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Israël

Elections israéliennes

Demain, mardi 17 mars, les Israéliens se rendront aux urnes pour élire leur premier ministre. D’après les tout derniers sondages, l’Union sioniste de centre-gauche menée par Itzhak Herzog et Tsipi Livni est créditée de 25 mandats et le Likoud, de 21 seulement. Mais rien n’est encore joué. Itzhak Herzog est un vieux routier de la politique israélienne. Mais saura-t-il s’imposer face à Benyamin Netanyahou qui, après son fameux discours devant le Congrès américain, fait figure d’« homme fort » ? La « Liste arabe unie » dirigée par Ayman Odeh obtiendra-t-elle les 13 mandats qui lui permettront de changer le jeu politique ? Yaïr Lapid, leader de Yesh Atid auquel les sondages donnent le même score, recueillera-t-il les voix des classes moyennes qui avaient assuré son succès lors des dernières élections ? Ou bien sera-t-il privé d’une partie d’entre elles au profit de Koulanou, le nouveau parti de centre-droit que Moshé Kahlon a formé après avoir quitté le Likoud ? Et qu’en sera-t-il de « Habayit ha yehoudi », le parti sioniste-religieux de Naftali Bennett qui devrait aussi obtenir 13 mandats ? D’autres inconnues subsistent : qu’adviendra-t-il du parti religieux Shass après la scission entre ses deux leaders, Arié Dery et Eli Yishai qui a fondé, à l’extrême-droite, le parti Yahad  ? Quel sera le sort de Meretz qui représente l’extrême-gauche sioniste et d’Israel Beiténou, le parti d’Avigdor Lieberman qui ne devraient recevoir que 5 ou 6 sièges ?

Alors que le compte à rebours a déjà commencé, un événement fait les titres de la presse israélienne : sachant qu’il ne pourra pas être réélu sans les voix de Koulanou, Netanyahou a promis à Kahlon le poste de ministre des Finances en cas de victoire du Likoud. Kahlon a décliné l’offre en déclarant qu’il ne roule ni pour le Likoud, ni pour l’Union sioniste, tout en n’excluant pas de coopérer avec le parti qui gagnera les élections. Ce nouvel épisode fait ressortir ce qui caractérise la campagne électorale actuelle : l’accent mis sur la question sociale qui préoccupe tant d’Israéliens confrontés à la cherté du coût de la vie et à la crise du logement. Les classes moyennes qui sont descendues dans la rue par centaines de milliers lors de la protestation sociale de l’été 2011 estiment que les promesses de réformes faites alors par le gouvernement ont loin d’avoir été tenues. Malgré une croissance économique remarquable et un taux de chômage relativement bas, 1.800.000 israéliens vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté.

Le virage de dernière minute de Netanyahou vers la question sociale n’est donc pas accidentel. Dans l’Israël d’aujourd’hui, aucun parti politique ne peut se permettre de négliger les problèmes économiques et sociaux, ainsi que celui de l’égalité des chances en matière d’éducation et de santé publique. C’est ce que confirment les messages délivrés dans les derniers clips de campagne. C’est aussi ce qu’ont bien compris les leaders des différents partis, y compris Naftali Bennett et Avigdor Lieberman qui, comme Netanyahou, mettent plutôt l’accent sur les questions sécuritaires.

Les réformes économiques et sociales dont Koulanou a fait le thème exclusif de sa campagne servent donc de dénominateur commun à tous les partis. C’est sur lui que « surfent » aussi bien des partis religieux comme Shass et Yahadout haTorah que la « Liste arabe unie » dont l’émergence est un fait marquant de cette campagne. Dans un pays où les Arabes représentent 20 pour cent de la population, les partis arabes se sont unis pour obtenir un maximum de voix aux élections. L’alliance entre des tendances aussi opposées que le mouvement islamique, le « mouvement arabe pour le renouveau », le parti nationaliste Balad et le parti communiste Hadash pourrait faire de la « Liste arabe unie » la troisième force politique du pays.

Les électeurs israéliens donneront-ils cette fois leurs voix aux partis qui réclament des réformes socio-économiques ? Réserveront-ils plutôt leur suffrage à ceux qui donnent priorité à la lutte contre la menace nucléaire iranienne ou au règlement du conflit israélo-palestinien ? Sans compter tous ceux qui considèrent que le social et le sécuritaire sont indissociables. Le suspens prendra fin à l’issue du scrutin, demain à 22 heures.