d’autrui. » Ils ont raison bien sûr. Les Français d’origine maghrébine (et non pas les musulmans, terme impropre car tous ne sont pas pratiquants), n’aspirent qu’à vivre en paix pour une très large majorité d’entre eux et ne sont bien entendu pas des tueurs en puissance. Nous savons ici, comme on nous le rappelle à chaque fois, que les musulmans sont les premières victimes des islamistes radicaux de par le monde. C’est la réalité mais fort heureusement, pas en France. Car les actes qui ont eu lieu récemment se sont passés dans notre démocratie (républicaine et laïque).

Les victimes françaises d’origine maghrébine qui sont tombées sous les balles des assassins djihadistes sont au nombre de trois depuis 2012 : le militaire de Montauban, le correcteur de Charlie Hebdo et le policier qui se trouvait dans la rue à l’extérieur. Si ces deux derniers se trouvaient là « par hasard » et n’étaient pas visés par les tueurs parce que d’origine musulmane, le premier a été tué parce que considéré comme traître (il servait les intérêts de la France contre le djihad).

Pas d’amalgame donc. Et loin de nous l’idée de penser que cette « Pervenche » qui a refusé de se recueillir le lendemain de la tuerie à CH (et qui s’était radicalisée ces derniers temps, se présentant à son travail voilée) cherchait ainsi à cautionner les crimes des frères Kouachi. Disons à sa décharge qu’elle s’était sentie offensée par les caricatures de Mahomet parues dans l’hebdomadaire et ne souhaitait donc pas s’associer à l’hommage.

Il en est « un » (suivez mon regard) qui a bien compris la leçon et s’est bien gardé de faire l’amalgame entre la tuerie de Charlie Hebdo et celle d’Hypercacher : en se rebaptisant « Charlie Coulibaly », il a bien fait la différence entre les dessinateurs avec lesquels il serait plutôt solidaire (quoique…) et les victimes juives du supermarché. Comment se nommait l’assassin de la porte de Vincennes, celui qui s’est rendu là où il pensait « trouver des juifs » selon ses propres termes ? Il ne s’agit pas ici « d’apologie du terrorisme » mais plutôt d’apologie des crimes contre les juifs car dans ce « cri du cœur », il fallait être bien naïf pour ne pas lire entre les lignes.

Ceux qui comparent la liberté d’expression des dessinateurs de Charlie Hebdo à celle de « l’humoriste » et pour laquelle il y aurait deux poids deux mesures sont des falsificateurs de bonne ou de mauvaise foi. Ils disent en effet qu’ils ne voient pas la différence entre « se moquer du Prophète » et « se moquer de la Shoah ». Se moquer de la Shoah ? D’autres humoristes l’ont fait bien avant lui, et avec talent : Pierre Desproges, Gaspard Proust pour ne citer qu’eux se « moquaient de la Shoah » mais ne la niaient pas. Il ne faut donc pas faire d’amalgame entre les uns et l’autre, celui qui nourrit à l’égard des juifs une haine pathologique et lance à son public (dont la complaisance pourrait paraître suspecte) de gros clins d’œil lorsqu’il évoque la destruction des juifs d’Europe pour montrer qu’il n’est pas dupe, qu’on ne la lui fait pas. Je suis étonnée d’ailleurs que des personnalités du monde du spectacle l’aient défendu bec et ongles jusqu’à récemment. Ceux-là pensent peut-être (à tort) qu’il « défend la cause des Noirs » et serait ainsi à exonérer de tout au nom de la liberté d’expression citée plus haut.

Mais ce qui ressort de tout ce déferlement d’avis et d’interventions de tous genres lus et entendus dans tous les médias, c’est que les premiers à demander instamment de ne pas faire d’amalgame entre les Français d’origine maghrébine et les djihadistes sont les mêmes qui « amalgament » à tour de bras dès qu’il s’agit des victimes françaises d’origine juive. Amalgame entre les crimes (de Toulouse, de Bruxelles, de Vincennes) et le conflit israélo-palestinien qui a décidément bon dos. Et lorsque des responsables ou ex-responsables politiques, journalistes et autres commentateurs de l’actualité expliquent (excusent ?) les assassinats de citoyens français d’origine juive par « l’importation du conflit du Proche-Orient », ils se rendent au mieux irresponsables au pire coupables, voire complices.

Quel est le message qu’ils veulent faire passer à ceux qui les écoutent ?

1. Les Français juifs pratiquants (ceux qu’on peut retrouver dans des écoles confessionnelles ou des supermarchés casher) sont des traîtres à la patrie car ils sont prêts à abandonner leur pays pour Israël dès qu’ils sont menacés

2. Les Français juifs pratiquants sont tous des sionistes en puissance puisqu’ils affirment leur attachement indéfectible à Israël

3. Attention, ces victimes juives sont « visibles » puisque pratiquants. Que tous les autres (les juifs « assimilés », ceux qui ne vont à la synagogue que le jour du Yom Kippour, ceux qui sont athées, voire pro-palestiniens) se rassurent. Ils pourront continuer à vivre en paix en France.

Non, Mohamed Merah et Amedy Coulibaly n’étaient ni des loups solitaires, ni des hérauts de la Palestine. Ils ont tué des citoyens français tout simplement parce que ceux-ci étaient juifs. Si certains « jeunes issus de l’immigration », excités par les informations télévisées couvrant le conflit voulaient « casser du juif » en « représailles », ceux qui sont allés s’aguerrir au Yémen ou en Syrie n’ont eu de cesse de mettre en pratique l’un des articles de la charte du Hamas adoptée le 18 août 1988 : « Les pierres et les arbres diront : “Oh ! Musulmans, Oh ! Abdulla, il y a un Juif derrière moi. Viens et tue-le.” »

On constate avec amertume que cette mobilisation sans précédent du dimanche 11 janvier 2015 à laquelle étaient associées toutes les victimes (journalistes de Charlie Hebdo, policiers et juifs), est en fait un leurre. En effet, qu’en aurait-il été si l’attentat n’avait visé que le magasin casher ? Les marcheurs du dimanche 11 janvier ont associé les victimes juives à l’émotion suscitée par celles de Charlie Hebdo puisque les crimes étaient liés mais combien étaient-ils après l’attentat de Toulouse ?

Si le fanatique djihadiste a bien été identifié, il en est un autre plus pernicieux qui peut pervertir les esprits : l’amalgame entre les victimes juives et le conflit proche-oriental. Le combat à mener pour les Français de toutes confessions ou origines est de dénoncer l’un comme l’autre. D’urgence…