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Uri Zohar à l’honneur au Cinéma les 7 Parnassiens

A l’occasion de la projection du film Trois jours et un enfant (1967) d’Uri Zohar, qui ouvrira la saison des « dimanches israéliens des 7 Parnassiens », Sébastien Monceau, co-organisateur de l’événement avec Déborah Cohen, nous parle de cette initiative et de l’importance de l’oeuvre d’Uri Zohar. Rencontre.

 

L’Arche : Comment est née l’idée de ces nouveaux rendez-vous ? Et pourquoi commencez-vous par un film d’Uri Zohar ?

Sébastien Monceau : L’idée est de présenter aux 7 Parnassiens le cinéma israélien lors d’un rendez-vous récurrent avec l’équipe du film ou des critiques qui répondent aux questions du public. Lors de ces dimanches, il y aura une librairie avec des titres d’auteurs israéliens ou une exposition photo liée au film. Ce moment se veut convivial et vivant avec aussi des échanges et de la réflexion. Mieux comprendre Israël, découvrir sa culture et sa société à travers le regard du cinéma et offrir aux passionnés de cinéma une belle programmation, tels sont nos enjeux.

Les dimanches israéliens des 7 Parnassiens est donc un rendez-vous culturel mensuel avec un film israélien proposé en avant-première avant sa sortie en salles, d’un film inédit ou d’un classique israélien restauré, comme le 18 septembre avec Trois jours et un enfant (en salles le 26 octobre), par la Cinémathèque de Jérusalem et autour d’une rencontre et d’un débat à chaque fois.

Avec Uri Zohar, nous commençons par le début et quel début ! Aujourd’hui, ses films et son style sont toujours cités par les jeunes réalisateurs israéliens comme la référence. Il a inauguré le cinéma israélien d’auteur avec une audace formelle et un talent inégalé. C’est le premier cinéaste de cette envergure né en Israël car beaucoup de ses prédécesseurs sont originaires d’Europe. C’est une personnalité à part dans la culture israélienne et il fallait débuter par lui. C’est la figure emblématique du cinéma israélien. Il tourne à la fois des œuvres personnelles et réalise des films commerciaux qui sont de grands succès.

Ce parcours cinéma exceptionnel s’achève sans crier gare. Uri Zohar est comme vidé de sa substance et de son pouvoir créateur à la fin des années 1970. Aboulique il abandonne toute activité artistique et aspire à une autre forme de spiritualité pour devenir un rabbin ultra-orthodoxe, ce qui provoque un choc inouï à l’époque dans le pays.

Trois films d’Uri Zohar sortiront le 26 octobre grâce à Malavida (Trois jours et un enfant, les voyeurs, les yeux plus gros que le ventre) et trois autres en 2017.

 

Uri Zohar incarne-t-il le fer de lance de la Nouvelle vague israélienne ?

L’historien du cinéma Ariel Schweitzer y a répondu avec talent et avec des analyses pénétrantes dans son ouvrage « Le cinéma israélien de la modernité », publié chez L’Harmattan. Pour Ariel Schweitzer, qui viendra d’ailleurs présenter le cinéma d’Uri Zohar le 18 septembre, il s’agit de « la Nouvelle Sensibilité », d’un courant du cinéma d’auteur largement influencé par le cinéma moderne européen des années soixante, notamment par la Nouvelle vague française et en forte rupture avec le cinéma officiel qui en cherchant son moi, crée une identité et une vitalité artistique car le chemin se fait en marchant.

Uri Zohar bouleverse la donne du cinéma israélien avec son premier film, Un trou dans la lune, un quasi manifeste artistique et aussi un brûlot contre le cinéma réaliste d’Etat, les contenus idéologiques et les visées didactiques. Uri Zohar faisait ses films personnels, libres et indépendants avec une bande de copains. Il n’y avait pas de courant artistique établi.

 

Qu’est ce que vous aimez en particulier dans son style et quel film vous a le plus marqué ?

C’est un immense créateur, le travail sur la photo et le son est remarquable. Le choix des comédiens est excellent dans tous ses films. Les yeux plus gros que les ventres est un film étonnant. Il a écrit le scénario avec un génie des lettres Ya’ackov Shabatai. Revoir dans ce fil Arik Einstein est toujours un régal.

L’humour est présent dans ces films, du burlesque à la tendre ironie en passant par l’humour noir. Dans Trois jours et un enfant, le film d’ouverture des dimanches, tiré de la nouvelle d’Avraham B. Yehoshua, il y a une scène tordante. Le héros en réalité l’anti-héros au sens camusien très piquant dans le film part en randonnée avec les Amis de la nature. Il se moque de la nature, il a des vues sur une fille mais il ne comprend son erreur que trop tard. Il ne supporte pas la lenteur de ses amis qui s’arrêtent pour admirer les plantes à épines ou tentent de capturer des scorpions et des serpents dangereux dans le cadre d’une balade paisible. Il déteste la nature et la vie. C’est une espèce de chardon qui pousse là où la terre est abandonnée.

Trois jours et un enfant d’Uri Zohar.

Dimanche 18 septembre à 11h au Cinéma les 7 Parnassiens, 98 bd du Montparnasse, 75014 Paris.