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avril 2018

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Antisémitisme

Un moment de conscience ?

Journée particulière que celle du mercredi 28 mars à Paris, avec la coïncidence dans le même temps de la cérémonie le matin, à la Cour des Invalides, où un hommage a été rendu au colonel Arnaud Beltrame pour son héroïsme et le sacrifice de sa vie, ainsi qu’à toutes les victimes de l’attaque terroriste de Carcassonne et de Trèbes. Et l’après-midi, la marche blanche dans les rues de Paris pour honorer la mémoire de Mireille Knoll.

Il y eut les obsèques au cimetière de Bagneux, sous une pluie battante. Notre ami Daniel Knoll, digne, droit, et tout d’un coup le visage inondé de larmes au fur et à mesure que la cérémonie se déroulait. On a vu, juste avant que la cérémonie ne commence, une voiture arriver. Emmanuel Macron est venu simplement, a salué la famille, les présents. Il y eut une longue étreinte avec Daniel. Il l’a serré contre lui et lui a murmuré quelques mots à l’oreille, très bas, sans que personne puisse l’entendre. Puis il s’est mêlé à la foule, n’a pas voulu prendre la parole, souhaitant seulement être présent.

Le fils aîné, Allan, a prononcé quelques mots et à chaque fois qu’il disait « maman », le public tressaillait. Il a évoqué son caractère enjoué, sa curiosité, son attention aux autres, son absence de méfiance. Puis une des petites-filles a parlé de sa mamie, en cherchant ses mots, sans parvenir à comprendre, sinon en se heurtant à un sentiment d’atrocité. Sa mamie était une femme simple, généreuse, sans malice, qui aimait recevoir ses voisins. « Elle ne croyait pas au mal » a dit cette petite-fille, qui vit aujourd’hui en Israël.

Puis il y eut le rassemblement place de la Nation. La marche le long du boulevard Voltaire jusqu’à la rue Philippe Auguste. 20 000 marcheurs. Plus de gens qu’on en attendait. Plus de jeunes qu’on ne l’a dit. Des manifestants en famille. Une foule de Parisiens venue dire non à l’horreur. Et en tout cas, l’événement avait fait sortir dans la rue beaucoup plus que le cercle des habitués de ces manifestations. Les milieux associatifs se sont mobilisés. Des Ministres. Des hommes politiques de toutes tendances. La présence de Marine le Pen et de Jean-Luc Mélenchon a suscité des remous divers et quelques éclats. Mais là n’était pas l’essentiel.

L’essentiel était que la chape de l’indifférence avait été lézardée. Devant la barbarie du meurtre d’une vieille dame juive, des milliers d’hommes et de femmes, jeunes et moins jeunes, juifs et non-juifs – quiconque avait une maman ou une grand-mère – se sont sentis concernés. « Nous ne l’oublierons pas » a promis le Président aux Invalides. « Nous ne t’oublierons pas » a inscrit l’UEJF sur un badge distribué à tous les manifestants.

Un moment de conscience ? Oui, sans doute, dans un long chemin qui reste à faire et où on n’en est qu’au début. Ce n’est pas encore le « sursaut » (Libération), ni « l’ esprit de résistance » (La Croix), peut-être « l’émotion et la fraternité » (Le Figaro).

Comme si le geste d’Arnaud Beltrame avait libéré les énergies. Il ne faut pas d’héroïsme pour descendre dans la rue défendre une vieille femme de 85 ans, mais il y avait des jeunes dont c’était la première manif. L’opinion s’est mobilisée. Un mouvement s’est peut-être mis en place. Il faut l’espérer sans se bercer d’illusions. On est encore très loin du compte, et un moment de conscience ne suffira pas.

Bonnes fêtes de Pessah à tous nos lecteurs.

S.M