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Le dernier numéro

Septembre-Octobre 2019

N° 677

Spécial Cannes 2019 : Semaine du cinéma positif

Ils sont handicapés et ils dansent dans le documentaire de Stéphanie Pillonca.

Les élèves de la chorégraphe Cécile Martinez triomphent sur la Croisette.

Interview de Stéphanie Pillonca pour son beau documentaire « Laissez-moi aimer »

 

Pouvez-vous nous raconter l’origine de votre film documentaire ?

 

La chorégraphe Cécile Martinez m’a invitée à un de ses spectacles mettant en scène des personnes en situation de handicap et des danseurs valides. Je les ai observés, et j’ai vu de l’entraide, de la solidarité, et beaucoup d’amour. Sur scène, comme en coulisses, je découvrais des artistes. Je me suis ainsi rendue compte que notre regard sur eux était totalement tronqué. Sur scène ils étaient libérés de leurs entraves, ils nous éblouissaient. Comme si la scène, avec les lumières et la communion des corps, était l’outil magique qui les transcendent, les subliment. Je trouvais ça très beau et audacieux de les mettre dans la lumière. Qui met-on habituellement dans la lumière? Les admirables, les stars, les désirables! Alors qu’ils nous ouvrent la voie vers la tolérance, l’amour et la bienveillance. En les voyant danser, se dépasser, rêver,  j’ai réalisé que je ne pouvais garder tout cela pour moi, que je devais en faire un film !

 

Comment avez vous construit votre histoire à travers vos personnages ?

Tu choisis des personnages que tu ne connais pas. Thomas par exemple, je l’ai choisi parce que je le trouvais beau sur scène. Mais Thomas au début je lui parlais en sur-articulant, comme s’il ne me comprenait pas ! Alors que Thomas a fait plus d’études que moi. Il est brillant avec un cursus universitaire, et c’est aussi un militant très engagé pour la cause homosexuelle. Ils vivent, ils s’aiment comme nous. Même si les corps sont différents, si les possibilités de se mouvoir ne sont pas les mêmes que les nôtres, même s’ils sont amoindris, ils sont « nous ». L’humain se révèle, se libère et vit plus fort grâce à la danse.

 

Avez-vous eu quelques surprises pendant le tournage ?

Avec Arte, il faut écrire un scénario comme un film. C’est la même exigence. Malgré la séparation de Thomas, les grandes thématiques abordées au scénario sont restées là.  Thomas et Max devaient se pacser et ils ont décidé de rompre. J’ai donc raconté leur rupture dans le respect de chacun. L’émotion, si elle est distillée avec pudeur, on le ressent très vite. S’il y a de la grâce et de la dignité dans un film, si on dévoile les choses avec délicatesse, les gens sont touchés au plus profond de leur être. Lorsque nous montions le film, ce qui me faisait pleurer à chaque fois, c’est Agnès, lourdement handicapée, qui ne voit pas grand-chose et passe son temps à embrasser tout le monde. Elle a besoin de te toucher, te sentir et elle sait qui tu es au fond de toi. Ce qui me touchait aussi c’était de voir des jeunes danseuses de 16 ans, bienveillantes. Elles s’emparent de ces corps avec un égard, un soin, et une tendresse incroyable. Les générations nouvelles vont surement aller au-delà des différences… C’est ça aussi la mission d’un film. Je l’ai d’ailleurs montré à des jeunes, qui après visionnage, m’ont dit «  on a compris un truc !  On est con de faire la différence et de ne pas aller vers eux, car ils sont exactement comme nous ! ». Si ce film peut inviter les êtres à se rapprocher, à s’apprivoiser et s’apprécier davantage, alors je suis heureuse…

 

Ce n’est pas votre premier film sur le handicap, qu’est ce qui  vous a animé au tout début ?

 

Sans le personnage de « Je Marcherai jusqu’à la mer » je n’aurais jamais fait de film.

Dans la vie, tu crois toujours que c’est quelqu’un de puissant qui va t’aider, comme un producteur, un patron de chaine, un distributeur. On court après des personnes qui ont la possibilité de nous donner, mais qui nous aident tellement peu finalement.

Sans Alexandra, l’héroïne de mon premier documentaire, rien ne serait ! Pourtant clouée dans son fauteuil, cette fille m’a tout donné ! Sans elle, je ne suis pas réalisatrice, je ne fais pas « Un amour absolu », je ne fais pas non plus « Laissez-moi aimer »et « Fleur de Tonnerre »… C’est une leçon d’humilité incroyable, c’est la plus petite d’entre nous qui m’a donné la possibilité de réaliser. La voilà la leçon : Dans la vie il faut juste être attentif aux plus faibles, aux plus vulnérables, car ils sont des géants, des phares qui nous guident vers les plus belles émotions !