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juillet 2018

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Gaby Deslys, l’annonce de la femme moderne

En Occident, les années 50 ont marqué par la volonté de briser les tabous concernant le racisme, l’évolution des mœurs et les droits des femmes. Comme si après une grande mondiale, les consciences se réveillaient avec plus de vigueur et moins de gêne face à l’inacceptable. Ce phénomène est également apparu après la Première Guerre mondiale lorsque le cinéma et le music-hall bousculèrent la pudibonderie avant l’arrivée de la prohibition et des codes de censure. L’excellente série télévisée Boardwalk Empire met cela bien en lumière.

Actuellement, un spectacle présente une grande icône du combat pour l’émancipation des femmes : Gaby Deslys. Jean-Christophe Born, chanteur lyrique, ayant travaillé avec de nombreux opéras en France et ayant effectué une tournée internationale avec le spectacle Une flûte enchantée dirigée par Peter Brook, est à l’origine de ce projet. Il nous raconte l’évolution du spectacle Gaby, mon amour ! consacré à Gaby Deslys et en quoi ce personnage, son art et ses combats sont très contemporains.

 

L’Arche : Comment est né ce projet ?

Jean-Christophe Born : En parcourant les livres sur l’histoire de Marseille lorsque j’étais étudiant à l’Université d’Aix, j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire du Music-hall de la Belle époque (19/20ème siècle) et les artistes exceptionnels qui ont fait la légende de la scène populaire de Marseille. Parmi tous les noms, un retenait surtout mon attention : Gaby Deslys.

Cette femme qui a connu la gloire mondiale en à peine dix ans m’a fasciné. Une Marseillaise qui sillonna le monde entier, ayant tous les grands à ses pieds. Et surtout, elle lutta avec acharnement pour le droit des femmes et leur émancipation. Elle présenta pour la première fois le Jazz à Paris 1917 et inventa la célèbre « descente d’escalier ». Pourtant, seules subsistaient quelques photos jaunies montrant des chapeaux des costumes et des bijoux extravagants. Des photos sur lesquelles s’affirmaient une allure, une grâce et un regard profond, ardent, bien plus vivant que beaucoup de nos contemporains…

En 2014, j’ai retrouvé quelques partitions à la BNF. Les enregistrements audios sont rares. Grâce à Internet j’ai eu accès au fonds de documentations conservés dans les bibliothèques américaines, notamment à la Library of Congress. J’ai traqué les moindres maisons d’enchères, sites de vente en lignes qui pourraient m’aider à comprendre qui était cette femme, comment elle bougeait, vivait, chantait. J’ai lu tous les livres écrits sur elle, visité des historiens marseillais, et même acheté un bibelot qui commémore la 75e représentation de Gaby Deslys au Winter Garden de NYC.

 

Vous avez déclaré que Gaby Deslys « annonce magnifiquement la femme moderne ». De quelle manière ?

Gaby, une femme moderne, libre, qui osa s’émanciper et se libérer des préjugés et des conventions de son temps.

Elle est née en 1881, dans une famille bourgeoise de Marseille. Son père, Hippolyte Caire, est négociant pour un grand magasin de tissus à la rue du Tapis vert. Sa mère, Anna Terras, est issue d’une famille très modeste et n’a pas son mot à dire dans les affaires de son mari. Gaby possède un très fort caractère. Elle aime chanter et danser, ce qui ravit sa mère. Gaby nourrit le rêve d’une vie d’artiste, mais cette carrière ne se peut se faire que contre l’avis de sa famille et des préjugés de son temps. Elle n’en a cure et, à l’aide d’un prix de chant du Conservatoire de Marseille, elle s’installe à Paris à l’âge de 21 ans, en 1902.

Gaby Deslys n’a pas été une aventurière de plus à tenter sa chance à Paris, une bourgeoise en rupture de ban réussissant dans la galanterie. Elle a été une femme libre, audacieuse, tenace, qui s’est accomplie grâce à son travail, qui n’a pas voulu d’un mariage pour exister, et elle assume ses choix seule. En moins de dix ans, cette petite Marseillaise, inconnue de tous, va devenir l’artiste de music-hall la plus célèbre et la mieux payée de son temps. Elle annonce la femme d’aujourd’hui qui est indépendante financièrement.

 

Peut-elle redevenir une icône aujourd’hui concernant l’évolution des mœurs ?

Bien sûr, une femme qui croit assez en elle et en son talent pour défier sa famille, son milieu, la jalousie, l’adversité… Et qui réussit de cette manière, est un exemple pour toute femme quelle que soit l’époque.

 

Gaby, mon amour ! Au Théâtre Dejazet les 24 et 25 septembre 2018.

Spectacle mis en scène par Jean-Christophe Born et chorégraphié par Aude Pinatel et Sebastien Oliveros.