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Dans la famille Coronavirus, le Covid-19 : “Chaque pays a fait un pari”

Hervé Bercovier, né en 1946, diplômé de l’Institut Pasteur, commence à travailler à l’Université hébraïque de Jérusalem en 1980. Il en sera notamment vice-président de la Recherche et du Développement de 2001 à 2009. Vétérinaire de formation, ce microbiologiste est spécialiste des zoonoses. Il fait le point sur les virus en général et sur le coronavirus en particulier.

L’Arche : Au départ, le COVID-19 a souvent été comparé à la grippe. Était-ce une erreur ?

Hervé Bercovier : Oui, car dès début, en janvier 2020, les chercheurs chinois ont donné la séquence ARN du virus. À partir de là on savait donc que c’était un coronavirus et non la grippe. Nous connaissons plusieurs types de coronavirus, au moins quatre produisent de simples rhinites alors que deux autres sont virulents: le SARS et le MERS. D’ailleurs, au tout début de cette nouvelle épidémie, les Chinois l’ont baptisée SARS-CoV2 pensant que c’était un nouveau SARS. En fait, le SARS et le MERS sont peu contagieux, mais ils ont un fort taux de mortalité; 10 % pour le SARS et jusqu’à 40 % pour le MERS. En revanche, le SARS-CoV2, responsable de la maladie du COVID-19 qui ressemble davantage aux anciens coronavirus et à la grippe, est beaucoup plus contagieux. Mais, son taux de mortalité est sensiblement moindre.

Compte tenu de ce faible taux de mortalité, la décision d’un confinement quasi-total a-t-elle été excessive sachant qu’une telle mesure n’avait pas été prise pour le SARS et le MERS?

Le SARS et le MERS, étant peu transmissibles et très virulents, dès qu’il y avait un cas, il était isolé. À Toronto par exemple, un hôpital est resté fermé pendant au moins 15 jours, ce qui avait suffi à arrêter la diffusion du SARS. Les confinements dans les pays asiatiques ont été drastiques. Dans le cas du SARS-CoV2, il faut tenir compte du fait que c’est un virus qui a un taux de mortalité supérieur à la grippe, que nous n’avons ni vaccin, ni traitement miracle, qui permettent de prendre les choses à la légère. Il était donc nécessaire de ralentir la propagation du virus.

Faisons un tour d’horizon des différentes stratégies mises en place dans le monde.

Il y a essentiellement trois stratégies. En fait, on pourrait tout aussi bien dire que chaque pays a fait un pari. Et seul l’avenir dira quelle était la bonne décision. Les courbes de nombreux pays montrent une évolution comparable — une hausse, un pic et une redescente. Cependant, certains pays ont une courbe rampante comme le Japon, ainsi que Hong Kong, Singapour et surtout Taïwan qui a mené la politique la plus stricte. Dès le départ, les Taiwanais qui avaient l’expérience du SARS, s’étaient bien prépa- rés. Ils ont fermé leurs frontières très tôt, distribué beaucoup de masques, mis en quarantaine automatiquement tous leurs citoyens rentrant de Chine, testé beaucoup de gens, isolé tous ceux qui étaient atteints, mais ils n’ont jamais fermé les écoles. Résultat, à la mi-mars, Taïwan ne comptait que 74 cas et 1 seul mort. C’est la bonne stratégie quand on commence au jour zéro de l’épidémie. Au-delà, c’est impossible. À l’opposé, il y a la solution initialement adoptée par les Britanniques. On laisse le virus se répandre dans la population afin qu’elle s’immunise naturellement. C’est exactement ce qui se passait avec la varicelle avant qu’il y ait un vaccin. Lorsqu’un enfant l’attrapait, il invitait tous ses copains de classe et tous étaient naturellement vaccinés ! C’est ce que l’on appelle l’immunité grégaire ou l’immunité de masse. Dans ce cas, il faut mettre en quarantaine les plus fragiles — les plus de 60 ans et les malades chroniques — et les assister. L’avantage de cette solution, c’est que la population est protégée en cas de nouvelle attaque du virus. En général, l’immunité de masse fonctionne si 60 à 70 % de la population a été exposée au virus, la grippe par exemple. Pour les virus plus virulents, comme la rougeole, le taux est de 90 %. Au-delà, le virus disparaît car il ne trouve plus de victimes.

La troisième option est un peu entre les deux. Le pari fait par la Chine a été d’arrêter l’épidémie localement en bloquant toute la province de Hubei, soit 50 millions de personnes. Pari gagné. Il y a eu peu de cas dans le reste de la Chine. Et elle a ralenti l’apparition du virus à l’étranger. Ce virus est très transmissible, mais il n’a pas de jambes! Donc, si les gens ne se déplacent pas, le virus ne se déplace pas non plus, ce qui diminue son pouvoir de contamination. Et si on arrive à réduire le taux de transmission à moins d’une personne, le virus disparaît. D’où la stratégie adoptée par la plupart des gouvernements européens et en Israël, celle de la « distance sociale » suivi de confinement. Un des dangers de cette formule est que tout le monde ne sera pas exposé au virus, ce qui posera problème en cas d’une résurgence.

Outre un vaccin ou des traitements qui prendront du temps, existe-t-il des raisons d’espérer à court terme ?

Oui. Pourquoi les enfants sont-ils peu atteints par le COVID-19 ? Je pense qu’ils ont été exposés à l’OC 43, un autre type de coronavirus qui provoque de simples rhinites mais qui a des propriétés communes avec le COVID-19. Les enfants ont ainsi été protégés contre le nouveau coronavirus ainsi que bien souvent leurs parents. Un autre cas concret va dans le même sens. Dans la province japonaise de Yamagata, qui a connu une épidémie de OC 43 en 2016, il n’y a qu’un seul cas de COVID-19. Les études sérologiques nous le confirmeront.

De quoi s’agit-il ?

Les tests sérologiques permettent de déterminer si un patient a développé des anticorps pour se défendre contre le virus infectant et d’étudier ces anticorps. C’est un enjeu majeur pour l’avenir: savoir combien de gens ont été exposés au virus, combien n’ont pas développé de symptômes cliniques et combien sont protégés. On aurait dû avoir ces tests dès le mois de février, malheureusement ils ont tardé et nous n’aurons les premiers résultats qu’au mieux, au mois de mai.

Comment expliquez-vous ce retard ?

Parce que l’OMS n’a pas poussé en ce sens. Elle n’a encouragé que les tests moléculaires, très faciles à développer. Ils permettent de voir si la personne a le virus et en quelle quantité. Ils sont apparus en dix jours. C’est essentiel mais non suffisant. Si on avait eu des tests sérologiques plus tôt, les gouvernements auraient pu prendre des décisions plus ajustées à la nature de l’épidémie. Savoir, par exemple, que les gens simplement exposés au virus étaient immunisés aurait permis de les dispenser du confinement et ainsi de moins paralyser l’économie.