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juillet 2018

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Antisémitisme

Gérard Collomb : « Il faut mener le combat pour sanctionner les auteurs d’actes et de paroles antisémites »

Dans une interview accordée à notre magazine, le ministre de l’Intérieur évoque l’actualité : la recrudescence des actions antisémites, le dialogue inter-confessionnel, la montée des populismes en Europe, la réédition de Céline…

 

L’Arche : Depuis le début de l’année 2018, on a vu une baisse générale des agressions antisémites, mais dans le même temps, les actes antisémites contre les personnes sont en augmentation. Comment analysez-vous ces tendances ? Pensez-vous que l ’antisémitisme soit devenu désormais une constante dans notre pays ?

Gérard Collomb : Attaquer un Juif, c’est attaquer la République. C’est pourquoi je condamnerai toujours avec la plus grande fermeté tout acte antisémite.

Comme vous l’indiquez, il y a eu effectivement une baisse du nombre de faits antisémites entre l’année 2016 – 335 faits et l’année 2017 – 311 faits. Toutefois, on observe parallèlement une augmentation des actions antisémites, qui passent, elles, de 77 en 2016 à 97 en 2017. Le début de l’année 2018 a en outre été marqué par une série d’actes particulièrement inquiétants et notamment d’agressions physiques à l’encontre de représentants de la communauté juive, qui montrent hélas qu’il existe en France un antisémitisme particulièrement prégnant, pouvant conduire au pire – et chacun a évidemment à l’esprit le meurtre de Sarah Halimi en avril 2017. Cet antisémitisme peut prendre des formes traditionnelles. Il se dissimule aussi, de plus en plus, derrière le masque des théories complotistes ou de l’antisionisme.

Il convient donc de mener le combat. Le combat pour sanctionner les auteurs d’actes et de paroles antisémites.

Mais aussi le combat pour la mémoire, le combat pour la culture, le combat pour montrer tout l’apport de la communauté juive à notre civilisation. Ce combat, le Gouvernement l’a engagé au travers d’un nouveau plan de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Il se poursuivra durant tout le quinquennat.

 

Ce nouvel antisémitisme, dont on voit les manifestations, emprunte la voix de plus en plus des réseaux sociaux et des vidéos sur Internet. Est-ce que les mesures mises en place pour responsabiliser les hébergeurs et pour que soient retirés les messages haineux vous paraissent satisfaisants ?

Vous avez raison. L’antisémitisme est aujourd’hui de plus en plus numérique. En quelques clics on peut aujourd’hui accéder à des textes véhiculant la haine du Juif. Par ailleurs, des vidéos complotistes circulent sur Internet, qui véhiculent les théories les plus odieuses. A l’antisémitisme numérique, nous devons apporter des réponses numériques. 800 cyber patrouilleurs supplémentaires seront ainsi recrutés sur le quinquennat, dont un des rôles sera de traquer celles et ceux qui diffusent des contenus de haine. Nous travaillons également de manière étroite avec les opérateurs Internet pour le retrait des contenus à caractère antisémite. Nous comptons enfin sur la mobilisation citoyenne. En 2017, 17 000 contenus à caractère raciste ou antisémite ont été signalés sur la plateforme Pharos.

C’est un aspect positif car cela nous permet de retirer un certain nombre de contenus. Mais il s’agit d’un chiffre encore modeste par rapport à l’ampleur du phénomène. Nous devons donc monter en puissance et populariser l’usage de cette plateforme auprès du grand public.

Ainsi, le gouvernement a confié à Gil Taïeb et Karim Amellal une mission sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur Internet. Celle-ci doit impliquer les pouvoirs publics, mais aussi la société civile et les plateformes. Comme l’a annoncé le Président de la République, aucune piste ne sera écartée pour combattre, fermement et constamment, le fléau qu’est l’antisémitisme en ligne – y compris la possibilité de légiférer dans ce domaine.

 

« La laïcité, ce n’est pas celle qu’avait voulue le petit père Combes, mais celle définie dans la loi de 1905 », avez-vous dit lors du dîner du Crif Rhône-Alpes. Cela veut-il dire que pour vous, cette loi telle qu’elle est, reste la règle intangible ?

