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Littérature
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Judaïsme et homosexualité : voix plurielles et internationales

A l’occasion de la parution du livre Kol Koleinu, réunissant pour la première fois des textes de 45 auteurs issus des 5 continents, évoquant des thématiques juives LGBT, à travers l’évolution de la perception de l’homosexualité mais aussi les questions d’actualité, nous avons rencontré Frank Giaoui, président du World Congress – Keshet Gaavah.

L’Arche : Vous revenez de Rome, où s’est déroulé le Congrès mondial des mouvements juifs LGBT, quelles ont été les grandes décisions prises ou temps forts ?

Frank Giaoui : En effet, nous étions une cinquantaine de militants d’une quinzaine de pays différents. Outre l’assemblée générale annuelle du World Congress, les activités festives et culturelles qui permettent à chacun de faire connaissance ou se retrouver, nous avons pris trois grandes décisions.

La première est de développer les alliances avec d’autres minorités hors communautés juives et LGBT. Ces alliances sont devenues une nécessité dans le monde fragmenté d’aujourd’hui. C’est à la fois un principe de survie pour notre démocratie et aussi une question d’efficacité pour nos actions. Aujourd’hui on n’est plus totalement crédibles ni même audibles si on parle uniquement d’antisémitisme ou d’homophobie. Nous devons bâtir des ponts et défendre les droits des autres minorités. Et réciproquement, l’antisémitisme et l’homophobie seront d’autant mieux combattus par des voies diverses non juives ou non LGBT, le cas échéant. Il y a urgence à reconstruire des espaces communs de discussion.

La deuxième décision – liée à la première – est de renforcer les adhésions directes des personnes individuelles. Le World Congress est depuis près de 45 ans une fédération d’associations et, à ce titre, le seul réseau véritablement international focalisé sur les problématiques de judaïsme et d’homosexualité. Or nous avons constaté qu’il y avait aussi un vrai intérêt individuel. Cet intérêt peut être celui de personnes parlant plusieurs langues, voyageant beaucoup ou simplement plus sensibles à l’ouverture internationale. Ça peut aussi être des personnes éloignées des grands centres urbains et ne trouvant pas nécessairement le cadre associatif qu’ils souhaitent. Nous leur donnons la possibilité d’échanger et de collaborer avec des personnes au-delà des frontières. La plupart de nos projets engagent des adhérents de nationalités différentes, ce qui est aisé avec les technologies modernes de communication.

C’est justement un de ces grands projets qui a constitué le troisième temps fort de notre rassemblement à Rome: Le lancement officiel du livre « Kol Koleinu – Toutes Nos Voix« .

 

Vous avez coordonné un livre qui rassemble des textes traitant des thèmes juifs et LGBT d’auteurs des quatre coins du monde. Comment est né ce projet et quelle est son ambition ?

Le titre de ce livre (Kol Koleinu) et sa couverture (une œuvre originale de l’artiste Israélien David Gerstein) évoquent la diversité du judaïsme dans le temps comme dans l’espace. Pendant un an, ont collaboré à cet ouvrage collectif 65 personnes (journalistes, universitaires, artistes, photographes, responsables religieux et militants associatifs) issues des 15 pays où nous sommes représentés sur les 5 continents. Au-delà du côté excitant d’imaginer, faire avancer et aboutir un projet de cette ampleur, il y a surtout une vision : celle d’inscrire notre action et nos valeurs dans la pérennité et le tangible. Pour y parvenir, le média du livre nous a paru le plus adapté. C’est peut-être aussi une manière de symboliser notre fière appartenance au Peuple du Livre.

Kol Koleinu a trois parties chacune répondant à un objectif bien précis: rendre hommage à celles et ceux qui ont fait la riche histoire du mouvement juif LGBT depuis les années 1970, traverser les géographies et s’arrêter là où la situation de nos adhérents nous y incite, enfin, documenter les débats actuels pour les transmettre aux générations futures dans toutes les communautés. Kol Koleinu espère ainsi contribuer à enrichir notre héritage collectif.

 

La perception de l’homosexualité évolue-t-elle de manière différente dans les communautés juives ?

Au cours de ces années, la société a évolué de façon spectaculaire. Comme l’indique le sous-titre de notre livre From the Closet to the Bimah, les communautés juives sont devenues massivement plus inclusives de leurs membres LGBT et l’égalité des droits a progressé dans de nombreux pays. Les premières synagogues LGBT – apparues dans les années 1970 au sein du mouvement Reformed (libéral) aux Etats-Unis – sont devenues des institutions locales respectées ou ont fusionné avec des synagogues traditionnelles ; d’autres organisations militantes sont apparues et certaines ont des équipes importantes de permanents. La plupart sont membres ou alliés du World Congress qui est – en quelque sorte – leur voix commune.

Cependant, il existe encore des endroits dans le monde où le simple fait d’être ouvertement LGBT signifie prendre des risques personnels en raison des lois nationales répressives, du rejet de la part de nos communautés juives ou même de nos propres familles. Plus inquiétant encore, on assiste parfois à des tentatives de restriction voire à une régression effective contre nos droits civils, une résurgence de l’antisémitisme dans plusieurs pays, ainsi que des réaffirmations d’opinions politiques plus radicales et de croyances religieuses intolérantes.

Les questions polarisantes incluent le mariage religieux entre personnes de même sexe, la conversion, la parentalité LGBT, l’engagement inter-religieux notamment entre le judaïsme et les autres fois, la ségrégation sexuelle dans les espaces publics et les discours de haine sur Internet, entre autres. Il est difficile de prédire lesquels de ces débats disparaîtront avec le temps et lesquels transformeront la société. Dans sa troisième partie, les co-auteurs de Kol Koleinu témoignent de ces débats et évoquent les issues possibles.

 

Quel texte vous a particulièrement surpris ?

Il est très difficile de ne citer qu’un texte parmi près de cinquante ! Et beaucoup d’autres que nous n’avons pas eu le temps ni la place de publier.

On ne peut être qu’ému et modeste à la lecture de Michael Levine, co-fondateur du World Congress de près de 80 ans et militant toujours actif, Sharon Kleinbaum, rabbin de la plus grande synagogue LGBT du monde – plus de 4000 personnes à Kipour – ou Matt Nosanchuk, conseiller – ouvertement juif et gay – du Président Barack Obama à la Maison Blanche.

Mais je dois dire que ceux qui m’ont le plus surpris sont les textes issus des communautés moins importantes, notamment des auteurs Latino-Américains. Saviez-vous par exemple que la Colombie a officialisé le triaje, mariage civil entre trois personnes? Et les premiers signataires de ce mariage sont interviewés dans Kol Koleinu par Michael Lacher, notre chef de projet.

J’aime à penser que le meilleur reste à venir, peut être à l’occasion du deuxième édition ?

En France, la présentation du livre se déroulera en présence de Frank Giaoui, Martine Gross et d’autres auteurs, le mercredi 28 mars à 18h30 à la librairie Les Mots à la Bouche, 6 Rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, 75004 Paris.

Kol Koleinu est aussi disponible à la vente sur le site internet et le FB du World Congress Commander le livre