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Sorties

Lorenzaccio mis en scène par Gérald Garutti

« Il a rajouté des trucs, Garutti ! » C’est la phrase principale que l’on entendait à la sortie du théâtre, prononcée par des spectateurs éblouis par la beauté et la force de la pièce. Lorenzaccio, d’Alfred de Musset, est un drame romantique se déroulant à Florence en 1537. Pourtant la pièce répond à des questions bien françaises de l’après 1830. Trois ans après l’échec de cette révolution, Musset questionne le pouvoir, sa volonté de l’obtenir par la force ou les stratagèmes, le désir de le renforcer pour des causes plus ou moins nobles et le courage de penser et d’organiser le lendemain de la Cité.
Gérald Garutti, le metteur en scène de Richard III, Haïm – à la lumière d’un violon, Notes From Undergound… n’a rien ajouté au texte de Musset. Lequel est d’une grande modernité et offre des clés de compréhension à nos doutes grandissants vis-à-vis des autorités politiques, économiques, religieuses et sociales. Suite à une présentation d’Olivier Meyer, le directeur du Théâtre de Suresnes, Garutti résume la volonté qui est la sienne avec cette adaptation : méditer sur les concepts de « république » et de « liberté ».
Car adaptation il y a. Pas par les mots, mais par les costumes contemporains, les draps qui recouvrent les statues qui contemplent en Italie les prétentions humaines et qui servent de transition aux corps et intriguent qui se découvrent. Florence, du haut de sa grandeur, avec ces intérêts difficilement conjugables tournoie autour de l’hédonisme des uns et de la misère des autres. Lorenzaccio, le Médicis déchu, ne semble avoir la confiance que de son cousin despote, à qui il rendra cette confiance de manière inattendue, surtout pour ceux qu’il est supposé galvaniser par un geste devant annoncer le Grand soir.
Une trentaine de comédiens foulent la scène, tournoient et surgissent de chaque entrée du théâtre. Trois heures de présences scéniques imposantes, où le charisme des comédiens tutoie comme il se doit un texte riche. Quel est le pouvoir des hommes face à la barbarie, l’indifférence et la marchandisation ? Comment refonder des sociétés ou au moins des utopies qui nous en donnerons la force ? En ce climat post-11 janvier, cette pièce nous est d’autant plus importante pour comprendre les dangers qui se présentent à une humanité découragée.

Prochaine représentations :
Théâtre Jean Vilar de Suresnes les 7 et 8 mars
La Criée à Marseilles du 2 au 4 avril