Je faisais, lors de ce discours, référence au rapporteur de la loi de 1905, Aristide Briand, qui concevait cette loi comme une loi de liberté. Avec ce principe simple que la laïcité républicaine doit permettre à chacun d’exercer son culte dans de bonnes conditions, à la seule réserve que cela ne doit pas troubler l’ordre public. Il s’agit là d’une définition très moderne, que je crois en effet très opérante à l’heure actuelle et qui doit nous permettre de relever le défi du vivre-ensemble entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, entre les différentes communautés religieuses.

 

Vous avez dit à ce même dîner : « À Lyon, nous avons inventé, entre Rhône et Saône, un modèle singulier de dialogue interreligieux ». Ce dialogue, à vos yeux, a-t-il bien résisté à la montée des violences et aux attentats de ces dernières années ?

Lorsque j’étais Maire de Lyon, j’ai effectivement créé une instance de dialogue nommée Concorde et Solidarité, réunissant les représentants des principaux cultes. Le contexte de création de cette instance dit quelque chose de son utilité. C’était en 2002, une synagogue avait été incendiée dans le quartier populaire de la Duchère. Il y avait alors le risque que se produise un affrontement entre les différentes communautés religieuses.

Au contraire, avec Concorde et Solidarité, c’est une condamnation unanime qui a pu être prononcée et un dialogue interconfessionnel fructueux qui s’est noué. Par la suite, à chaque fois que sont survenus des événements difficiles, cette instance nous a permis d’apaiser les tensions, de porter des messages. Je me souviens du soir des attentats de Charlie Hebdo. Que les représentants de tous les cultes appellent à un rassemblement de paix sur une des principales places de Lyon a constitué un symbole particulièrement fort. Oui, il faut un dialogue interreligieux pour apaiser notre société. C’est pour cela que nous allons mettre en place au niveau national une instance de dialogue informelle interconfessionnelle.

 

Sur l’immigration clandestine, vous avez déclaré la « guerre aux passeurs ». Ce qui s’est passé en Italie lors des dernières élections, et ce qui se passe en Europe d’une manière générale, c’est-à-dire la progression d’une droite extrême et parfois d’une extrême-droite, cela vous inquiète-t-il ?

Si j’ai déclaré la guerre aux passeurs, c’est parce qu’il m’est insupportable que des réseaux criminels prospèrent sur la misère humaine et fassent trafic des êtres humains. L’année dernière nous avons démantelé 303 filières sur le territoire national, un record. La mobilisation des services de police est totale sur le sujet en France, mais aussi à l’étranger – et je reviens du Niger où notre pays a créé avec l’Espagne une équipe conjointe d’investigation sur le sujet.

Si on en revient à la question plus globale de l’immigration, je crois qu’il ne faut pas sous-estimer la portée de ce sujet dans nos sociétés et dans l’opinion publique. Les élections en Italie, en Allemagne, en Autriche, ont montré que le défi migratoire pouvait avoir, s’il n’était pas relevé, des conséquences sur le choix des électeurs, avec la montée des populismes. Ma conviction profonde est donc que nous avons l’impérieuse obligation d’obtenir des résultats tangibles. Car si nous ne réussissons pas, c’est demain dans un cadre non républicain que risque de se traiter le sujet migratoire.

Voilà pourquoi j’ai présenté le 21 février en Conseil des ministres une loi visant à maîtriser l’immigration pour mieux accueillir. Son principe est simple : nous souhaitons, conformément à l’engagement du Président de la République, tout mettre en œuvre pour instruire les demandes d’asile en six mois en moyenne.

C’est là une condition essentielle pour garantir l’effectivité du droit d’asile, ce qui est pour moi indispensable, en accueillant celles et ceux qui, dans leur pays sont persécutés pour des raisons ethniques, religieuses ou politiques. C’est là à la fois la tradition et l’honneur de la France.

 

Est-ce utile, à votre avis, dans le climat actuel en France, de donner une visibilité à des auteurs d’extrême droite comme Maurras, Céline… ?

Ces sujets sont évidemment très complexes et rejoignent des débats anciens : peut-on lire une œuvre en faisant abstraction de l’homme qui l’a produite ? S’agissant de la récente polémique sur Céline, si j’étais éditeur, je ne l’aurais certainement pas publié.

 

Etes-vous toujours socialiste, M. Collomb ?

Je me définis comme un socialiste saint-simonien, c’est-à-dire qui pense la production de richesses avant la redistribution. Et je crois que la République en Marche d’une part, la politique mise en œuvre depuis mai 2017, d’autre part, correspondent pleinement à cette ligne que j’ai toujours défendue.