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Cinéma

Tinghir Jérusalem… la suite !

Ceux d’entre vous qui ont vu et aimé Tinghir Jérusalem – les échos du mellah seront ravis d’apprendre qu’une suite se prépare grâce à une campagne de financement participatif ! Ce film explorera le désir d’artistes juifs et musulmans de retisser des liens à travers l’art. Venus de plusieurs pays, ces artistes rendent à leur Maroc natal ses couleurs multiples. Rencontre avec le réalisateur Kamal Hachkar.

L’Arche : Vous revenez d’une tournée américaine, comment ce public a-t-il accueilli le film ? Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

Kamal Hachkar : Effectivement, je viens de recevoir un Pomegranate award à New York pour mon action en faveur du dialogue des cultures et pour mon travail autour des identités plurielles marocaines. Mon film avait été montré en première mondiale à NY il y a trois ans. Partout où j’ai pu montrer le film, l’accueil a été enthousiaste, les questions du public toujours pertinentes. D’ailleurs, ils ignorent très souvent cette histoire de la coexistence entre juifs et musulmans marocains berbères. Cette histoire est universelle, les thématiques de la perte, de l’absence touchent tout le monde aujourd’hui. J’ai fait le tour du monde avec Tinghir Jérusalem et j’ai reçu de nombreux prix. Il était fondamental de sortir de l’oubli nos histoires communes.

Est-il vrai qu’il est enseigné dans les universités ?

Depuis un peu plus d’un an, j’ai un distributeur américain, Icarus film, basé à NY… Et, les départements d’anthropologie, des Maghreb ou African studies mais aussi les départements Middle East studies ont acquis le film. Des chercheurs ont écrit des notes scientifiques sur Tinghir Jérusalem. Je ne m’attendais pas à cela et j’en suis très content car je viens de ce milieu de chercheurs professeurs aussi. Je suis d’abord un intellectuel et si je suis passé au documentaire, car j’avais envie de toucher le maximum de personnes et pas seulement les élites. Des étudiants marocains ont écrit des masters sur la réception de mon film au Maroc. Le musée Beth Hatfutsot de la diaspora à Tel Aviv a intégré mon film dans ces archives. C’est une jolie récompense du travail difficile que nous avons mené pour faire émerger une histoire méconnue de cette vie ensemble entre juifs et musulmans amazigh marocains

Vous préparez actuellement une suite. Où va-t-elle nous faire voyager dans la géographie et dans l’histoire ?

Mon second film, dont le titre provisoire est Retour au Pays Natal, est le portrait de la troisième génération d’artistes juifs et musulmans qui continuent de perpétuer cet héritage du Maroc pluriel à travers l’art. En ces temps de replis communautaires, il est utile de rappeler l’importance de nos identités hybrides, multiples et complexes. Ces artistes sont des corps politiques en puissance qui défient les dissensions, qui complexifient les appartenances identitaires. Ils sont juifs, arabes, berbères, musulmans, américains, canadiens, français, israéliens mais ce qui les unit est leur marocanité profonde. Faisons revivre ensemble ces quelques fragments, recréons ces liens entre les nouvelles générations juives et musulmanes. Faisons connaître ces moments de territoires en partage au plus grand nombre, au-delà des clichés pour un jour aspirer « à de nouvelles Andalousies recommencées ».

Vous lancez une campagne de financement participatif ? 

Nous avons lancé cette campagne via le site participatif Kickstarter, chaque don est important. Cela nous permettra de financer une partie des deux premières étapes de tournage. Nous avons terminé l’étape 1 à Gibraltar et là nous préparons l’étape 2 : un road movie avec deux de mes protagonistes du film, deux artistes de Jérusalem en quête de leur racine et à la rencontre de juifs et musulmans vivant au Maroc et perpétuant cette idée du Maroc pluriel. Je compte sur vous.

Quels sont les autres soutiens dont vous bénéficiez ?

Je suis soutenu déjà par la fondation Hassan II qui avait soutenu mon premier film, la Province de Tinghir et nous attendons les réponses d’autres soutiens. Bien entendu, nous avons l’intention de déposer le projet au CNC, aux chaînes de télévision intéressées… Permettez-nous de donner à voir et à entendre aussi ces territoires en partage. Bien sûr, il ne faut pas nier la montée des extrémismes, du racisme et de l’antisémitisme. Pour moi, le meilleur moyen de combattre ces fléaux, c’est de montrer aussi ces personnes qui au quotidien travaillent à tisser des liens de convivialités.

Pour aider au financement du film, cliquez sur un de ces deux liens :

Kickstarter

Atadamone