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juillet 2018

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Littérature
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Les réjouissances des médiocres

Vienne, années 20. Pour résoudre la crise économique et donner du travail aux Autrichiens, le chancelier décide l’expulsion des Juifs. Les médiocres se réjouissent, les familles mixtes sont déchirées et bien des femmes sont atterrées- car les Juifs sont plus lettrés, attentifs et meilleurs amants. Mais bientôt la ville est au bord de la faillite : les banquiers du monde entier boycottent l’Autriche, les salles de spectacles sont vides et ne pourraient plus produire le moindre spectacle puisque la quasi totalité des artistes et musiciens a été expulsée, la vie viennoise élégante appartient au passé et la cité est désormais une vaste concession de mauvaise bière et de vilain Loden.

Paru en 1922, le livre connaît un succès immédiat – un quart de millions d’exemplaires sont vendus l’année de sa sortie, lui valant d’être qualifié de corrupteur de la jeunesse par les sympathisants nazis. L’un d’entre eux l’assassinera en 1925.

Les grandes qualités du roman de Hugo Bettauer ne sont sans doute pas littéraires – dans son efficacité  narrative et ses scènes très visuelles, le livre ressemble à un scénario – et il a d’ailleurs été adapté pour le cinéma quelques mois après sa sortie. Une copie du film expressioniste inspiré de La Ville sans Juifs, sorti en 1924, a été retrouvée aux Puces en 2015, restaurée et récemment projetée au festival du film juif de Londres.

Cette satire de l’antisémitisme viennois n’en demeure pas moins marquante: la chronique d’une expulsion et certains portraits de notables opportunistes, l’ironie mordante en font une rareté qui  se lit d’une traite, dans une sorte de sidération.

La prescience de la description des convois spéciaux et le dénouement heureux rend plus tragique encore la réalité qui allait frapper Vienne et l’Europe.

Bruno Bettauer. La Ville sans Juifs. Belfond.