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L’Opéra Garnier résiste au boycott avec la Batsheva Dance Company

du Mardi 05 Janvier 2016 au Samedi 9 Janvier 2016

Il y a 140 ans, le 5 janvier 1875, était inauguré l’Opéra Garnier à Paris. Ce 5 janvier 2016 avait lieu la première de la Batsheva Dance Company, la célèbre troupe de danse israélienne, en ce même lieu. Elle aura été reçue dans notre capitale par un comité d’accueil d’un genre particulier : une manifestation anti-israélienne, à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment. Le rassemblement, intitulé « On ne danse pas avec l’Apartheid » pour dénoncer « la scandaleuse invitation faite à la troupe israélienne Batsheva », s’est déroulée alors que la France, en état d’urgence, commémorait avec peine ses victimes du terrorisme, l’ayant frappée avec une ampleur inédite en 2015.

La manifestation s’est tenue à la fois devant l’édifice de l’Opéra de Paris et des militants ont également réussi à déployer (brièvement) des drapeaux palestiniens dans la salle de représentation. A l’extérieur, les militants scandaient « Israël assassin, Opéra complice », « la Palestine aux Palestiniens », « Palestine vivra, Palestine vaincra ». Quelques jours plus tard, le samedi 9 janvier, alors que se poursuivaient les hommages aux victimes, notamment la cérémonie en mémoire des attentats antisémites de l’Hyper Cacher de Vincennes, un autre rassemblement, toujours  à l’appel de plusieurs organisations antisionistes, s’est tenu sur la place de l’Opéra lors de la dernière représentation de la compagnie, au cours duquel ont été scandés les noms de terroristes palestiniens.

 

du Mardi 05 Janvier 2016 au Samedi 9 Janvier 2016

Par un courrier rendu public, le CRIF a interpellé le Premier ministre Manuel Valls ainsi que le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, et d’autres associations, notamment l’UEJF, ont dénoncé ces agissements, qualifiés “ d’apologie du terrorisme”, “encourageant de nouveaux attentats terroristes et antisémites dans Paris”.

Ces démonstrations de haine n’auront cependant pas réussi à rompre l’enthousiasme de la troupe, ovationnée par une salle comble.

« Bellus » (beau), « Humus » (terre), « Secus » (autrement) : les trois tableaux du ballet Three, porté par le groupe à l’énergie communicative d’Ohad Naharin, le chorégraphe vedette israélien, auront permis pour la première fois au public de l’Opéra national de Paris de découvrir la virtuosité et l’unicité du talent de ce chef de file incontesté de la danse contemporaine israélienne. Une danse sous tension, même au gré des variations Goldberg de Bach, une danse de dépassement des limites de soi, parfois presque animale.

La venue de la compagnie, qui compte parmi les plus demandées au monde, dans une cité, est toujours un événement. Fondée en 1964 par Martha Graham avec le soutien de la baronne Batsheva de Rothschild, la Batsheva Dance Company, première compagnie de danse moderne israélienne, aura marqué l’histoire de la danse israélienne, cet art national, en re-connectant cette dernière avec les autres mouvements artistiques mondiaux, à partir de 1956, avec l’arrivée de Martha Graham sur le sol israelien. Dirigée depuis 1990 par Ohad Naharin, elle ne cesse de se renouveler. Pour lui “c’est l’anti-conservatisme de Tel Aviv qui insuffle un esprit de liberté à la danse, il n’y a pas de tradition classique ici, pas de courant à perpétuer, tout est à inventer !”

 

du Mardi 05 Janvier 2016 au Samedi 9 Janvier 2016

Et il ne s’en prive pas, avec humour, provocation, mais une technicité, une fluidité, et une précision impressionnantes. Une représentation de la Batsheva Dance Compagny est une véritable expérience, intense, hypnotique : une succession à couper le souffle d’intentions ordinaires sublimées à outrance, de saynètes du quotidien magnifié, donnant juste l’envie de rejoindre sur scène les danseurs, manifestement heureux, et d’oublier la laideur de ce qui pourrait se dérouler dehors. L’Opéra est une zone libre, désormais protégée par un imposant dispositif de sécurité, mais libre. Et elle doit le rester, en beauté.

Le soir même, porte de Vincennes, dans son discours, le Premier ministre déclarait en écho : “L’antisémitisme est là, dans cette détestation compulsive de l’Etat d’Israël. Comment pouvons nous accepter qu’il y ait des campagnes de boycott ?  Comment pouvons-nous accepter que face à l’Opéra de Paris, il y ait ces manifestations pour qu’on interdise des ballets d’Israël? Que dans le pays de la liberté, dans ce pays des valeurs universelles, on cherche à nier la culture ? La culture est là précisément pour rapprocher les peuples et pour la paix.”

Aline Le Bail-Kremer