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Littérature
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Flamboyant Second Empire

Collaboratrice de l’Arche, Corinne Ergasse publie, chez Arman Colin, un ouvrage sur la France du Second Empire.

L’Arche : Vous nous expliquez dans ce livre co-écrit avec Xavier Mauduit, que le Second Empire a transfiguré la France. En quoi?

Corinne Ergasse : Le Second Empire débute en 1852 quand Louis-Napléon Bonaparte, premier président de la République française (1848), devient empereur ; il s’achève en 1870 après la défaite de Sedan. Ces dix-huit années ont été déterminantes pour la France qui a complètement changé de visage dans tous les domaines. Des avancées significatives sont faites en médecine (Claude Bernard ou Louis Pasteur) ; l’essor des moyens de transport permet un meilleur acheminement des denrées vers les halles : on connaît celles de Baltard, à Paris, mais d’autres bâtiments sont construits en province sur le même modèle. Les Français vivent donc mieux. Le confort et l’hygiène prennent une place de plus en plus importante, favorisés par les travaux d’Haussmann (eau potable, gaz, etc.). On entre dans l’ère de la première révolution industrielle (banques, grands entrepreneurs, poste) alors que Victor Duruy met en place de grandes réformes pour l’éducation. Les premières bachelières accèdent aux études supérieures, ce qui leur était auparavant interdit. On se soucie également des classes les plus pauvres et le pouvoir autorise le droit de grève en 1864.

C’est donc sous le Second Empire que la France accède à la modernité.

Pourquoi associe-t-on le qualificatif de « flamboyant » à ce siècle?

Il fallait, avec Xavier Mauduit, aller au-delà de ce que propagent les détracteurs du Second Empire pour lesquels il se résume à « la fête impériale » dont ne bénéficient que les classes supérieures. Le musée d’Orsay a choisi pour titre de son exposition « Spectaculaire Second Empire ». Spectaculaire et flamboyant sont deux qualificatifs qui collent parfaitement à ce moment de l’histoire. Il n’est qu’à voir du côté de la culture et des beaux-arts : certes, les peintres académiques donnent dans l’art pompier (flamboyant mais on s’en passerait), mais on voit apparaître Courbet, Manet. L’impressionnisme va bientôt naître avec Renoir et Monet entre autres. En littérature aussi, c’est une période flamboyante avec Hugo, Flaubert, Sand, Dumas, Baudelaire ou Verlaine. Les séries de Compiègne exposent le rayonnement de la France, puissance avec laquelle il faut compter, témoins aussi les deux expositions universelles de 1855 et 1867 qui l’imposent aux yeux du monde.

Le Second Empire prend fin dans les flammes (l’incendie du palais de Saint-Cloud, flamboyant au premier degré cette fois) et sera suivi par l’épisode douloureux de la Commune.

Dans un numéro de L’Arche sur Paris (« Paris est une fête depuis le Second Empire »), vous nous expliquiez que les juifs ont joué un rôle important  dans ce siècle du progrès. Pourquoi?

Les Français (voire les étrangers) juifs ont effectivement contribué pour une large part à ce Flamboyant Second Empire pour une raison bien simple : Napoléon III voulait faire accéder la France à la modernité et donner aux Français de meilleures conditions de vie. Il ne se préoccupait nullement de choisir ses conseillers ou ses ministres selon leur religion ou leurs croyances et l’on pouvait retrouver un Achille Fould, un Pereire ou un Halévy aux postes les plus prestigieux. Il faut souligner à ce propos que pour les Français juifs, la période la plus faste se situe entre la Révolution française et la fin du Second Empire. Après 1870 et ce qui a été vécu comme une véritable humiliation (la défaite de la France face aux Prussiens), une méfiance et une hostilité très fortes naissent vis-à-vis de « l’étranger ». C’est dans cette France-là, celle de 1894 (nous sommes sous la Troisième République), qu’éclate l’affaire Dreyfus, cet « étranger à la solde des Allemands » (il était d’origine alsacienne, quelle aubaine !). Avant 1870, les Offenbach, Sarah Bernhardt et tant d’autres peuvent vivre de leur art en toute liberté ; c’est cela, le Second Empire !