Le Crime cosmique  |  Roth, une vision certaine de l’Amérique  |  La Nouvelle donne  |  1915 : meurtres avec préméditation

Le dernier numéro

juillet 2018

N° 673

Votre formule (abonnement annuel)

6 numéros par an

A partir du numéro

J'ai lu et j'accepte les conditions générales d'abonnement.

Quelle actrice incarna le mieux à l'écran la mère juive contemporaine ?

Loading ... Loading ...
Israël

Au coeur de l’effervescence israélienne

Elisabeth Rozen, qui a fait son alya en 2006, vit une expérience très originale. Installée en Galilée et travaillant dans la coopération agricole entre Israël et les pays francophones, principalement africains, elle partage son regard et ses expériences sur un blog étonnant. Rencontre.

L’Arche : C’est comme ça que vous vous êtes retrouvés en Galilée ?

Elisabeth Rozen : Je suis arrivée en Israël en 2006 avec le programme Massa. Je ne pensais pas alors rester, il s’agissait plutôt d’une coupure avec ma vie parisienne. Une fois sur place, j’ai prolongé le programme Massa. J’ai ensuite pris la décision de rester et de faire mon alya, en m’installant à Tel Aviv. Etant avocate en France, j’ai entrepris les démarches pour obtenir les équivalences en Israël, puis j’ai travaillé dans l’audit fiscal. J’ai alors rencontré celui qui allait devenir mon mari.

En 2013, alors que nous avions deux enfants, nous n’étions plus sûrs de vouloir rester à Tel Aviv. Avec des enfants en bas âge, une grande ville offre plus d’inconvénients que d’avantages. On ne profite plus comme avant et les déplacements sont compliqués. Mon mari, qui est israélien, avait un rêve depuis longtemps : habiter au-dessus d’une colline. Ce rêve ne m’inspirait pas grand-chose au début. Puis, avec le temps, je me suis dit qu’on pouvait peut-être essayer. Afin de transformer ce rêve en réalité, nous avons d’abord étudié les opportunités d’emplois dans le Nord. En tant que francophone, cela m’inquiétait. Suite à un entretien, j’ai été recrutée au Galilee International Management Institute où je travaille donc depuis 2013.

En quoi consiste votre travail ?

Je suis directrice du programme « L’Agriculture à l’ère du changement climatique ». Nous proposons des programmes de formation de deux semaines pour des professionnels des quatre coins du monde afin de les former à des techniques d’agriculture qu’Israël a développé. Je travaille au sein du département francophone où nous accueillons principalement des Africains issus du Burkina Faso, du Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Cameroun…  mais aussi des gens issus de Haïti et d’autres pays. Le climat israélien est proche de celui des pays africains, ce qui facilite le partage des connaissances en agriculture. D’autres programmes sont proposés au sein du Galilee Institute, sur des sujets tels que la sécurité nationale, la gestion des crises et des situations d’urgence, la gestion de la santé, la gestion de projets, etc… Le principe est d’apporter aux pays en transition le savoir-faire israélien dans nos domaines de prédilection.

Depuis les années 50, Israël a participé au développement de l’agriculture de nombreux africains avant que les conflits du Moyen-Orient ne limitent ces partenariats. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis quelques années une grande coopération s’est à nouveau mise en place avec l’Afrique. Notre institut s’occupe de renforcer les capacités et non de politique. On reçoit environ 150 participants d’Afrique francophone chaque année dans notre département. D’autres départements accueillent des professionnels d’Afrique anglophone et hispanophone, de Chine, de Russie et d’Amérique du Sud. En tout quelques le Galilee Institute compte plus de 1300 diplômés chaque année. Ça m’a beaucoup surpris en commençant à travailler ici de voir l’attachement fort de nombreux Africains à Israël. Qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Ils sont ravis de venir apprendre les techniques de pointe israéliennes en matière de sécurité, de santé ou encore d’agriculture qu’ils peuvent ensuite utiliser dans leurs pays.

Qu’est-ce qui vous plait le plus en Galilée ?

En premier lieu les paysages et l’accès à la nature et les grands espaces. Je vis dans un village communautaire de Galilée où habitent de nombreux jeunes couples et familles. Les gens de cette région sont très sensibilisés aux questions écologiques. La vie communautaire est également très riche et particulièrement agréable pour une famille avec de jeunes enfants.

Y a-t-il beaucoup de francophones qui choisissent ce mode de vie ?

Nous sommes très peu dans mon village mais si je suis ici c’est aussi parce que je souhaitais vivre auprès des Israéliens. Bien que la culture et la langue française me manquent.

Votre blog a cette particularité justement de partager en français vos expériences depuis votre alya, en particulier votre regard sur la vie en Galilée. Quelles furent les premières réactions ?

Les réactions sont très positives. Surtout, je pense, parce que je n’hésite pas à parler de ce qui m’enthousiasme mais aussi de ce qui est moins réjouissant. J’ai toujours écrit. En arrivant en Israël on vit tellement de choses. J’ai commencé par écrire pour des sites comme rootsisrael et timesofisrael. Des gens m’ont demandé où ils pouvaient trouver le reste de mes textes. J’ai donc rassemblé le tout sur ce blog et je poursuis l’écriture. Avec une plus grande liberté aussi.

Un des challenges de ce pays qui n’a que 70 ans serait-il de repeupler certaines régions comme la Galilée ?

Tout à fait. Les budgets sont insuffisants pour le ministère chargé de développer ces régions. Ce qui bloque les gens à venir en Galilée c’est surtout le manque de transports. Sans voiture, c’est très compliqué. Aussi bien la Galilée, que le Golan ou le Negev ont urgemment besoin d’améliorer les infrastructures.

Un des articles de votre blog qui m’a marqué c’est votre sentiment que les gens ont encore besoin de cloisonner les populations.

C’est effectivement gênant ce fonctionnement par cases. Je vis dans un village laïc où les gens célèbrent les fêtes mais ne sont pas croyants. Les conversations sur Dieu pourraient être perçues comme déplacées. C’est l’effet miroir dans les villages religieux, où c’est très mal venu de dire qu’on ne croit pas en Dieu. Notre identité juive en tant que Français est bien plus complexe concernant la religion. L’alya française a justement quelque chose à apporter dans cette souplesse où l’on peut partager des moments sans tension avec des religieux et des laïcs. Et on comprend peut être plus  instinctivement la place indispensable de chacun dans le grand puzzle qu’est aujourd’hui la société israélienne.

http://elisabeth-rozen.com/