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L’art face à la violence

Alors que l’Europe commémore les 100 ans de l’Armistice, le thème de la violence est très présent dans les débats concernant cette période. Deux artistes belges, Wendy Krochmal et Eileen Sussholz, s’emparent de ce thème et présentent des œuvres étonnantes à la galerie Pedrami à Anvers. Rencontre.

 

L’Arche : D’où vous est venu l’idée de traiter du thème de la violence ?

Eileen Sussholz : Je pense que la capacité des êtres humains à avoir recours à la violence me préoccupe et bouleverse depuis toujours. En partie car une partie de ma famille a été victime des persécutions contre les juifs en Europe de l’Est à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Je suis née et en Afrique du Sud, un pays où l’oppression violente fut largement utilisée par le régime de l’apartheid afin de mater toute tentative de révolte. Quelque chose qui, en dépit des efforts post-apartheid de la commission « Vérité et réconciliation », a laissé une blessure sociétale toujours en quête de guérison. Je suis également consciente de cette contradiction étrange et inconfortable concernant les mains de l’homme, outils d’expressions de tendresse et d’amour et aussi de cruauté extrême.

Wendy Krochmal : Etant constamment confrontée à l’actualité et aux images de guerre, de destruction et de violence, on soulève la question de la raison et de l’absurdité de la persistance de ce phénomène aujourd’hui. En tant qu’observatrice de cette cruauté, il m’est difficile de croire que la violence et la destruction sont profondément enracinées dans l’être humain. Et encore plus difficile d’accepter son caractère perpétuel. Toutefois, le contraire demeure encore à prouver. La guerre, la destruction et la violence se sont manifestées à toutes les époques, au sein de toutes les populations et régions de ce monde. Elles sont universelles. Ce fait inexplicable et révoltant a motivé la création d’œuvres d’art sur le thème de la guerre. C’est une manière de protester.

On commémore cette année les 100 ans de la fin de la Première Guerre mondiale. Quels artistes ayant traité cela vous ont marqué ?

Wendy : De nombreux artistes ont travaillé autour du thème de la Première Guerre mondiale. Une manière pour eux de transmettre ce qu’ils ont vu et vécu durant cette guerre. Certaines œuvres d’art ont également servi d’outils de propagande. Le 10 mars, l’artiste anversois Sam Dillemans a présenté son exposition consacrée à la Première Guerre mondiale : « Au revoir à tout cela – Peintures d’une grande guerre ». Il produit un travail très expressif.

Eileen : Je trouve que la plupart des œuvres d’art connues qui se réfèrent à la Première Guerre mondiale, principalement sous la forme de monuments aux morts, glorifient et offrent une vision romantique de la guerre, ce qui pose un certain problème. Il y a un paradoxe ici, surtout pour des sociétés qui estiment que la vie humaine est sacrée. On semble dire que les questions liées au territoire, à l’identité et à l’idéologie sont plus importantes. Le tableau « Un village en ruines près de Ham » de Bonnard est une œuvre qui témoigne bien de la dévastation et de la destruction causées par la Première Guerre mondiale. Son utilisation abondante du rouge aide à communiquer cette sensation, rappelant les feux de l’enfer.

 

Pensez-vous que l’art a encore une influence sur la perception de la violence ?

Wendy : Depuis que l’art existe, sous toutes ses formes, les conflits et la violence ont été abordé de nombreuses manières. L’expérience personnelle est un facteur important dans le partage des cicatrices liées à la guerre à travers l’art. L’art en tant que « nourriture de l’âme » peut faire bouger les consciences, et inévitablement influencera ou améliorera la perception du badaud.

Eileen : A l’image du célèbre Guernica de Picasso qui représenta de manière puissante le bombardement de cette ville pendant la guerre Civile espagnole. Sa capacité à attirer l’attention du monde sur ces atrocités qui y étaient commises et son utilité à collecter des fonds pour les victimes en est la preuve. A travers la focale de l’art on peut regarder en arrière et analyser les côtés les plus sombres de l’humanité. Cela peut servir une fonction préventive. Je trouve que la manière dont Goya dépeint la violence en est un des exemples les plus frappants. Dans le sens où on retrouve un archétype qui traverse le temps et l’espace et demeure valide aujourd’hui. Son tableau « Dos de Mayo » m’a beaucoup influencé. J’ai peint « Le retour de Mai » en réponse aux images diffusées par les médias concernant le printemps arabe, dans une sorte d’hommage au tableau de Goya.

Pedrami Gallery, Verbindingsdok-Westkaai 10, Anvers. Jusqu’au 5 avril.

http://www.eileensussholz.com

http://www.wendykrochmal.com

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