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mai 2018

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La rage de (sur)vivre d’Agathon

Certes, une planche de surf vous accueille à l’entrée de l’expo de la galerie Lithium. Mais l’espace demeurant sur la planche dépendra du courage d’affronter les vagues de l’artiste. Agathon, qui a travaillé avec des gens aussi différents qu’Amélie Nothomb et Speedy Graphito, nous invite avec rage et besoin de protection à nous relever des souffrances. A répondre par la puissance de l’être. Rencontre.

L’Arche : Comment est venu le choix du thème de l’expo ?

Agathon : Ces dernières années j’ai beaucoup participé à des expos collectives ou à thème, dans des galeries ou lieux street art… ma production est très hétéroclite dans ses supports : kakemonos grands formats, toiles, murs, sculptures grands volumes, planches de surf, skates… Je travaille sur différents thèmes : le monde aquatique et la jungle sont à première vue la dominante de mes œuvres mais aussi une série de toiles « ceci est mon corps » inspirée des vitraux de Chartres que je détourne et aussi des autoportraits beaucoup plus sombres. Une expo en solo en galerie permet de sélectionner un ensemble d’œuvres afin de présenter tous les thèmes sur lesquels je travaille. J’ai eu très peu d’occasion de présenter mes sculptures grands volumes et mes autoportraits. J’ai trouvé intéressant de pouvoir montrer que je ne peins pas « que des jungles ou des poissons » ! En discutant avec les gens de la galerie Lithium, j’ai réalisé que cela fait 20 ans que je peins. J’ai retrouvé mon « premier Agathon », « Le petit Christ » peint en 1997, le thème de l’expo était tout trouvé : « Le chemin d’Agathon de 1997 à 2018 ». L’occasion de montrer mon évolution en 20 ans.

 

Des rencontres artistiques ou des épisodes de la vie vous ont-ils influencé dans le choix des sujets ou des modes d’expression ?

En effet j’ai fait deux très belles rencontres artistiques :

En 2008, une rencontre incroyable : Amélie Nothomb, alors que j’étais caissière dans un cinéma qu’elle fréquentait… Je lui propose de regarder mon site internet. Elle m’appelle le lendemain afin de m’exprimer son « coup de foudre » pour mon travail. Quelques semaines plus tard, elle me commande une toile pour la couverture de « Journal d’Hirondelle » dans sa version Livre de Poche, puis son portrait pour Madame Figaro « Amélie Nothomb par Agathon / Agathon par Amélie Nothomb ». Puis, en 2011, elle participe à l’émission « Thé ou café » sur France 2 avec un plateau animé par mes créations.

Depuis mes débuts j’ai été influencée par « la figuration libre » et l’art urbain. En 2010, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai écrit à Speedy Graphito. Il m’a répondu et invitée dans son atelier afin d’échanger sur mon travail. Il m’a conseillé de travailler sous forme de « séries d’œuvres » ce qui a représenté un réel déclic. En 2011, Speedy Graphito était mon « parrain » lors d’une exposition commune – Agathon s’explose aux côtés de Speedy Graphito – au Musée en Herbe de Paris.

En 2012, j’ai visité la cathédrale de Chartres. J’ai été hypnotisée par ses vitraux. Depuis, je les détourne et je travaille sur une série « Ceci est mon corps ». Un travail sur l’incarnation du génocide de la Shoah à travers le corps : comment les générations suivantes « portent » ce génocide. Sur cette série, je m’interdis toute religion pour ne garder que la splendeur des vitraux de Chartres, capables paradoxalement d’offrir à la vue le corps et ses intérieurs. Tenter aussi et surtout de traduire un génocide incarné, une étoile jaune, les camps, des racines enfouies dans les cicatrices, des origines, parties en fumée à Auschwitz-Birkenau. Je travaille sur cette série depuis 6 ans, certaines toiles n’ont jamais été exposées.

 

En parlant d’un homme tatoué dans un de ses spectacles, Henry Rollins décrivait les dessins sur son corps comme « pure black, no color ». On a l’impression que dans votre œuvre, au contraire, les couleurs enveloppent la réalité des sujets graves.

Les couleurs représentent la « trame » de mon travail. Je veux qu’elles soient fortes, criantes même, qui agressent parfois. Puis, je travaille ces formes avec un cerné noir et pour moi, c’est le moment où je peins vraiment, où les formes que j’ai « posées » en couleurs prennent naissances et existent. Ce cerné, c’est un peu l’enveloppe que j’essaie de me créer. J’ai le sentiment d’être poreuse, hypersensible, je cherche à me protéger avec ce cerné noir. Comme je tente de me protéger avec tous les tatouages sur mon corps. Des motifs polynésiens à l’encre noire. Mon auto défense, mon armure… mais aussi ma rage de vivre et d’exister.

 

Le chemin d’Agathon de 1997 à 2018. Jusqu’au 14 juin à la galerie Lithium, 6 rue Saint Blaise, 75020 Paris.