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Mesure de nos jours

Claude-Alice Peyrottes est présidente de l’association Les amis de Charlotte Delbo. L’historienne Annette Wieviorka dira que l’écriture de Charlotte Delbo côtoie celle d’Imre Kertèsz et de Primo Levi.

Membre en 1932 des Jeunesses communistes, Charlotte Delbo épouse Georges Dudach, rédacteur des Cahiers de la jeunesse, devient secrétaire de Louis Jouvet. Elle vit à Paris avec son mari, engagé dans la Résistance, ils sont arrêtés le 2 mars 1942 par les Brigades spéciales de la police française. Conduits à la Santé, Georges est fusillé au Mont Valérien, il a 28 ans. Charlotte se retrouve en 1943 dans le wagon de marchandises qui l’emmène, avec 230 femmes, à Auschwitz. Plus tard envoyée à Ravensbruck, elle est libérée en 1945 et écrit Aucun de nous ne reviendra publié vingt ans plus tard. Elle ne cessera jusqu’à sa mort de publier et d’écrire sur ce qu’elle a vécu et vu. Elle rend compte de témoignages singuliers de femmes témoins de ce que l’on faisait aux juifs, femmes solidaires revenues à 49, qui ont traversé l’enfer et gardé humour et soif de vie.
«Charlotte Delbo conservait son regard de libre penseuse, indépendante, continuant son combat d’avant-guerre de résistante anti-fasciste. Son œuvre fait partie de celles qu’il ne faut jamais cesser de faire connaître. Je l’ai moi-même découverte en 1993 et j’en ai été bouleversée. Nous avons créé le 3 février 1995, avec Patrick Michaelis, un événement public et national, lecture de la trilogie Auschwitz et après, à partir d’un autre livre moins connu, Le convoi du 24 janvier, biographie des 230 femmes du convoi. J’étais hantée par cette histoire que je connaissais, comme tous ceux de ma génération, par l’école. Ce qui nous a frappé dans ces textes, à part son contenu, c’est sa forme, fragmentée, théâtrale, faite pour être dite. Il faut se souvenir qu’elle a travaillé longtemps avec Louis Jouvet ; il y a un lien très fort du théâtre avec les textes de Charlotte Delbo.»
Avec la compagnie Bagages de sable, titre d’un roman d’Anna Langfus lui-même tiré d’un poème d’André Breton : « Et tu arriveras seule sur cette plage où une étoile descendra sur tes bagages de sable », Claude-Alice Peyrottes , passionnée de Charlotte Delbo, n’a jamais cessé de travailler sur ses textes. Le photographe Eric Schwab, qui a fait des photos de l’ouverture des camps avec le journaliste Meyer Levine, et qui était devenu un grand ami de Charlotte Delbo, alors à l’ONU, lui déclarait : « Je te fais juive d’honneur ». « Le fait qu’elle n’était pas juive donne une force particulière à son témoignage sur le sort des Juifs, plus horrible encore que le sort des autres prisonniers. »
Le spectacle est une suite de monologues avec cinq comédiennes et Claude-Alice dans le rôle de l’écrivain, dans un cadre sobre – six chaises, un banc, un portant, une petite table. La musique, des sonates de Bach, légères, accompagnent le spectacle d’une grande vitalité, sans pathos, où l’humour est présent malgré le tragique. Elle cite des noms d’Ida Grynszpan, déportée à 14 ans, de Poupette, 15 ans…
Claude-Alice Peyrottes, comédienne, metteuse en scène, réalisatrice de documentaires dont Histoire du convoi du 24 janvier 1943 – Auschwitz-Birkenau, écrit : « Quand il s’agit de prêter sa voix aux mots qui disent l’horreur, l’humiliation de ceux qui peuvent encore aujourd’hui en témoigner, l’enjeu dépasse le jeu… Les comédiens dépassent les passeurs… ».

Théâtre de l’Epée-de-Bois, Cartoucherie de Vincennes, Tél.: 01 48 08 39 74. Jusqu’au 22 mars.